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Full text of "Villes et tribus du Maroc; documents et renseignements. Publiés sous les auspices de la Résidence générale"

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RÉSIDENCE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC 



Villes et Tribus du Maroc 

VOLUME X 

DOCUMENTS ET RENSEIGNEMENTS 

PUBLIÉS PAR LA 

DIRECTION DES AFFAIRES INDIGÈNES 

(section SOCIOLOGIQUE) 



RÉGION DES DOUKKALA 



TOME I 



LES DOUKKALA 



PARIS 

HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 
1982 



LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION 

5 et, 7. ^uai Malaquais, PARIS-VI* 



ARCHIVES MAROCAINES 

Publication de la Direction des Affaires indigènes 

(SECTION sociologique) 



Les tomes I à XXIV ont été publiés par les éditions Ernest Leroux. 

Les tomes XXX et XXXI, par la librairie Paul Geuthner. 

Les tomes XXVL XXVII, XXVIII, XXXII, par la librairie H. Champion. 

Tome L In-S, en 3 fascicules, Épuisé. 

G. Salmon. L'administration marocaine à Tanger. — Le commerce 
indigèjie à Tanger. — La Qaçba de Tanger. — Les inKtitutions ber. 
bères. — Superstitions populaires dans la région de Tanger. — Les- 
mariages musulmans à Tanger. —Les dolmens d'El-Mriés. — Michaux- 
Bellaire. Les impôts marocains. ■— Besnier. Géographie ancienne du 
Maroc. — Recueil des inscriptions antiques du Maroc. — G. Salmon. 
Les Chorfa Idrisides de Fès, etc. 

Tome IL In-8, en 3 fascicules 100 fr. 

G. Salmon. Essai sur l'histoire politique du Nord marocain. — Con- 
fréries et Zaouyas de Tanççer. — Marabouts. — Propriété foncière 
dans le R'arb. — Michaux-Bellaire et Salmon. El-Qçar El-Kebir. Une 
ville de province au Maroc septentrional (avec une carte et 7 planches). 

— N. Slousch. La colonie des Maghrabims en Palestine. — G. Salmon. 
L'opuscule de Chaikh Zemmoury sur les Chorfa et les tribus du 
Maroc. — A. Joly. L'Ouerd des Ouled Sidi Bounou. 

Tome m. In-8, en 3 fascicules . 100 fr. 

L'art musulman (Bibliographie), par Ronflard, Bouvat et Rioche. — 
G. Salmon. Les Chorfa Filala et Djilala de Fès. — Ibn Rahmoûn. — 
A. Joly. Le siège de Tétouan par les tribus des Djebala (1903-1904). 

— Salmon. Contribution à l'étude du droit coutumierdu Nord maro- 
cain. — De l'association agricole. 

Tome IV. In-8 100 fr. 

Les tribus arabes de la vallée du Lekôoùs, par Michaux-Bellaire et 
Salmon. — Tétouan, par A. Joly. Xicluna et L. Mercier (6 planches 
et 52 illustrations). — Étude sur l'histoire des Juifs au Maroc, par 
N. Slousch. — Notes et renseignements, par L. Mercier, G. Salmon, 
L. Bouvat. 

Tome V. In-8, en 3 fascicules Épuisé. 

1. Michaux-Bellaire et Salmon. Les tribus arabes de la vallée du Lek- 
koùs (suile), — G. Salmon. Catalogue des manuscrits d'une Bibliothèque 
privée de Tanger. — L. Mercier. Notes sur Rabat et Chella. — 
L. BouvaL Extraits de la presse musulmane. 

2. Tétouan, 2- partie. Historique, par A. Joly, Xicluna et L. Mercier. 

— Rezzoûk. Notes sur l'organisation politique et administrative du 
Rif. — René-Leclerc. Les Salines dç Tanger. - L. Bouvat. Extraits 
de la presse musulmane. 

8. Tétouan, 2* partie. Historique, par A. Joly, Xicluna, L. Mercier. 
-- Michaux-Bellaire. La science des Rouâyâ. — Une histoire de rapt. 

Tome VI. In-8 Épuisé. 

Étude sur l'histoire des Juifs au Maroc, par N. Slousch {suite). — 
Les tribus arabes de la vallée du Lekkoûs, par Michaux-Bellaire et 
Salmon (suite). — L.-R. Blanc. El-Ma'âni conte, en dialecte marocain. 

— L. Mercier. Influence du berbère et de l'espagnol sur le dialecte 
marocain. — La mentalité religieuse dans la région de Rabafet de Salé. 

— Coufourier. Description géographique du Maroc d'Az-Zyany (tra- 
duction). — Salmon. Liste des villes marocaines. 



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Villes et Tribus du Maroc 



VOLUME DIXIEME 



RÉGION DES DOUKKALA 



TOME I 



LES DOUKKALA 



RÉSIDENCE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC 



Villes et Tribus du Maroc 

VOLUME X 

DOCUMENTS ET RENSEIGNEMENTS 

PUBLIÉS PAR LA 

DIRECTION DES AFFAIRES INDIGÈNES 

(section sociologique) 



RÉGION DES DOUKKALA 



TOME I 



^ LES DOUKKALA 



PARIS 

HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 
1932 



3o5 





M. MICHAUX-BELLAIRE 



EX-CHEF DE LA SECTION SOCIOLOGIQUE A RABAT, 
COMMANDEUR DE LA LÉGION d'hONNEUR 



NOTICE 

SUR M. MICHAUX-BELLAIRE 



Ce volume, dixième de la collection des Villes et Tri- 
bus du Maroc, clôturant la liste des admirables travaux de 
M. Michaux-Bellaire, le distingué chef de la Section so- 
ciologique des Affaires indigènes, je tiens à rendre ici un 
dernier hommage à la mémoire de ce savant collaborateur. 

M. Michaux-Bellaire, dès son débarquement à Tanger 
en 1884, fut conquis par l'attrait du vaste champ d'études 
que lui offrait le Maroc. Mais pénétré de la nécessité de 
connaître la langue arabe et désireux de s'installer à l'inté- 
rieur du pays, il choisit comme poste d'observation Kçar- 
el-Kebir, petite ville du Gharb, restée à l'abri des in- 
fluences européennes. 

Là, pour mieux se mêler à la vie des indigènes, il en 
adopta le costume et la manière de vivre, sans jamais faire 
de concessions qui auraient répugné à sa dignité de gentil- 
homme et à ses convictions intimes. 

En possession du précieux instrument d'investigation 
qu'est en pays d'Islam la langue arabe, et joignant à une 
excellente culture classique un pénétrant esprit d'observa- 
tion et une universelle curiosité, il se consacra dès lors et 
durant quarante-cinq années, à l'étude de toutes les mani- 
festations de la vie sociale, politique ou religieuse dans 
tout le Maroc. 



VI NOTICE SUR M. MICHAUX-BELLAIRE 

• 

Son champ d'observation s'était en effet considérable- 
ment élargi, car ses éminentes qualités le faisaient dési- 
gner, en 1895, pour accompagner à Fez notre ambassadeur 

M. DE MONTBEL. 

La gérance de notre consulat à Fez lui est confiée durant 
trois années; en 1897. 

Ses premières publications ayant retenu l'attention du 
monde savant, il est nommé en 1904 membre de la Mission 
Scientifique du Maroc, dont il prend la direction en 1906. 

Le siège de la Mission Scientifique ayant été transféré 
en 1920 de Tanger à Rabat, cette institution fut rattachée 
à la Direction des Affaires indigènes, sous le nom de Section 
sociologique, et M. Michaux-Bellaire en conserva la direc- 
tion, jusqu'à sa mort, survenue le i5 mai 1930. 

Il serait trop long d'énumérer les travaux publiés par 
M. Michaux-Bellaire dans les Archives Marocaines, Isl Re- 
vue du Monde Musulman, la collection des Villes et Tribus 
du Maroc, les Archives Berbères, Hespéris, France-Maroc, 

En dehors de ces études, dont certaines représentent un 
travail de plusieurs années, le distingué chef de la Section 
sociologique a laissé de spirituelles et lumineuses confé- 
rences faites au Cours de perfectionnerhent des Officiers des 
Affaires indigènes et de nombreuses notes qui ne sont pas 
destinées à la publication. 

Son œuvre constitue une véritable encyclopédie du Maroc 
où il a été un apôtre de l'œuvre française. Il s'est consacré 
sa vie durant et jusqu'à ses derniers moments à cet apos- 
tolat, laissant à tous ceux, européens ou musulmans, qui 
l'avaient approché, le souvenir d'un homme d'une sensibi- 
lité exquise, d'un beau caractère, d'une intelligence lumi- 
neuse, d'une science sûre et sincère, en un mot d'un grand 

et bon Français. 

Général Nocuis, 

Directeur général du Cabinet militaire 
et des Affaires indigènes. 



PRÉFACE 



La publication du volume X de Villes et Tribus du 
Maroc, LES Doukkala, entreprise depuis plusieurs années, 
a été retardée par des causes diverses. Les changements fré- 
quents de mes collaborateurs, entraînés les uns par les 
obligations de leur carrière, les autres par leur goût parti- 
culier pour d'autres études, ont nui à l'unité de réalisation 
indispensable et ont obligé à remettre plusieurs fois sur le 
métier le travail commencé. Il était déjà résulté de ces 
changements dans la mise en œuvre un flottement inévi- 
table qui causait des interruptions et des reprises avec de 
continuelles nécessités de remise au point pour arriver à 
utiliser et à unifier les ébauches successives laissées par les 
uns et par les autres. 

De plus, en faisant des recherches sur les origines des 
habitants des DQukkala, sur Thistoire politique et religieuse 
de cette confédération, qui a été une des plus importantes 
du Maroc, j'ai pu apercevoir au delà des tribus arabes des 
Doukkala d'aujourd'hui, le souvenir des tribus berbères 
d'autrefois, et j'ai même entrevu la possibilité de retrouver 
les traces de ces tribus berbères des premiers temps de 
l'Islam, sous les noms plus ou moins déformés des popu- 
lations qui occupaient cette région dans l'antiquité. J'ai 
pensé qu'il pouvait être intéressant, au lieu de donner une 
simple nomenclature des tribus actuelles, d'entreprendre 
des recherches approfondies de nature à apporter une petite 



VHI PREFACE 

• 

contribution à l'œuvre sociologique qui consiste à retrou- 
ver le peuple marocain à travers le rideau musulman et les 
apparences Makh^^en derrière lesquels se cachent le plus 
souvent sa constitution véritable et fondamentale. Ces 
recherches, rendues difficiles par le manque de documenta- 
tion, par l'obligation de compulser de nombreux ouvrages 
pour essayer de retrouver une indication souvent assez 
vague, ont forcément contribué à augmenter encore le 
retard dans la publication du premier volume des Douk- 
kala. 

Sans doute, de semblables recherches amènent souvent à 
construire sur des hypothèses plutôt que sur des certitudes 
historiques absolues, et ce procédé pourra être considéré 
comme n'étant pas suffisamment scientifique : mais la 
science elle-même est souvent obligée de faire des hypo- 
thèses, sous peine de rester trop longtemps enfermée dans 
un cercle d'idées peut-être précises mais forcément res- 
treintes. En matière historique, les hypothèses construites 
non seulement sur l'étude de faits notoirement connus et 
de précisions indiscutables, mais aussi sur des légendes 
qui paraissent inexplicables, peuvent avoir l'avantage d'at- 
tirer l'attention sur des coïncidences qui avaient passé ina- 
perçues et desquelles il sera quelquefois possible, en les 
étudiant de plus près, de tirer des conclusions historiques. 

En un mot, les hypothèses qui peuvent paraître un peu 
hasardées et dont l'étude des populations des Doukkala a 
été le prétexte, ne prétendent pas trancher la question 
encore très obscure de la survivance des anciennes tribus 
rencontrées dans l'antiquité par les Romains en Tingitane, 
mais simplement de poser cette question à l'aide de 
quelques documents nouveaux et d'essayer de suivre ces 
tribus ou quelques-unes d'entre elles à travers l'histoire du 

Maroc. 

Ed. Michaux-Bellaire. 




Echelle : i/io.ooo.ooc. — Bureau des Cartes du Cabinet Militaire, Rabat, 1931. 

Le pays des Doukkala et le Maroc. 



RÉGION DES DOUKKALA 



INTRODUCTION 



Le préseat volume est le premier d'une étude sur les 
Doukkala, étude qui était à peu près complètement termi- 
née à la mort de M. Michaux-Bellaire, en mai igSo. 

Cette étude, qui formera les dixième, onzième et 
douzième volumes de la collection Villes et Tribus du 
Maroc, comporte trois tomes : 

Tome I (volume dixième). — Une introduction à l'en- 
semble du travail et une étude sur les tribus des Doukkala. 
Tome II (volume onzième). — Azemmour et sa banlieue. 
Tome III (volume douzième). — xMazagan et sa banlieue. 

Les volumes dixième et onzième qui paraissent actuel- 
lement ont été revus par M. Reynier, contrôleur civil, 
inspecteur des Affaires indigènes, qui, sur la demande de 
M. Michaux-Bellaire, avait bien voulu se charger de 
mettre au point la documentation réunie. 

M. Reynier est, en outre, l'auteur des trois chapitres 
ayant trait à la vie religieuse. 

VILLES ET TRIBUS. — X. I 



REGION DES DOl KKALA 



L^ bibliographie qui prend place au début du volume 
dixième (tome I) a été mise à jour par M. Burkt. 

Quant au tome \\\ qui constituera le volume douzième 
de la collection Villes et Tribus du Maroc, une partie de 
sa documentation est déjà rassemblée. 



PIECES ANNEXES 



PERSONNEL DU SERVICE DES RENSEIGNEMENTS DES DOUKKALA 
DE 191 2 A 191 8 



Peltier, 


Lieutenant-Colonel, 


igiS à igiS, 


BOLELLI, 


Chef de bataillon, 


1913 


Mou VEAUX, 


— 


igiS à 1914. 


Charles-Roux, 


Chef d'escadrons. 


1915 à 1916, 


Rey, 


Chef de bataillon. 


1916 à 1917, 


IVART, 


Capitaine, 


1912 à 1913, 


Debacker, 


— 


1913 à 1914, 


Fouque, 


— 


igiS à 1915, 


Cégarra, 


— 


, 1913 à 1914. 


Astraud, 


— - 


.9,3 


Gonnel, 


— 


1913 à 1915. 


Brunet, 


— 


1913 


Basly, 


— 


1915 


MOREAU, 


— 


1917 à 1918. 


Van Ackèbe, 


Lieutenant, 


1913 


Lahube, 


— 


1913 


Benazet, 


— 


1913 


Chastanet, 


— 


1913 à 1917. 


Mazel, 


— 


1913 


Brissaud, 


— 


1913 


Dewerpe, 


— 


1913 à 1915. 


De la Rocque, 


— 


1913 à 1914. 



4 


RÉGION DES DOUKKAL\ 






MONDET, 
VlGNON, 


Lieutenant. 


1913 à 
1916 


1914. 


De Courson de 


LA Villeneuve, ~ 


1917 à 


1918. 


SiCOT, 


Attaché d'intendance, 


1917 à 


1918. 


VlTALIS, 


Officier interprète, 


1913 à 


1916. 


Carlotti, 


— 


1913 




Wilson, 


— 


1916 à 


1917 


Pergaud, 


— 


1916 à 


1917 


TORRAS, 


~- 


1916 




De Lestapis, 


Sous-Lieutenant, 


1915 à 


1917, 


Sultan A, 


Interprète auxiliaire, 


1916 à 


1917 


Delmarês, 


— 


1916 à 


1917 


Pesle, 


— 


1917 à 


1918 


CORNICE. 


Adjudant-Chef, 


I9i3à 


1915 


Allouche, 


Secrétaire d'État-Major, 


1916 à 


1917 


Causse, 


Chef du Bureau d'Ordre, 


1913 à 


1980 



LISTE DES AGENTS DU CORPS DU CONTROLE CIVIL AYANT ETE 
EN SERVICE DANS LA CIRCONSCRIPTION DES DOUKKALA 



Weisgerber, 

Peysonnel, 

Communaux, 

Communaux, 

Charlot, 

Becmeur, 

SiCOT, 

Contard, 

De Courson, 

Reynier, 

Delorme g., 

Blagny, 

Teyssier, 

Mathieu, 

ESTÈVE, 
LONGIN, 

Lacombe, 

COLIAC, 

Moins, 

HUSSON, 

moussard, 

Thivend, 

boudière, 



Chef de Circonscription, 



Adjoint, 



19 septembre 1917 

17 mars 1926 
23 mai 1928 

i3 janvier 1913 

20 mai 1914 
22 mai 1914 

? 

i5 avril 1919 
20 décembre 1916 
6 janvier 1920 
3o mars 1922 
i3 mars 1923 
19 mars 1924 
25 mars 1924 

25 mars 1925 
i5 mars 1926 

26 mai 1926 

26 juillet 1926 

27 novembre 1926 
27 novembre 1926 
i3 octobre 1927 

18 février 1928 
i*^"" janvier 1929 



au 3i mars 1926. 
au i3 mai 1928. 
à ce jour, 
au 8 janvier 1914. 
au i5 octobre 1919. 
au 3o octobre 1916. 
au 9 mai 1919. 
au 3 avril 1920. 
au 23 mai 1918. 
au 1 1 avril 1924. 
au 7 juin 1924. 
au 3o juin 1926. 
au 17 mars 1926. 
au 28 juin 1926. 
au I®'' mars 1926. 
au 2 décembre i92#. 
au 27 novemb. 1926. 
au 19 février 1927. 
au 16 octobre 1927. 
à ce jour. 

au i^"^ janvier 1929. 
au 2 octobre 1928. 
à ce jour. 



Annexe de Sidi ben Nour. 

Contard, Chef d'annexé, 3 décembre 1917 au i5 avril 1919. 

Lafaye, — i5 avril 1919 au 22 août 1919. 

Mathieu, — 11 mai 1920 au 24 mars 1924. 



REGION DES DOUKKALA 



Metour, 

BOUYSSI, 

Philibeaux, 
Brunel, 
bonhoure, 
Havre, 

COUSTE, 

Costa, 

Vathonne, 

Teyssier, 

Pernot, 

Morel-Francoz, 

DeMazières, 



Chef d'annexé. 



Adjoint, 



9 avril 1924 

17 mai 1927 

i*"" janvier 1929 

18 novembre 1929 

10 juillet 1919 

19 octobre 192 1 
i5 mars 1923 

2 février 1924 

3 janvier 1925 
17 mars 1926 
14 mars 1929 
i*"" juillet 1929 
10 mars 1930 



au 17 mai 1927. 
au i^' janvier 1929. 
au 16 novemb. 1929. 
à ce jour, 
au 7 juillet 1922. 
au i7novemb. 1922. 
au 2 février 1924. 
au 3o juin 1926. 
au 12 février 1927. 
au 18 sept. 1927. 
au 29 sept. 1929- 
à ce jour, 
à ce jour. 



Annexe de Sidi Ali. 



Communaux, 
Morbau, 
Maître, 
Lauret, 

VlMAL, 

Beaujolin, 
Arensdorff, 

DUTHiEIL, 

Mirande, 
BussrèRE, 



Chef d'annexé, 



Adjoint, 



8 juin 1914 
27 juillet 1917 
7 août 1919 
21 janvier 1920 



au II janvier 1917. 
à juillet i9»9. 
au 25 décemb. 1919. 
au i®"" jan vier 1925. 



19 décembre 1924 au 7 mai 1926. 
3o juin 192Ô à ce jour. 



3 décembre 1917 
i3 mars 1926 
25 juin 1927 
i*"" juillet 1929 



au 16 mars 1923. 
au 25 juin 1927. 
au i®*" janvier 1929. 
à ce jour. 



Annexe de Sidi Smdine. 



Rousseau, 

Communaux, 

Arensdorff, 



Chef d'annexé. 



Adjoint, 



4 octobre 1915 
1 1 janvier 1917 
25 juillet iji 7 



au 14 décemb. 1916. 
au 17 novemb. 1917. 
au 3 décembre 1917. 



DOCUMENTS FOURNIS PAR LE SERVICE DES RENSEIGNEMENTS 
ET LE CONTRÔLE CIVIL DE MAZAGAN 



Rapport de M. le commandant Scfard sur les Doukkala. 

Rapport de M. le capitaine-interprète Trenga sur l'Annexe de Sidi- 
Ben-Nour. 

Rapport de M. le contrôleur civil Reynier sur les Confréries religieuses 
en Doukkala. 

Notice en arabe, par Tamin Si Abdesselam BRiCHA,sur les corporations 
et le commerce d'Azemmour. 



m 



BIBLIOGRAPHIE 



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mier, Paris, 1860. 

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LES DOUKKALA 9 

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Geuthner, Paris, 1913. 

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Besnard d'Aynard. — L'Œuvre frçinçaise au Maroc, 1912. 

Botte. — Au cœur du Maroc, 1913, 

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Archives Marocaines, vol. I, p. 3oi et sui/., in-S''. E. Leroux, Paris, 
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rij'âl et-Tasawwouf (M.^nuscnl de la Section sociologique). 



LES DOUKKaLa 



I 

LE PAYS 



. Léon l'Africain, dans sa Description de l'Afrique, défi- 
nit ainsi les Doukkala : 

« La région de Ducale, de la partie du ponant commence 
à Tensift, devers tramontane se termine à l'Océan ; du côté 
de midy, au fleuve d'Habid, et à celui d'Ommirabih devers 
ponant. Cette province peut contenir en longueur trois 
journées et deux en largeur, estant fort habitée, mais d'un 
peuple fort maling et ignorant, et y a peu de cités. » 
D'autre part, Ibn Khaldoun s'exprime ainsi : 
« Les Dokkala occupent le territoire qui s'étend vers le 
couchant, depuis le pied septentrional de la montagne qui 
avoisine Maroc jusqu'à l'Océan. C'est là où se trouve le 
ribat d'Asfi, poste fortifié qui porte aussi le nom des Béni 
Maguer, famille dokkalienne. L'origine des Dokkala est 
encore un problème à résoudre : les uns les regardent 
comme masmoudiens et les autres comme sanhadjiens. 
Immédiatement au (sud)-ouest de leur territoire, on ren- 
contre une plaine qui se déploie obliquement entre la mer 



i6 

et l'Atlas et qui se prolonge jusqu'à la province de Sous. 
Cette région est occupée par les Haha (i). » 

Il résulte de ces citations que les Doukkala étaient une 
tribu berbère soit masmoudienne, soit sanhajienne, dont 
le territoire avait pour limites : l'Océan au N.-O., l'Oum-er- 
Rebi* au N.-E., l'Atlas ou la chaîne des Djebilates au S.-E., 
la région des Haha au S.-O. 

A la suite de l'invasion hilalienne, les Berbères furent 
refoulés dans l'Atlas (cf. Marçais, Les Arabes en Berbérie, 
p. 523 sq. et 532 sq.) ou se mêlèrent aux envahisseurs, de 
sorte que la dénomination de Doukkala n'a plus au 
jourd'hui de signification ethnique et désigne les tribus 
arabes ou arabisées habitant une partie du territoire de 
l'ancienne population berbère appelée Doukkala. 

Toutes ces observations étant faites, l'objet de cette étude 
sera le territoire désigné par l'administration sous le nom 
de « Circonscription des Doukkala ». 

Cette circonscription n'arrive pas au sud-ouest jusqu'à 
l'Oued Tensift et empiète, par contre, sur la rive droite de 
l'Oum er-Rebi\ au N.-E. 

Limites. — Elle est comprise entre l'Océan et les tribus 
des Chaouia, des Rehamna et des 'Abda. 

Nous verrons plus en détail les limites de ces territoires 
au fur et à mesure de l'étude des différentes parties. 

C'est ainsi que les limites artificielles, partant de l'Oum 
er-Rebi' et se dirigeant vers le Nord pour séparer des terri- 
toires des Chaouïa la région des Chiadma et des Chtouka, 
ont fait l'objet de contestations et ont dû être fixées à plu- 
sieurs reprises, comme on le verra plus loin (2). 

Le littoraL — Au nord de l'Oum er-Rebi\ le littoral ne 

(i) Histoire des iîerftères (traduction II, 274). 

{2) F. Weisgerber, Le Territoire des Chaouia, in Bulletin du Comité de 
l'Afrique française, 1907. 




LEGENDE 



Bureau des Carâes da/?és/c/ent 



: Poutes pHndpâ/es et secondaires. \ i 



■julj. Chemins de fer{voienormale et de 0T60 \ ■ 

Echelle: I/I.000.000? 
10 20 30 ^0 50 K"! 



Limite du Contrô/e c '/ 



Contrôle civil des Doukkala 
Carte physique. 



LES DOL'KKALA I7 

diffère pas par Taspect de celui des Chaouïa : les sables y 
dominent ; les navires peuvent sans danger approcher jus 
qu'à un mille du rivage. Cette côte est généralement aride. 

Après rOum er-Rebi\ la côte de l'Atlantique présente des 
aspects variés : sablonneuse et bordée de dunes entre Azem- 
mour et Mazagan, elle devient rocheuse en prenant la 
direction du Sud-Ouest, découpe la haute falaise du cap 
Blanc qui domine d'une soixantaine de mètres le niveau 
de l'Océan; puis, serrée de près par des collines abruptes 
qui limitent le plateau des Douklcala, elle est tantôt bordée 
de récifs, tantôt marécageuse. La mer s'enfonce parallèle- 
ment à la côte suivant de longs bras appelés « rejla » qui, 
tour à tour, s'emplissent ou se vident suivant la marée et 
sont- utilisés en plusieurs points par les indigènes pour 
l'établissement de marais salants. 

C'est l'une de ces lagunes, connue aujourd'hui sous le 
nom de lagune de Sidi Moussa, qui formait le port d'El- 
Ghaït mentionné par Edrissi. Plus au sud, sur les confins 
des 'Abda, s'étend la lagune d'El-Oualidiya, à proximité de 
laquelle se trouve la qasba d'El-Oualidiya et la petite ville 
d'Ayer. 

L*intérieur. Relief. — Comme la région des Chaouïa, le 
pays des Doukkala appartient à la grande plaine subatlan- 
tique, découverte par les eaiix de l'Océan à l'époque ter- 
tiaire. Il se compose presque exclusivement de calcaires 
pliocènes, fort peu riches en fossiles, très ondulés, quoique 
avec des différences d'altitude assez faibles. Les reliefs pri- 
maires ne se montrent que dans le massif du Jebel Lakhdar 
ou dans la vallée de l'Oum er-Rebi', profonde entaille 
entre des parois escarpées. 

La plaine ondulée des Doukkala est bordée, dans sa 
partie occidentale, par une large bande formée par une 
série de plissements rocheux d'une faible altitude, sensi- 
blement parallèles à la côte. La hauteur moyenne de ces 

VILLES ET TRIBUS. — X. 2 



l8 .RÉGION DES DOUKKALA 

rides est comprise entre loo et 200 mètres ; le point le plus 
élevé est situé à El-Guenna dans les Ouled Frej , à proximité 
du fleuve Oum er-Rebi\ 

Cette bande rocheuse et voisine de la mer est presque 
totalement comprise dans la zone qui a reçu le nom de 
Sahel : ce vocable signilie « région littorale ». Les affleu- 
rements rocheux qui y dominent sont désignés par les indi- 
gènes par le mot mhârch (terrains rocailleux). 

Au sud-est, en bordure des Doukkala et formant le 
bourrelet occidental du massif des Reliamna, se trouve un 
soulèvement bien caractérisé qui, s'élevant immédiatement 
au-dessus de la plaine des « tirs », paraît plus élevé qu'il ne 
Test en réalité. Les points culminants atteignent une alti- 
tude comprise entre 400 et 5oo mètres. Un seul massif, qui 
se détache fortement des autres et dénommé le Jebel 
Lakhdar (la montagne verte) (1), atteint une hauteur de 
693 mètres (2). 

Climat. — Le climat de la région des Doukkala participe 
évidemment des caractères généraux de celui de la zone 
côtière du Maroc occidental. En automne et en hiver, cette 
région est soumise à l'influence des vents d'ouest et du sud- 
ouest qui arrivent chargés de vapeurs d'eau dont une partie 
se condense en pluie ou en averses si les circonstances mé- 
téorologiques sont favorables. C'est le régime des vents 
alizés. Dès le mois de mai, les vents dominants soufflent 
du nord et du nord-est. Us apportent peu d'humidité et 
amènent le beau temps. 

Quant au « chergui », vent d'est qui vient des Hauts- 
Plateaux et du Sahara algériens, il souffle très irrégulière- 
ment et par intermittences. II peut être très frais en hiver. 
En été, il élève souvent la température jusqu'à 48» C. à 

(1) Plus exactement le mot AAafar signifie « de couleur sombre ». Cf. l'ex- 
pression : beghla kimdra : mule de robe sombre. 

(2) Sciard. 



LES DOUKKALA IQ 

rintériçur des terres. Son influence s'atténue au fur et à 
mesure qu'on se rapproche de la côte et ne fait guère 
monter le thermomètre au-dessus de 3o° sur le littoral. 

Durant la saison dite chaude, de mai à septembre, la 
brise marine qui se lève vers lo heures du matin et souffle 
jusqu'au soir, contribue à abaisser notablement la tempéra- 
ture. Son influence, qui se fait nettement sentir jusqu'à une 
trentaine de kilomètres à l'intérieur, s'atténue avec l'éloi- 
gnement de la côte. 

En somme, la région des Doukkala, grâce à l'influence 
régulatrice de l'Atlantique, jouit d'un climat plus tempéré 
que les régions de l'Afrique du Nord situées à la même 
latitude. 

Ces diverses circonstances expliquent que, sur le littoral, 
la moyenne des températures est de 24" avec 9'' comme 
minima et 3o° comme maxima, alors qu'à l'intérieur la 
moyenne est de 33°, la température la plus basse atteignant 
souvent o" et la plus élevée 5o». 

Régime des pluies. — Le période pluvieuse correspond à 
celle des vents alizés d'ouest et du sud-ouest qui régnent de 
septembre à mai. 

La moyenne de la pluviométrie est de 38o mm. à l'inté- 
rieur (Sidi-Ben-Nour) et de 405 sur le littoral (Azem- 
mour). 

La zone côtière bénéficie aussi sur une largeur d'une 
dizaine de kilomètres d'abondantes rosées nocturnes qui 
favorisent la végétation. 

Cours d*eau. — La région des Doukkala ne compte qu'un 
seul cours d'eau, l'oued Oum-er-Rebi\ qui la limite à l'est 
et la traverse dans sa partie septentrionale. 

Ce fleuve est alimenté par les pluies et les neiges du 
massif des Béni M'guild où il prend sa source. Son affluent 
le plus important est l'Oued el-'Abid qui provient du Grand 



20 REGION DES DOTKKALA 

Atlas. Ces deux cours d'eau qui prennent naissance dans le 
château d'eau formé par l'insertion du Moyen Atlas au 
Grand, roulent un volume d'eau considérable en hiver. En 
aval de leur confluent, le débit à l'étiage n'est jamais infé- 
rieur à 35 me. à la seconde. 

Le lit du fleuve étant très encaissé, les indigènes, sauf à 
Mehioula où existent de belles orangeraies et, en amont 
d'Azemmour, où le henné est cultivé sur une étroite bande 
de dépôt d'alluvions, n'ont pas réussi à aménager un sys- 
tème d'irrigation par dérivation des eaux. 

Ainsi, l'oued Oum er-Rebi' déverse inutilement dans 
l'Océan une quantité considérable d'eau, alors qu'une partie 
de son débit suffirait à fertiliser les plaines avoisinantes 
où, faute d'eau, le rendement des cultures est assez faible. 

L'oued Oum-er-Rebi' n'est pas praticable à la navigation 
et ne peut constituer une voie de pénétration. Les nom- 
breux rapides qui coupent son cours inférieur ne forment 
nulle part de chutes naturelles susceptibles d'être utilisées. 
Aussi bien, l'installation d'usines productrices d'énergie 
électrique n'y sera possible qu'à la condition de capter et 
d'élever les eaux du fleuve par de puissants barrages. 

Deux talwegs, auxquels les indigènes donnent le nom 
d'oueds : l'oued Fagher et l'oued Bouch-chane, drainent 
les eaux de ruissellement du plateau des Rehamna qui 
limite les Doukkala à l'est. 

L'oued Fagher passe au pied du Djebel Lakhdar, tra- 
verse les 'Aounat et les Oulad Fredj, et son lit atteint l'oued 
Oum er-Rebi' à quelques kilomètres en amont de la boucle 
de Sidi Maâchou. 

Les eaux de l'oued Bouch-chane viennent se perdre dans 
les terrains sablonneux qui forment la pointe extrême des 
Doukkala au sud. 

Ces deux oueds sont presque toujours à sec même en 
hiver. Il arrive cependant que, à la suite de pluies torren- 
tielles, ils roulent durant quelques heures un volume d'eau 



LES DOUKKALA 21 

appréciable. L'oued Fagher se déverse alors dans l'oued 
Oum er-Rebi*. 

Dans la partie méridionale des Doukkala, chez les Oulad 
'Amrane, existe une cuvette dénommée Ouarar, qui recueille 
les eaux provenant des collines des 'Abda au sud. Il s'y 
forme à la saison des pluies un lac qui disparaît aux pre- 
mières chaleurs. 

Sources. — La région des Doukkala n'est pas plus favo- 
risée pour les sources que pour les cours d'eau. Les sources 
y sont en effet très rares et peu abondantes ; les plus con- 
nues sont : 

1** La source des Tri'at dont les eaux servent à l'irriga- 
tion d'orangeraies ; 

2" La source dite 'Aïn Sralina, située à proximité du 
•bap Blanc, dont les eaux servent à l'abreuvage des ani- 
maux et à l'irrigation d'une pépinière et d'une plantation 
4'arbres ; 

3"" Les deux sources 'Aïn el-Ghar et 'Aïn Ben-Dris ou 
*Aïn Kebira, situées à peu de distance l'une de l'autre dans 
les Béni Iffou (O. 'Amor); 

4* Les deux sources dites 'Aïn 'Aliliga et 'Aïn Sidi Jer- 
moun, dans les Maaîin (O. 'Aïssa) ; 

5° La source dite 'Aïn Jenan Hammou Guellib, dans les 
O. Jerrar (O. 'Amranj ; 

6° Plusieurs sources situées au pied du massif des Re- 
hamna et dont les plus connues sont l"Aïn du Mtal et TAïn 
Nakhla, au pied du Djebel Lakhdar ; 

7'' A signaler également' plusieurs sources de très faible 
débit dans le lit de l'oued Faregh, la plus connue est l"Aïn 
Talmest, près du confluent de ce cours d'eau avec TOum 
er-Rebi\ 

Eaux superficielles. — L'eau de pluie s'assemble dans de 
nombreuses cuvettes naturelles, à fond imperméable, argi- 



21 REGION DES DOUKKALA 

leux ou de « tirs (i) » qui portent le nom de daya et où 
croissent des joncs ou des jujubiers sauvages. Pour assurer 
aux eaux pluviales une conservation plus durable, les habi- 
tants des Doukkala creusent de grandes excavations où 
elles s'accumulent durant la saison des pluies. 

Nappe souterraine. — Mais pour se procurer de l'eau ils 
ont surtout recours à la nappe souterraine. Cette nappe, 
dans la zone littorale, est peu éloignée de la surface du sol 
et est puisée au moyen de norias ; elle augmente en général 
de profondeur à mesure qu'on s'avance vers l'intérieur et 
se maintient presque toujours à une profondeur supérieure 
à 20 m., atteignant souvent 5o m. et parfois même 90 m. 

Les puits étant en général trop peu nombreux et les 
moyens de puisage très primitifs, Tabreuvage des animaux 
est rendu très difficile en été. L'eau extraite est de qualité 
très variable. Elle offre presque toujours un degré de sa- 
lure plus ou moins accentué (magnésie et chlorure de so- 
dium), mais est néanmoins, dans la majorité des cas, po- 
table. 

La nappe aquifère souterraine est actuellement reconnue 
comme étant particulièrement abondante en deux points 
principaux du territoire: à Sidi Sma'ïn, à 5o km. au sud 
de iMazagan, et à Sidi Moussa, à proximité de Mazagan. 

Ces deux points d'eau se trouvant à peu près sur la pro- 
longation du cours de l'oued Bouch-Chân, on peut admettre 
l'hypothèse du cours souterrain de cette rivière, venant 
aboutir dans la baie de Mazagan, où sourdentde nombreux 
et abondants suintements. 

Le sol. — Quant à la nature du sol, le plateau des Douk- 
kala peut être divisé en six parties disposées parallèlement 
à la côte. En partant du rivage et en se dirigeant vers le 

(i) Terre noire argileuse. 



LES DOUKKALA 23 

S.-E. on rencontre successivement les bandes suivantes : 

i» Le bourrelet côtier, aride; 

2« L'Oulja, ligne de dépression située derrière ce bourrelet ; 

3^ Des terres légères s'étendant parallèlement à la côte, 
sur une profondeur variable, assez large à la hauteur de 
Mazagan ; 

4« La Harroucha, qui est une zone rocheuse avec quel- 
ques lots de terres cultivables et qui forme la région la 
plus pauvre des Doukkala; 

5° Une large zone où dominent au S.-O. les « tirs » 
(terres noires) et les « hamri » (terres rouges), qui donnent 
aux Doukkala leur renom de fertilité ; au N.-E. vers l'Oum 
er-Rebi' dominent les « rmel » (terres sablonneuses), favo- 
rables à la culture de la vigne; 

6*^ Enfin, au S. -S.-E., un talus rocheux aride, séparant 
les Doukkala des Rehamna. 

La Flore. — La flore des Doukkala varie avec la nature 
du sol et le plus ou moins grand éloignement de la mer. 

Zone littorale. — Cette zone présente une flore très dif- 
férente suivant la nature du sol. A proximité d'Oualidiya, 
sur les confins des 'Abda, le terrain est rocheux, à tel point 
que Brives, voyant la stérilité du pays à Ayer, se demanda : 
« De quoi peuvent bien vivre ses habitants? » 

Les lagunes qui se trouvent çà et là le long de cette côte 
laissent voir, à marée basse, des algues verdoyantes. Dans 
les parties non recouvertes par les eaux croissent des salso- 
lacées grises et des statices. 

A signaler au cap Blanc un groupe isolé d'arganiers, 
spécimens attardés d'un arbre dont la zone actuelle ne 
commence qu'au Jorf el-Ihoudi, au sud de Safi. 

Le Sahel. — Le Sahel comprend des terrains divers; la 
carcasse en est formée de rochers présentant des dépres- 
sions où l'on trouve des « tirs », des sables et des « hamri ». 

Les parties où le rocher émerge forment ce que les indi- 



24 KKiilO.N DKS DOL'KKALA 

^ènes appellent « el-iiarcha » ou « el-liaroucha ». La plante 
caractéristique en est le palmier nain. La haroucha ne 
convient qu'à l'élevage. 

Le « hamri » est caractérisé par l'asphodèle qui y croît 
en abondance. 

Dans toute cette région poussent de nombreuses grami- 
nées : ray-grass, avoines stériles, alpistes, vulpin, bromes à 
gros épis, orges bulbeuses, chiendent dactylon, pimpre- 
nelles. Les papilionacées suivantes y foisonnent: les lotiers 
corniculés, les minettes, des trèfles divers, le mélilot com- 
pact, les vesces et les gesses. 

Sur les confins des Chaouïas, à cheval sur les territoires 
des Soualem (Chaouïa) et des Chiadma (Doukkala), s'étend 
la ghaba des Soualem. C'est un maquis où domine le len- 
tisque {dhrô) : il y est très dense et atteint la hauteur d'un 
homme : « De beaux fumeterres à corolles ornementales 
et claires s'accrochent et grimpent çà et là dans cette ver- 
dure sombre, et une grande crucifère blanche pousse sa 
fleur jusqu'au haut de cette broussaille (i). » 

Les landes côtières abondent, par endroits, en klakh 
(ferula tingitana) : on y trouve encore le sekkoum (asperge 
sauvage), des iris, des narcisses, des crocus; dans les ter- 
rains sablonneux abondent le rtem (rétama monosperma), 
grand genêt à fleurs blanches très odorantes, \Q.^ansel (scilla 
maritima), le drias (thapsia garganica), le cerinthe aux 
bractées violettes, l'anagallis aux corolles d'un rouge écla- 
tant, l'asphodèle, la sauge et la violette arborescente. 

Les plaines de « tirs ». — Les « tirs » dominent au S.-O. 
des Doukkala : ils sont entourés de terres argilo-siliceuses 
de couleur ocre (d'où leur nom de hamri) contenant une 
notable quantité d'oxyde de fer. 

L'eau y est malheureusement rare, mais dès qu'il pleut 
surgit une végétation spontanée abondante qui, par les 

(i) DouTTÉ, Marrakech, p. 41. 



LES DOUKKALA 25 

années pluvieuses, peut atteindre la hauteur d'un homme. 
Elle se compose de papilionacées : luzernes diverses (medi- 
cago turbinata, orbicularia) ; lotier corniculé ; lotier are- 
narius ; trèfles divers et notamment l'agrarium scabrum ; 
astragale ; mélilot. Parmi les graminées utiles on relève les 
avoines stériles, l'avoine élevée, l'avoine barbata, l'orge 
queue de rat, le dactyle aggloméré, des alpistes, le paturin, 
le ray-grass (lolium multifoliatum), des bromes (mollet, 
ruben et macrostachys). iMais le voyageur remarque sur- 
tout les plantes spontanées suivantes, plus apparentes : les 
férules, les fenouils, le kherchouf (artichaut sauvage) et le 
chardon dit ^raga, « qui devient entièrement bleu en été et 
communique alors cette teinte à de vastes territoires où la 
plupart des autres espèces ont péri (i) ». 

Rmel des Doukkala Sud. — Les « Rmel » des 'Aounat, 
des Oulad Frej et d'une partie des Zerara sont de nature 
silico-argileuse : la culture de la vigne y. est pratiquée avec 
assez de succès par les indigènes. 

Comme végétation spontanée c'est l'asphodèle et le pal- 
mier nain qui dominent. Par endroits se trouve une zone 
caillouteuse encroûtée où Brives a signalé en décembre une 
petite crucifère violette (malcomia littorea). 

Partie montagneuse. — Cette partie à peu près stérile, 
sauf sur les bords des torrents temporaires, ne convient 
qu'à l'élevage. 

A la place des chênes et des pins signalés par Léon l'Afri- 
cain sur le Jbel Lakhdar, ne se rencontrent plus .que 
quelques rares tlak (acacia gummifera) et des buissons de 
rtem et de sder (zizyphus lotus, jujubiers sauvages). Dans 
les gorges de l'oued Islan croît le ti^ra ou sumac. 

La faune. — La faune des Doukkala est très riche (2). On 

(i) Weisgerber, Trois mois à la campagne, p. 214. 

(2) La plupart de ces renseignements sont dus à l'obligeance de M. Mar- 
chai, pharmacien installé à Mazagan depuis 14 ans. 



20 RÉGION DES DOUKKALA 

y trouve le lièvre, le chacal, le renard, le chat sauvage, la 
belette, la fouine, la genette, le raton. Le porc-épic, le 
hérisson, s y rencontrent également. 

L'Oum er-Rebi* et ses affluents ont le rat d'eau et la loutre : 
celle-ci a été trouvée dans des puits et notamment dans un 
puits près de Sidi Moçbah, ce qui confirmerait l'existence 
de cours d'eau souterrains dont il est parlé au chapitre de 
l'hydrographie. 

On n'a rencontré dans les Doukkala ni mangouste, ni 
gazelle, et le lapin y est inconnu :• comme on le sait, ce 
rongeur n'a pas franchi le Bou-Regreg. 

Les oiseaux sont particulièrement abondants dans cette 
région : la grosse outarde, la canepetière, le canga, la per- 
drix anglaise (koudri)^ la caille bédouine, la tourterelle 
mouchetée, la caille commune, le râle de genêt, le pigeon 
sauvage, le merle sédentaire, l'étourneau moucheté gris- 
vert, de passage, et Tétourneau noir, sédentaire, forment un 
gibier estimé des chasseurs. Les passereaux y sont repré- 
sentés par de nombreuses espèces : citons seulement les 
moineaux, abondants, les linots, les chardonnerets, le pin- 
son, le verdier, le gros-bec et la bergeronnette. C'est sur- 
tout en octobre qu'apparaissent les becs-fins : la pive, l'or- 
tolan, la grive petite commune, les alouettes, la calandre, 
redoutée par les agriculteurs dont elle ravage les champs 
de maïs. 

Une espèce particulière de coureur se rencontre à Sidi 
Ben Nour. 

Le gibier d'eau ne manque pas : le râle d'eau, la poule 
d'eau, la macreuse, la magnifique poule sultane, les sauva- 
gines, les canards divers, les oies, les sarcelles, la bécasse, 
la bécassine ordinaire, la bécassine sourde, divers pluviers, 
le vanneau, les hérons, le flamant rose, l'aigrette, la 
fausse-aigrette ou pique-bœufs et des échassiers de pas- 
sage. 

Les oiseaux de proie ne font pas défaut : les émouchets, 



LES DOUKKALA 27 

les faucons, les busards, le corbeau, les engoulevents, les 
chasseurs d'Afrique, le geai bleu. Le geai commun et la 
pie n'existent pas. Mais on a rencontré une sorte de geai à 
pattes d'émouchet dans la broussaille. Citons encore le 
courlis ravageur, le courlis de mer et un courlis qui pour- 
rait être appelé courlis-dinde à cause de son cou dénudé. 
Le rossignol égaie de ses chants les orangeraies de 
Mehioula. Les hirondelles, les martinets et les cigognes 
viennent, comme dans le reste du Maroc, nicher dans le 
pays. 

Quant aux oiseaux de mer, ce sont les mêmes que sur le 
reste de la côte du Nord de l'Afrique. 

La chouette existe dans toute la région, l'orfraie à 
Mehioula. 

Sans prendre la chauve-souris commune pour un oiseau, 
nous la signalons au passage. 

Comme faune fluviale, outre la loutre et le rat d'eau déjà 
cités, il convient de signaler un crabe d'eau douce noir et, à 
Azemmour, une crevette blanche. Enfin, dans tous les cours 
d'eau, des tortues d'eau. Les anguilles et les barbeaux se 
trouvent dans l'Oum er-Rebi'et ses affluents. Vers l'embou- 
chure de ce fleuve se trouve une sorte de sole, des mulets 
d'une espèce spéciale et peu savoureux. Quanta l'alose, qui 
est une richesse d'Azemmour, nous y reviendrons à la fin 
de ce volume. 

Les reptiles sont nombreux : les couleuvres abondent ; 
les vipères sont peu nombreuses ; l'orvet, le lézard gris, le 
lézard rouge, sont fréquemment rencontrés ; le lézard vert 
existe à Mehioula ; on trouve aussi des crapauds, des gre- 
nouilles grises ; le gecko et le caméléon ne sont pas rares. 

Le scorpion noir, le scorpion rouge, l'araignée dite bon 
sfiha, le mille-pattes, le bousier, la mante religieuse, le 
hanneton et la coccinelle représentent les insectes; on 
trouve aussi une petite cigale et la grosse chenille de palmier 
nain qui atteint 7 cm. de longueur. 



28 KKGION DES DODKKALA 

Agriculture et élevage. — Au point de \'ue agricole, on 
peut diviser le pays en quatre parties : 

I^'Oulja, 

La I.laroucha, 

Les plaines fertiles, 

Et le massif montagneux. 

L'Ouï) a (dépression qui se trouve immédiatement der- 
rière le bourrelet côtier) est formée d'alluvions siliceuses et 
humifères. Sa largeur est variable. C'est ainsi qu'elle atteint 
4 km. à proximité d'Azemmour. Cette dépression, arrosée 
par des norias, convient aux cultures maraîchères, au 
tiguier, au grenadier. Les pastèques en sont renommées et 
transportées à dos de chameau 'jusqu'à iMarrakech. On y 
cultive aussi les céréales. 

La haroucha, raboteuse, pierreuse, ne convient qu'à 
rélevage. Cependant, dans les dépressions où se trouve 
du « hamri », réussit le maïs, ainsi que le sorgho et l'orge. 

Les parties rocheuses présentent des rocs extrêmement 
difficiles à arracher et le palmier nain y est inextricable. 
Elles sont donc pratiquement incultivables et ne peuvent 
former que des terrains de parcours. Des dayas (i), rem- 
plies d'eau de pluie, permettent aux troupeaux de s'abreuver. 

Plaines fertiles. — ■ Les plaines fertiles sont formées de 
terres noires ou « tirs », de terres rouges ou « hamri », et 
de terrains sablonneux ou « rmel ». Les « tirs » et les 
« hamri » sont par excellence des terres à céréales, tandis 
que les « rmel » conviennent plus particulièrement à la cul- 
ture de la vigne. 

Enfin, la partie montagneuse du Sud-Est, où le roc est 
presque partout à nu, ne convient guère que comme terrain 
de parcours. 

Élevage. — Les moutons et les bœufs prospèrent dans 

(i) « Daya » : mare, cuvette où s'assemblent les eaux de pluie. 



LES DÛLKK.ALA 29 

les Doukkala grâce aux terrains de parcours dont nous 
avons parlé plus haut (notamment dans le Sahel). 

L'élevage des chevaux est surtout une spécialité des 
\\bda, et c'est une fraction des 'Abda, les Bkhati, enclavés 
dans le territoire des Doukkala, entre Oualidiya et Maza- 
gan, qui élèvent en Doukkala les chevaux les plus renom- 
més. 

La question sera revue dans l'étude détaillée du pays, 
mais il est bon de signaler dès maintenant le dicton « 'aça 
d'^ebbouj ou jmel Doukkala » (gourdin d'olivier sauvage et 
chameau des Doukkala) : autrement dit, pas de meilleur 
bâton que celui d'olivier sauvage, ni de chameau plus 
vigoureux que celui des Doukkala. 

Les chameaux des Doukkala sont donc renommés. 

Arboriculture. — Il ne sera pas reparlé ici des arganiers 
du cap Blanc qui sont plutôt une curiosité botanique. Le 
cactus et les figuiers forment çà et là des groupes annon- 
çant au loin au voyageur des villages ou des lieux de 
campement fréquentés. Des dattiers, par petits groupes 
ou isolés, subsistent dans les Doukkala. D'après les tradi- 
tions indigènes, cet arbre était autrefois beaucoup plus 
fréquent. 

Les orangeraies de Mhioula feront l'objet d'un chapitre 
spécial. 

Les cultures industrielles du henné et du lin seront éga- 
lement exposées plus loin. 

L'habitat. — Comme il est dit plus haut, l'élément arabe 
a assimilé l'élément berbère. Mais les nomades arabes ont 
dû s'adapter aux conditions de vie imposées par le pays et 
sont devenus plus ou moins sédentaires. Ils ont dû aussi 
abandonner la tente et, en général, ceux qui l'ont conser- 
vée ne nomadisent plus. Il résulte de cette évolution que 
l'on trouve dans cette région la maison dite arabe, couverte 



3o RKfWON DES DOUKKALA 

• 

d'une terrasse et présentant une cour intérieure, la chau- 
mière aux. murs de pierre, la « nouala » (hutte à carcasse 
de roseaux) et la tente faite d'un tissu de palmier nain et 
d'asphodèles. 

Comme agglomérations, on trouve la ville (Mazagan et 
Azemmour), le village, la qai^ba, le hameau de huttes, des 
groupes d'habitations hétérogènes, comprenant quelques 
maisons, quelques chaumières, des huttes et des tentes, 
enfin de grands douars de tentes disposées soit en lignes 
parallèles, soit le plus souvent en cercle. 

« Beaucoup de [ces] villages consistant en huttes cylindro- 
coniques sont situés au milieu des ruines d'anciennes cons- 
tructions en pierre. C'est d'un elïet parfois très impression- 
nant : les noualas se dressent au milieu des ruines des 
maisons, entre les pans de murs à moitié écroulés, sous les 
portiques restés debout, on dirait que c'est la barbarie 
campée sur les ruines de la civilisation. Et si vraiment 
cette dernière expression est un peu forte, elle enferme 
pourtant, nous aurons l'occasion de le montrer, une grande 
part de vérité; il fut un temps où de petites cités séden- 
taires se dressaient là où aujourd'hui ne s'élèvent plus que 
de primitives cabanes (i). » 

11 ne faut pas oublier de mentionner, comme type d'ha- 
bitat, la zaouïa. C'est souvent « un amas de bâtiments con- 
sidérable d'où émergent quatre ou cinq Koubbas (2) ». 

D'autre part, là où la nouala voisine avec la tente, la 
nouala sert de salle de réception; on y dépose aussi la 
partie de la récolte non ensilée ; la tente est l'appartement 
réservé aux femmes, et c'est sous la tente que couche le 
chef de famille. En somme, il semble bien que l'on ait 
d'autant plus de peine à perdre l'habitude de la tente qu'elle 
facilite singulièrement les déplacements à l'époque des 
moissons et du dépiquage, ainsi qu'à la fin des labours, 

(i) et (2) DouTTÉ, Marrakech, p. 179. 



LES DOUKKALA 3l 

lorsqu'il devient nécessaire de conduire les animaux hors 
des terres de culture, notamment vers la région du Sahel. 
Cependant, dans les Doukkala du Sud, où la terre est 
très fertile, surtout dans les « tirs », dominent les villages 
de noualas ; on y rencontre aussi un certain nombre de 
chaumières aux murs de pierre ou de pisé. 



II 
LA POPULATION 

A. — FORMATION ETHNIQUE 

La région connue sous le nom de Doukkala occupait 
autrefois un territoire plus étendu que les Doukkala actuels ; 
ce territoire allait presque jusqu'à Marrakech et comprenait 
ce qui constitue aujourd'hui les 'Abda, les Ah7nar, les 
Rehamna et les Segharna, peut-être même une partie des 
Chiadma et des Haha actuels. 

Il est difficile de retrouver l'origine certaine des popula- 
tions qui occupent actuellement les Doukkala et, en dehors 
des tribus arabes hilaliennes qui y ont été établies au 
xii« siècle par Ya'qoub el-Mançour, on ne peut guère ar- 
river qu'à des suppositions. 

Parmi les plus anciens géographes arabes, El-Bekri (i), 
qui écrivait au xi° siècle de notre ère, ne parle pas des 
Doukkala^ quoiqu'il s'étende assez longuement sur les 
Berghouata. 

Idrisi (2), qui écrivait au xn® siècle, cite les Doukkala qn^c 
les Regraga, les Haskoura, les Ha^raja et d'autres tribus 
maçmoudiennes. 

(1) Description de V Afrique septentrionale, par El-Bekri, traduite par Mac 
Guckin de Slane, Paris, 19 13. 

(2) Description de l Afrique et de l'Espagne, par Edrici, traduction par 
R. Dozy et M. J. de Goeje, p. 80, Leyde, 1866. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 3 



34 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Dans l'antiquité, les populations qui habitaient entre 
rOum er-Rebi' [Anatis Jlumen de Polybe, Asanaflumende 
Pline, Aoava 7:oTa{xou exêoXai de Ptolémée) et l'Atlas, étaient, 
d'après Pline, Ptolémée et l'Itinéraire d'Antonin, connues 
sous les noms de Gaetuli, Nectiberes, Zegrensioi, Vesuni ou 
Nesimi, branche des Autololes, Ouakouatai ou Bakouatai, 
Banioubai et Baniurae (i). 

Ces dénominations, recueillies par des étrangers qui ne 
savaient pas la langue des habitants et n'avaient pas pé- 
nétré dans l'intérieur du pays, ne présentent évidemment 
pas de grandes garanties d'exactitude. De plus, on ne sait 
rien sur l'importance de ces tribus ou de ces peuplades, pas 
plus que sur leurs relations entre elles. Étaient-elles indé- 
pendantes les unes des autres ? Formaient-elles des États 
séparés ou, au contraire, composaient-elles un ou plusieurs 
royaumes? Quel était le degré de civilisation de ces peu- 
plades ; quelle était leur origine? Autant de questions aux- 
quelles il est impossible de répondre. On a voulu, dans les 
noms plus ou moins déformés, rapportés par les auteurs 
anciens, retrouver ceux de certaines tribus modernes : les 
Gue^oula seraient les anciens Gaetuli, les Segharna seraient 
les Zegrensioi ou Zegrenses, les Berghouata seraient les 
Bakouatai ou Becvates, etc.. Au point de vue linguistique, 
il est d'autant plus difficile de contrôler ces- étymologies 
que, ainsi qu'on l'a dit, les noms anciens ont été certaine- 
ment déformés par les auteurs eux-mêmes qui les rappor- 
tent, d'une part, et que, d'autre part, les noms modernes 
de forme berbère à l'origine ont été déformés également 
par les « tolba (2) » qui les ont arabisés. 

De plus, les auteurs anciens ne sont pas d'accord sur la 
situation exacte des populations dont ils parlent, et il y a 

(i) Cf. TissoT, Recherches sur la géographie comparée de la Maurétanie 
Tingilane, Paris, Imprimerie Nationale, 1877; — M. Besnieb, Géographie 
ancienne du Maroc. Archives Marocaines', vol. I, Paris, Ernest Leroux, 
1904. 

{2) Talebt pi. tolba; au sens strict : élève, étudiant; au sens large : lettré.. 



LES DOUKKALA 35 

toujours eu dans ces populations des déplacements causés 
parleurs luttes entre elles et par des invasions étrangères. 
Depuis des siècles, des poussées successives, qui semblaient 
venir généralement du S.-E., étaient arrêtées par l'Océan 
et remontaient vers le nord. Ces poussées, elles-mêmes, 
étaient contrariées, à certaines époques, par d'autres venues 
du N. ou du S. et il est résulté de la rencontre de ces cou- 
rants opposés un véritable tourbillon de tribus dans lequel 
il devient absolument impossible de retrouver les tribus 
berbères qui peuplaient les Doukkala avant l'arrivée des 
Arabes BanouHilal. Pour ajouter encore à la confusion, les 
expressions géographiques se superposent souvent aux 
noms de tribus et se confondent avec eux ; il semble bien, 
en effet, que la région que l'on appelait la Tamesna com- 
prenait à la fois les Chaouïa, les Doukkala, les 'Abda, les 
Ahmar, les Rahamna et les Segharna, c'est-à-dire ce que 
l'on désigne aujourd'hui sous le nom de Haouz : l'expres- 
sion de Tamesna est complètement oubliée et n'est plus 
connue que de quelques lettrés qui seraient d'ailleurs inca- 
pables de délimiter la région qui portait ce nom. On en 
retrouve également le souvenir dans l'ethnique El-Mes- 
naoui, pour désigner un homme de la Tamesna, et dans le 
nom de Bab Tamesna (porte de Tamesna) qui désigne 
encore de nos jours une ouverture pratiquée dans la 
deuxième enceinte de la ville de Rabat au S.-O. Léon 
l'Africain ne parle pas des Chaouïa, il donne à la région 
qu'ils habitent le nom de Tamesna, dépendant du royaume 
de Fès ; il désigne au contraire les Doukkala comme appar- 
tenant au royaume de Maroc (Marrakech) et les place en 
dehors de la Tamesna. C'est là un exemple de la confusion 
qui s'est produite fréquemment entre les expressions géo- 
graphiques et les expressions politiques ouadrriinistratives. 
Le même fait s'est produit dans d'autres régions, entre 
autres dans le Rif. 

On n'en sait guère davantage sur la religion pratiquée 



36 RÉGION DES DOUKKALA 

par les peuplades qui occupaient dans l'antiquité la région 
actuelle des Doukkala. Cependant, en rapprochant certains 
faits et en tenant compte de l'étymologie vraisemblable de 
certains noms rapportés par les historiens arabes, on par- 
vient si ce n'est à des cervitudes, du moins à quelques 
hypothèses encore très confuses, mais qui peuvent être de 
nature à autoriser des recherches plus approfondies et plus 
scientifiques. 

Parmi les populations anciennes des Doukkala se trou- 
vaient les Ouakouatai qui, d'après Tissot, « ne sont évi- 
demment qu'une fraction des Bakouatai cités plus haut ( i )» ; 
d'après Besnier, ils sont « identiques aux Bacuatas (2) ». 
Les Bakouatai, Bacuatae, Bacuates ou Ouakouatai n'occu- 
paient donc pas seulement les territoires des Chaouïa et des 
Zemmour d'aujourd'hui, mais ils s'étendaient au sud de 
rOum er-Rebi\ c'est-à-dire dans les Doukkala actuels. 
D'après Tissot, « les Baccuatae, les Macenites, les Auio- 
loles, les Mazices sont certainement les Berghouata, les 
Miknaça, les Aït Hilala et les Amazigh. Toutes ces tribus 
d'ailleurs appartiennent incontestablement à cette vieille 
race libyenne ou berbère que les premières migrations 
orientales ont déjà trouvée établie sur toute la côte septen- 
trionale de l'Afrique, du littoral au Sahara, et qui forme 
encore, tout particulièrement au Maroc, la masse principale 
de la population (3) ». 

Besnier est moins affirmatif, mais il admet que « les 
modernes Barghouata rappellent les Bacuatae de l'Itinéraire 
d'Antonin, les MauriBacautes de l'Anonyme de Vérone (4)». 

Parmi les anciennes populations du Maroc dont les noms 
viennent d'être énumérés, celles qui semblent avoir opposé 
aux Romains la plus grande résistance sont les Baccuatae 



(i) Tissot, op. cit., p. 174. 

(2) Besnier, op. cit. Arch. Mar., vol. 1, p. 355. 

(3) Tissot, op. cit., p. 175. 
<4) Besnier, op. cit., p. 355. 



LES DOUKKALA if 

et les Macenites. Les premiers ont non seulement lutté 
contre la puissance romaine pour défendre leur indépen- 
dance, mais paraissent avoir constitué pour cette puissance 
un véritable danger et obligé les praeses de la Province à 
solliciter, si ce n'est une alliance, du moins une trêve du 
chef des Baccuatae. 

Quoique cela n'ait pas trait directement à l'étude de la 
région des Doukkala, il peut être intéressant de rappeler, à 
l'aide de documents nouveaux et incontestables, l'impor- 
tance qu'avaient, dès l'époque romaine, certaines tribus 
indigènes, dont on peut essayer, à travers les bouleverse- 
ments et les changements de noms, de retrouver la trace 
dans celles qui peuplaient les Doukkala avant l'arrivée des 
Arabes hilaliens dans cette région. 

En 1919, M. L. Châtelain, chef du Service des Antiquités 
du Maroc, a mis à jour à Volubilis une inscription ainsi 
conçue : « I(ovi) O(ptimo) M(aximo) Genio et Bonae For- 
tun[ae] Imp(eratoris) Caes(aris) M(arci) Aur(elii) [Probi In- 
victi Augusti N(ostri)], Clementius Val(erius) Marcellinus, 
v(ir) p(erfectissimus), Praeses p(rovinciae) M(auretaniaej 
T(ingitanae), conloquio habito cum Jul(io) Nuffuzi, filio 
Jul(ii) Matif, régis g(entis) Baq(uatium), foederata pace, 
aram statuit et dedicavit die (nona) Kal(endas) novembres, 
d(omino) n(ostro) [Probo Aug(usto)] et Paulino co(n)s(uli- 
bus): » 

« Le nom du collègue de l'Empereur au Consulat, Pauli- 
nus, — dit M. Châtelain, - — confirme ce que la restauration 
épigraphique pourrait présenter d'un peu douteux et nous 
donne le nom de Probus et la seconde année du règne de 
ce Prince, 277 après Jésus-Christ. » 

On sait que les Baquates, comme les Macenites, étaient 
deux des tribus les plus belliqueuses de la Tingitane. Il 
n'est pas impossible, si arbitraires que soient de tels rappro- 
chements, que la ville de Meknès, fondée au x^ siècle, tire 
son nom des Macenites, comme le veut Vivien de Saint- 



38 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Martin. Quant aux Baquates, il est assez délicat de chercher 
à préciser leur emplacement... Quoi qu'il en soit, ils 
inquiétèrent souvent les Romains, même en dehors de la 
Tingitane : une inscription de Tenès, l'ancienne Carten- 
nas, nous apprend l'énergie dont fit preuve, lors d'une in- 
cursion de cette tribu, le duumvir C. Fulcinius Optatus (i). 

Enfin, la trêve, sinon l'alliance, que Marcellinus obtint 
des Baquates, évoque l'entrevue qu'un peu plus d'un siècle 
auparavant, sous Marc-Aurèle, l'un de ses prédécesseurs, 
P. Aelius Crispinus, eut avec l'assemblée des principes 
gentiiim (2). 

En 1920, iM. Châtelain a trouvé, encore à Volubilis, une 
nouvelle inscription relative aux Baquatae et dont voici le 
texte : 

« J(ovi) O(ptimo) M(aximo), diis deabusq(ue) [immor]- 
talibus et Genio Imp(eratoris) Ca[es(aris)] M(arci) Aurelii 
[Pr]o[bi] Aug(usti) N(ostri), ob diutina pace serva[ta cum] 
Julio Nuffusi et nunc conloquio habito cum Jul(io) Mirzi 
fratre ejusdem Nuff"usis r(egis) (gentis) Baquatium, Cle- 
ment(ius) Val(erius) Marcellin[us], V(ir) p(erfectissimus), 
p(raeses) p(rovinciae) M(auretaniae) T(ingitanae), confir- 
matapac[e, ara]m posuit et dedicavit idibus aprilibus, Mes- 
sala et Grato co(n)s(ulibus). » 

«... Les noms de Messala et de Gratus, dit M. Châtelain, 
et la mention des ides d'avril fixent la date du monument 
au i3 avril 280, sous Probus, la seule année de son règae 
où cet Empereur n'ait pas porté le titre de consul. » 

« Une première inscription, exhumée en igiô, laisse dé- 
chiffrer sous le martelage le nom de Probus. Une autre mise 
à jour Tannée dernière donne une seconde fois le nom de ce 
prince ; elle présente avec celle qui vient d'être découverte 
plusieursanalogies etilimportede comparer lesdeux textes.» 

(i) L. Châtelain, Comptes rendus de r Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, igig, p. 35i-354. 
(2) R. Gagnât, Année romaine d'Afrique (igiS), t. I, p. 270. 



LES DOUKKALA Sq 

« Tous deux sont gravés sur des autels qui se dressaient 
en dehors du mur d'enceinte, dans la direction de Fertassa, 
probablement sur la route qui menait à Tanger. Tous deux 
sont élevés à Jupiter et au génie de l'Empereur par le 
prseses de la province, Clementius Valerius Marcellinus. 
Tous deux éclairent d'un jour yiouveau les rapports de 
Rome avec la grande et turbulente tribu des Baquates qui, 
au même titre que les Macenites, étaient le plus difficile 
obstacle à la domination romaine. 

« Or, la paix conclue par les Baquates avec Marcellinus 
en 277 était encore observée par eux en 280, ce qui, pour 
un pays comme la Tingitane, toujours en butte aux attaques 
des « dissidents » de l'époque, méritait d'être relaté dans 
une seconde inscription. 

« Celle-ci est un peu plus longue que la première et l'au- 
tel de 280, plus grand que celui de 277, est consacré non 
seulement à Jupiter et au génie de l'Empereur, mais aussi 
aux dieux et aux déesses immortels. 

« L'inscription de 277 nous révélait (en l'orthographiant 
avec un Z) le nom de Nuffusis, fils de Matif, roi des Ba- 
quates ; celle de 280, en répétant le nom de ce chef indi- 
gène, nous apprend qu'il devient à son tour roi des 
Baquates et que son frère xMirzi, dont le nom peut être 
incomplet sous cette forme, fut, au cours d'une conférence 
ou simplement d'une entrevue, son délégué auprès du gou- 
verneur romain, comme lui-même l'avait été, trois ans 
plus tôt, au nom de son père auprès du même gouverneur 
Clementius Valerius Marcellinus, prœses de Tingitane et 
patron de Volubilis (i) ». 

Ces deux inscriptions attestent l'importance des Bac- 
cuates pendant l'occupation romaine. Les traités passés 
entre eux et le prœses de la Tingitane Clementius ^Vale- 
rius Marcellinus, sous le règne de Marc-Aurèle, confirme 

(i)L. Châtelain, Bw//e/m archéologique du Comité des Travaux histo- 
riques et scientijîques, 1920. Procès-'v^erbaux de novembre. 



40 REGION DES DOUKKALA 

• 

ce qui a été dit par certains auteurs, que sous le règne de 
cet empereur les Maziques et les Baquates du Rif auraient 
passé en Espagne. D'après Julius Capitolinus, cité par 
Mercier dans son Histoire de V Afrique Septentrionale, 
« ni les garnisons romaines, ni le détroit de Gadès, n'em- 
pêchèrent les hordes de l'Atlas de prendre l'ofFensive, de 
pénétrer en Europe et de ravager une grande partie de 
l'Espagne. Les proconsuls d'Afrique luttaient pour ainsi 
dire sans relâche contre les invasions des indigènes et 
Rome, loin d'envahir, se trouvait heureuse de préserver 
ses frontières ». Cette politique de défense du bled El- 
Makhzen contre les dissidents, après avoir été celle des 
Sultans du Maroc, n'est-elle pas encore un peu la nôtre? 

On peut remarquer en passant que la dénomination de 
Baquates, appliquée à certaines populations du Rif qui 
auraient passé en Espagne, semble impliquer que les 
Mauri Bacuates de l'Anonyme de Vérone ne se trouvaient 
pas seulement sur la côte occidentale du Maroc, mais 
qu'il s'en trouvait également du côté de la Méditerranée; 
on pourrait peut-être même en conclure que les Romains, 
négligeant les noms véritables des tribus, les désignaient 
par groupes sous des noms qu'ils leur donnaient et qui 
étaient tirés de certaines particularités de mœurs, ou de 
circonstances locales aujourd'hui complètement oubliées. 
Cette manière de voir pourrait expliquer le nom de Ba- 
quates, Bakouatai, Baccuates, appliqué à de nombreuses 
populations de la Tingitane. 

Le royaume de Berghouata, fondé en même temps que 
la religion du même nom par Çalih ben Tarif, vers i25 de 
l'hégire, c'est-à-dire près de cinquante ans avant l'arrivée 
de Moulay Idris au Maghreb, ne s'étendait pas seulement 
sur une partie de la Tamesna, mais il occupait toute cette 
province et plusieurs régions voisines. En réalité, on ne 
sait pas grand'chose sur l'importance des territoires sou- 
mis aux Berghouata et leur autorité a dû s'étendre à un 



LES DOUKKALA 



41 



plus ou moins grand nombre de tribus, selon les circons- 
tances et la puissance qu'ils possédaient. Si l'on admet que 
les Berghouata tirent réellement leur nom des anciens 
Bakouatai, il est possible de retrouver là la survivance de 
populations anciennes qui occupaient au moins une partie 
de la région connue plus tard sous le nom de Tamesna et 
qui constitue aujourd'hui la Chaouïa et les Doukkala. 

En restant dans le domaine des hypothèses, on pourrait 
retrouver aux Baccuates de Ptolémée et d'Antonin une éty- 
mologie grecque rappelant le culte de Bacchus (jSax/curyyç, 
qui célèbre les fêtes de Bacchus) : dans ce cas, il ne s'agi- 
rait évidemment pas d'un nom indigène, mais d'un surnom 
donné à certaines populations du pays, soit parce qu'elles 
pratiquaient effectivement le culte de Bacchus, soit parce 
qu'elles buvaient du vin et qu'elles se livraient, en célé- 
brant des cultes locaux, à des transports et à des orgies 
rappelant les fêtes bachiques. La vigne était certainement 
cultivée au JMaroc dans l'antiquité et les indigènes, y fai- 
saient du vin qu'ils buvaient. Il est donc très vraisemblable 
que ces populations faisaient usage de cette boisson dans 
certaines cérémonies religieuses et aient reçu un surnom 
rappelant le culte de Bacchus, 

L'importance de ce culte pendant la période romaine 
vient d'être encore établie par la découverte récente, faite à 
Volubilis, d'une statuette en bronze de Bacchus. Cette sta- 
tuette, haute de om.85, appartient à l'art grec, et d'après 
M. Châtelain, chef du Service des Antiquités du Maroc, 
serait un original. On retrouve donc à Volubilis, à côté 
des inscriptions qui prouvent l'importance des Baquatae, 
une manifestation de l'art grec en même temps qu'un sou- 
venir du culte de Bacchus (i). 



(i) Au moment de mettre sous presse, nous apprenons de M. Châtelain 
qu'on vient de découvrir à Volubilis une nouvelle inscription relative aux 
Baquates. Ce texte, qui date du régne d'Antonin le Pieux, nous fournit le 
nom d'un chef baquate, Aelius Tuccuda. 



42 REGION DES DOUKKALA 

A propos des survivances du culte de Bacchus dans 
l'Afrique du Nord, on peut rappeler les intéressantes sug- 
estions du docteur Bertholon dans la Revue Tunisienne 
de 1894 à 1914. 

On peut d'ailleurs retrouver chez les mêmes Berghouata 
un souvenir encore plus direct du culte de Bacchus. 
D'après El-Bekri (i), qui donne sur les Berghouata et sur 
leur religion des détails précis, ils commençaient leurs 
prières en disant, au lieu de Allahou Akbar : « Abisem en 
Yacoch », par le nom de Yacoch. Dans une note, le baron 
de Slane fait remarquer que « le mot Yacoch paraît repré- 
senter le mot Yacchus » ; « la suppression d'un seul point 
dans le mot arabe — dit-il — donnerait la leçon Bacoch, 
c*est-à-dire Bacchus. Le culte de cette divinité a donc 
existé chez les Berbères du Maroc central ». 

Il n'est même pas nécessaire, comme le propose le savant 
traducteur de Bekri, de supprimer un point dans le mot 
arabe et de chercher à reconstituer la leçon Bacoch ; Yac- 
chus est en effet lui-même un des noms de Dionysos, le 
dieu de la légendaire Nysa, où il serait né et qui s'identifie 
avec Bacchus ; d'autre part, le Dionysos mystique se con- 
fond avec le Yacchus d'Eleusis. Le nom de Yacoch, em- 
ployé par les Berghouata pour désigner leur dieu, évoque 
donc non seulement le nom de Bacchus et le culte de la 
vigne et du vin, mais l'extase spirituelle du culte de Dio- 
nysos et de cette religion nouvelle et spiritualistequi semble 
s'être élevée en face de la religion olympienne. 

Il serait impossible de suivre ici tous les détails du culte 
dionysiaque, qui paraît être originaire de la Thrace, avec 
toutes ses transformations successives, ses assimilations 
et les identifications plus ou moins hypothétiques qui ont 
été faites de Dionysos avec d'autres divinités, non seule- 
ment de la Grèce et de l'Italie, mais de l'Asie Occidentale, 

(i) Description de l'Afrique Septentrionale par El-Bekri, traduction de 
Slane. Jourdan, Alger, igiS, p. 267. 



LES DOUKKALA 43 

de l'Egypte et de l'Inde. Il faudrait pour cela faire une 
étude complète du culte de Dionysos, c'est-à-dire de tous 
les cultes et de tous les mystères qui célèbrent les forces 
productives de la nature d'une part, et, d'autre part, qui 
arrivent par l'usage du vin à créer une surexcitation 
matérielle, support de l'extase qui tend à confondre l'esprit 
des fidèles avec l'esprit de Dieu lui-même dégagé de sa 
matérialité. Il suffira de constater que, de même que le 
côté mystique des confréries religieuses musulmanes 
semble avoir été sacrifié au profit de manifestations maté- 
rielles et brutales qui n'ont aucun rapport avec la mystique 
ni avec l'Islam lui-même, le côté philosophique et exta- 
tique pur de la religion de Dionysos a été étoufîé par les 
orgies sanglantes des Bacchanales et les mystères d'Eleusis 
célébrés en l'honneur de Déméter, de Coré et de Yacchos. 
Ce dernier, considéré comme le fils de Déméter, est sou- 
vent identifié avec Dionysos, c'est-à-dire avec Bacchus dont 
le culte se trouve ainsi associé à celui des trois divinités 
d'Eleusis. Il estdonc très possible que Ton se trouve là en face 
d'une survivance de cultes anciens déformés et dont il n'est 
resté que des pratiques grossières et sanglantes conformes 
à la nature des populations sauvages du Maghreb alors 
que le nom seul de Yacoch perpétuait le souvenir de Dio- 
nysos mystique qu'il servait à désigner. Les pratiques 
actuelles des 'Aïssaoua, des Hamadcha, des Ghaziya, etc., 
rappellent certains rites antiques: Les 'Aïssaoua déchirent 
un mouton vivant dont ils mangent la chair, comme les 
fidèles de Dionysos en Phrygie déchiraient et mangeaient 
de§ animaux sauvages, au son des flûtes et des cymbales ; 
les Hamadcha se martyrisent eux-mêmes comme autrefois 
les admirateurs de.Cybèle dans la célébration des mystères 
de la mère des dieux : en un mot, la survivance des cultes 
païens est incontestable dans plusieurs confréries musul- 
manes, et il y a tout lieu de croire que ces rites, non seule- 
ment complètement étrangers à l'Islam, mais qui sont en 



44 REGION DES DOUKKALA 



• 



contradiction avec tousles principes du théisme musulman, 
ont été admis par les premiers convertisseurs et par les 
cheikhs des confréries pour attirer plus facilement à eux 
les populations qui les pratiquaient. En effet, loin de com- 
battre ces rites païens, les cheikhs les ont en effet favorisés 
pour pouvoir les exploiter à leur profit: le nom d'Allah a 
remplacé dans les invocations les noms des dieux de l'an- 
tiquité et le nom des cheikhs a remplacé ceux des divinités 
secondaires, mais le principe païen a subsisté. 

L'usage du vin se retrouve même dans les cérémonies 
religieuses dont le caractère musulman est incontestable. 
A Tanger, par exemple, en répétant la phrase consacrée : 
« Moulay Mohammed^ ia Moudallal bel ghamama » (toi 
qui es ombragé par une nuée, etc.), ceux qui amènent au 
sacrifice des taureaux enrubannés et fleuris sont, pour la 
plupart, parfaitement ivres et continuent même à boire 
pendant la cérémonie. Par groupes, entourant un bouquet 
de fleurs porté par l'un d'eux, ils hurlent l'invocation au 
Prophète en titubant, en levant les bras et en indiquant de 
l'index tendu, dans un geste d'ivrogne, le bouquet qu'ils 
entourent. Des cavaliers grotesques, armés de sabres et de 
fusils, la tète couverte de foulards de soie, complètent le 
cortège, qui donne plutôt l'impression d'une fête de Bac- 
chus que d'une cérémonie musulmane. Faut-il voir dans 
ces manifestations la survivance d'un culte païen qui se 
célébrait jadis à Tendroit où se trouve aujourd'hui le tom- 
beau de Sidi Mohammed el-Hadj ? On a déjà vu que, 
d'après une ancienne gravure portugaise, ce tombeau 
s'élève à peu près sur l'emplacement d'un ancien temple. 
Un rapprochement peut donc être suggéré (i). 

M. René Basset, le regretté Doyen de la Faculté des 
Lettres de l'Université d'Alger, ne partage pas l'opinion 
du baron de Slane en ce qui concerne le nom de Yacoch 

(i) Villes et Tribus du Maroc. Tanger et sa zone. Leroux, Paris, 192 1, 
p. 344. 



LES DOUKKALA 45 

invoqué par les Berghouata : « Ce nom de Yakush, qui 
désigne Dieu — dit-il — et où on a voulu voir à tort, à 
cause d'une variante, Bakush, celui de Bacchus — ou 
encore le Bacax des inscriptions de Numidie — paraît être 
la traduction de répithète musulmane Wahhâh, « celui qui 
donne », attribuée à Dieu et qu'on retrouve d'ailleurs chez 
les Abadites (i). » 

Sans prendre parti entre les deux illustres arabisants, on 
peut faire remarquer encore une fois qu'il est inutile de 
recourir à la variante Bakush pour retrouver dans le 
Yacoch des Berghouata le souvenir du culte de Bacchus et 
des mystères de Dionysos ; on peut même ajouter que, 
parmi les pratiques reprochées autrefois aux Abadites et 
dont on accuse encore aujourd'hui les Bedadoua, considé- 
rés comme les conservateurs de leurs doctrines antimu- 
sulmanes, se trouve ce que l'on appelle la lilat el-Ghabta, 
« la nuit de débauche », qui semble bien rappeler les nuits 
orgiaques du culte de Dionysos. 

Sans doute, il est difficile de retrouver comment le culte 
de Dionysos a pénétré au Maghreb et d'expliquer que le 
souvenir de Yacchus ne se soit conservé que chez les héré- 
tiques Berghouata; mais on peut rappeler la légende de 
Dionysos, qui se serait emparé non seulement de la Grèce 
€t de l'Asie jusqu'aux Indes, mais de l'Italie et de l'Es- 
pagne ; les relations très anciennes des populations de 
ribérie avec celles du Maghreb, non seulement par le 
détroit mais aussi par les côtes de l'Océan, permettent de 
supposer que le culte de Bacchus a pu passer en Afrique 
avant la domination romaine et s'y maintenir sous l'invo- 
cation de Yacchos dans les régions où cette domination ne 
s'est pas exercée et qui auraient échappé également aux 
influences juives et chrétiennes, comme celles qui ont été, 
semble-t-il, le centre du royaume des Berghouata, approxi- 

Encyclopédie de l'Islam. Berghawâta, p. 724. 



46 RÉGION DES DOUKK.ALA 

mativement entre la rivière de Sala, le Bou Regreg, et la 
rivière Fut, le Tensift. 

Ce ne sont évidemment que des hypothèses dont les 
bases sont fragiles. Cependant, dans une étude sur la 
Numidie et la Mauritanie, parue dans VUniverstn i883, 
Lacroix rappelle que dans ses Dionysiaques, Nonnus 
prétend que les Maures adoraient Bacchus. Le poète Non- 
nus ou Nonnos habitait l'Egypte : il vivait au v« siècle de 
notre ère, c'est à-dire au moment de l'invasion des Van- 
dales en Afrique et de la fin de la domination romaine. Si 
le renseignement donné par Nonnus est exact, on peut en 
conclure que le culte de Bacchus a existé dans certaines 
régions de la Mauritanie, parallèlement au Christianisme 
et au Judaïsme; on peut admettre que le culte s'est pro- 
longé jusqu'à l'arrivée de l'Islam et jusqu'à la fondation de 
la religion des Berghouata, qui a pu en conserver elle-même 
certaines dénominations. 

Quant aux historiens arabes, ils semblent se désintéres- 
ser de ce qui existait au Maroc avant l'arrivée de l'Islam 
et ils donnent de l'islamisation du pays une idée absolu- 
ment fausse. C'est ainsi qu'ils parlent peu des Berghouata 
dont l'hérésie a duré quatre siècles, qui a subsisté pendant 
les dynasties des Idrissites, des Zenata Miknasa et Megh- 
raoua et des Almoravides Cenhadja, pour ne disparaître 
qu'au commencement des Almohades, et sans El-Bekri on 
ne saurait probablement rien sur leur compte. Aujourd'hui 
encore, les lettrés arabes qui s'occupent plus ou moins 
d'histoire, affectent, pour nier l'hérésie dans la mesure du 
possible, de dire que les Berghouata étaient d'origine 
juive. Il est juste d'ajouter que la science de ces lettrés ne 
va pas plus loin et que pour eux tout ce qui n'est pas mu- 
sulman ne peut être que juif ou chrétien. On ne sait donc 
en réalité rien de positif sur les populations berbères qui 
occupaient dans l'antiquité la région des Doukkala ni sur 
l'époque où ces populations ont été désignées sous ce nom. 



LES DOUKKALA 47 

On n'en sait pas davantage sur l'organisation politique des 
tribus dont l'ensemble a pris à une époque indéterminée le 
nom de Doukkala. 

D'après une tradition rapportée dans la Salsalat ed- 
Dahab el-Manqoud (i), ouvrage du xvin® siècle, écrit 
par Ahmed ben Mohammed el-Khayyat ed-Doukkali el- 
Mouchtaraï, ces tribus étaient au nombre de six, à savoir : 
les Regraga, les Beiti Dghough, les Béni Maguer, les 
Mouchtaraia, les Ha^mir et les Cenhadja. On peut retrou- 
ver là l'explication d'une contradiction d'Ibn Khaldoun 
qui met les Doukkala tantôt au nombre des tribus Maç- 
mouda, tantôt au nombre des tribus Cenhadja. Il semble 
bien que cinq des tribus des Doukkala appartenaient aux 
Maçmouda et une aux Cenhadja. 

La plupart de ces noms ont d'ailleurs disparu et si le 
souvenir en est conservé chez quelques lettrés, ils n'exis- 
tent plus pour désigner les tribus. Seuls, les Regraga exis- 
tent encore, mais simplement comme famille et non comme 
tribu ; de plus, le centre de cette famille n'est plus aujour- 
d'hui en territoire Doukkali, mais dans la tribu des Haha, 
sur la rive gauche du Tensift. On peut trouver là une nou- 
velle preuve que la confédération des Doukkala occupait 
anciennement un territoire plus étendu qu'aujourd'hui. 
Grâce aux légendes qui entourent l'histoire des Regraga, il 
est possible de retrouver quelques traces de l'organisation 
politique de la région dénommée aujourd'hui « Doukkala», 
à répoque de l'arrivée de l'Islam au Maroc. 

Les Regraga, dit une de ces légendes (2), étaient chré- 
tiens, mais ils attendaient la nouvelle révélation du Pro- 



(i) Cf. Les Historiens des Chorfa, de Lévi-Provençal (E. Larose, Pans, 
1922), p. 3o5. Le manuscrit consulté appartient à Si Ahmed Ed-Tounsi, 
caïd des 'Aounat. 

(2) Cf. Salouat el An/as, t. III, p. 287 ; Salsalat ed-Dahab el-Manqoud, 
d'AHMED BEN Mqhammed EL Khayyat (mafiuscrit) ; Archives Marocaines, 
t. XXVII. Conférences L'/^/am Marocain, p. 124 et s. H. Champion, Paris, 
1927. 



48 RÉGION DES DOUKKALA 

phète Mohammed, qui leur avait été annoncée. Lorsqu'ils 
apprirent que cette révélation s'était manifestée à la Mecque, 
ils y envoyèrent une délégation composée de sept person- 
nages: i<^ Sidi Ouasmin; 2^* Sidi Boubeker Achammach ; 
3* son fils Sidi Çalih ; 4« Sidi 'Abdallah Adnas ; 5*^ Sidi 
'Aïssa Bou Khabia; 6*> Sidi Yahia ben Meçlin ; 7" Sidi Sa'ïd 
Aïbqa. 

Ces sept personnages se rendirent auprès du Prophète à 
la Mecque et lui parlèrent en berbère. Non seulement il 
les comprit, mais il leur répondit dans la même langue. 

Le Prophète, après avoir converti les sept Regraga à 
l'Islam, les renvoya dans leur pays pour y répandre la 
nouvelle religion et remit à Sidi Ouasmin une lettre par 
laquelle il lui confiait une sorte de royauté sur les Regraga, 
les Béni Dghough et les Cenhadja, c'est-à-dire sur trois 
des six tribus qui occupaient jadis le territoire des Douk.- 
kala. 

On peut donc retrouver là, au milieu des obscurités, 
des invraisemblances et des anachronismes de la légende, 
le souvenir d'un royaume berbère qui, dans les premiers 
temps de l'Islam, était gourverné par Sidi Ouasmin Er-Re- 
gragui. Aujourd'hui encore, on montre les tombes des sept 
Regraga envoyés au Prophète (Sab'atou Rijal Regraga) et 
celle de Sidi Ouasmin, dans le Jebel el-Hadid, est encore 
connue aujourd'hui sous le nom de tombeau du « Soultân 
Er- Regraga ». 

Cette sorte de confédération sous l'autorité de Sidi Ouas- 
min, et formée de trois des six tribus des Doukkala, permet 
de supposer l'existence d'une autre confédération composée 
des trois autres tribus: Hazmir, Béni Maguer et Mouchta- 
raïa. On peut arriver ainsi à reconstituer, très hypothéti- 
quement, l'organisation politique du territoire aujourd'hui 
occupé par les Doukkala et qui devait d'ailleurs s'étendre 
alors au sud du Tensift et comprendre les fjaha. 

Sans doute, la légende qui envoie au Prophète, à la 



LES DOUKKALA 49 

Mecque, une délégation de Regraga n'est pas défendable, 
mais elle peut être explicable de la manière suivante : une 
soixantaine d'années après la première tentative d'islami- 
sation du Maroc par 'Oqba ibn Nâfi\ c'est-à-dire vers 
l'an 120 de l'hégire, un Berbère, Çâlih ben Tarif (i) el- 
Berghouati, avait eu l'idée d'exploiter pour son compte le 
principe de la révélation: « Mohammed, disait-il, est le 
Prophète des Arabes, — je suis celui des Berbères (2) », et 
il fonda au Maroc la religion et le royaume des Ber- 
ghouata qui durèrent plus de 400 ans et ne furent détruits 
que par les Almohades. 

L'établissement de ce pouvoir nouveau, qui avait son 
principal établissement dans la région actuelle des Ghaouïa, 
a dû provoquer naturellement une certaine curiosité, si 
ce n'est une certaine inquiétude, dans les tribus voisines, 
-et l'on s'explique très bien les Regraga envoyant des 
délégués à Çâlih ben Tarif afin de savoir ce qu'il était 
exactement, quelles étaient ses intentions et ses possibi- 
lités et quelle attitude il convenait de prendre vis-à-vis 
de lui. Le déplacement des sept Regraga du sud du Ten- 
sift au nord de l'Oum er-Rebi' paraît évidemment plus 
vraisemblable que leur voyage jusqu'à la Mecque et leur 
conversation en langue berbère avec le Prophète se trou- 
verait ainsi tout naturellement expliquée. 

On peut également comprendre que Sidi Ouasmin ait 
trouvé avec Çalih un terrain d'entente oià chacun d'eux 
avait son avantage, et qu'il ait accepté du souverain poli- 
tique et religieux des Berghouata une investiture qui éten- 
dait son autorité sur les Béni Dghough et les Cenhadja. 
Quoi qu'il en soit, cette légende apporte une petite lumière 
sur l'obscurité de l'histoire des Doukkala avant l'arrivée des 
Arabes sous la dynastie almohade. 

Les Regraga semblent d'ailleurs avoir joué un rôle consi- 

(i) Ibn Hauqal, éd. de Goeje, p. 56, dit Çâlih ben Abdallah, 
(2) Cf. Ibn Hauqal, op. cit. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 4 



50 RÉGION DJCS DOUKKALA 

dérable : on en retrouve en effet dans toutes les régions du 
Maroc. Il y a plusieurs tombes de Regraga à Chella, dans 
le Gharb, et un village de Regraga entre El-Kçar el-Kebir et 
Larache, sur la rive gauche du Loukkos. On trouve même 
des tombeaux de Regraga en Tunisie. Les Regraga du 
Maroc sont aujourd'hui considérés comme chorfa. 

Les Béni Dghough n'existent plus en tant que tribu ; il 
en resterait une petite fraction dans les Doukk.ala actuels 
chez les Oulad 'Amrane et quelques familles mêlées aux 
Regraga, sur la rive gauche du Tensift. 

Les Béni Maguer, qui étaient établis entre le Djebel 
Mouisat et Safî, et qui ont donné à cette ville son patron, 
Abou Mohammed Çâlih ei-Maguiri, ne se trouvent plus 
guère que chez les 'Aounat des Doukkala, dont ils forment 
environ la moitié de la population. 

Les Cenhadja, qui occupaient le bord de la mer, de Salé 
à Mogador, ne se retrouvent plus qu'en très petit nombre 
dans la petite ville d'Ayer, sur l'Océan, entre Mazagan et 
Safi, près du cap Cantin. 

Les Hazmir occupaient approximativement le territoire 
où se trouvent aujourdhui les Rebamna et une partie des 
Segharna; ils n'existent plus. 

Les Mouchtaraïa occupaient le centre des Doukkala près 
de Sidi Ben Nour ; ils n'existent plus avec cet ethnique, 
mais il en resterait trois fractions : les Bedi Medasen, les 
Béni Oura et les Battioua. Certains pensent qu'il faut lire : 
Mouehan^aïaei non Mouchtaraïa (i). Sans suivre cette dis- 
cussion linguistique, on peut constater que si le souvenir du 
mot Mouchtaraïa se retrouve encore quelquefois, celui de 
Mouchanzaïa est absolument perdu et que cette dénomina- 
tion est complètement inconnue en Doukkala. 

(i) Cf. Salouat el'Anfas de Mohammed ben Ja^faii el-K.îttâni, t. II, p. 78 ; 
Les Historiens des Chorfa. Lévi-Provençal, p. 3o6. 

C'est également l'avis du Comte de Castries qui a lu MoucJian^aï dans 
des documents portugais du commencement du xvr siècle. 



LES DOUKKALA 5ï 

Cette division des Doukkala en six tribus, rapportée par 
la tradition, n'a sans doute été que passagère, et il est diffi- 
cile d'en fixer exactement la date. Comme cela, arrive fré- 
quemment dans les recherches sur l'histoire marocaine, on 
se trouve encore là en face de documents d'apparence con- 
tradictoire. 

Sur les six noms cités par Ahmed bel Khiyat, trois seule- 
ment se trouvent dans les Mémoires d' El-Baidaq (i), qui 
datent du commencement du viii« siècle (xii«' J.-C.) ; ce 
sont les Regraga, les Cenhadja et les Ha^mir. Il n'est 
question dans ces mémoires, ni des Béni Dghough, ni des 
Béni Maguer, ni des Mouchtaraia, qui cependant devaient 
exister à la fin des Almoravides et au commencement des 
Almohades. 

On trouve, en effet, dans le Tachawwouf {2), ouvrage de 
la fin du vi^ et du commencement du vii« siècle de l'hégire 
(xii^ et xiii« siècles avant J.-C), l'ethnique Dghoughi appli- 
qué à un personnage des Doukkala, Aboulnnour Ouaourou 
Iakkaif Ed-Dghoughi, mort en 61 3 après avoir vécu environ 
cent vingt ans, c'est-à-dire pendant tout le vi® siècle 
(xii® siècle J.-C). L'ethnique Maguiri se retrouve égale- 
ment à la même époque avec le patron de Safi, Abou 
Mohammed Çâlih El-Maguiri. 

Enfin, on retrouve plusieurs personnes des Mouchtaraia 
en Doukkala, entre autres le fameux chaikh Abou Innour 
(Sidi ben-Nour) 'Abdallah ben Ouakris Ed-Doukkali El- 
Mouchtaraï. Dans la biographie de ce personnage, l'auteur 
raconte une aventure arrivée au chaikh Iqallan ben *Omar 
El-Mouchtaraï Ed-Doukkali, qui avait dû s'enfuir de Mar- 



(1) Documents inédits d'histoire almohade. Fragments manuscrits du 
Legaj'o 191 9 du fonds arabe de l'Escurial. Publiés et traduits avec une in- 
troduction et des notes par E. I.évi-Provençal. Geuthner, Paris, 1928. 

i2) Kitab et'Tachawwouf ilà rijâl et-tasawwouf d'Ibn Zayyat. Cf. Les 
historiens des Chorfa, par Lévi-Provençal, p. 220. Le manuscrit consulté 
appartient à la bibliothèque de la Section sociologique des Affaires indi- 
gènes. 



52 REGION DES DOUKKALA 

rakech devant les menaces du gouverneur de cette ville de le 
tuer et de le mettre en croix : cela se passait sous le règne 
de l'Almoravide 'Ali ben Youssef ben Tachefin, c'est-à-dire 
entre l'an 5oo et l'an 537 de l'hégire (1106-1143 J.-C). 

D'autres personnages, à la même époque, portaient les 
mêmes ethniques de Mouchiaraï et de Doukkali, entre 
autres Abou Oualgout Tounart, Abou Hafç 'Omar, Abou 
Ishaq Ibrahim ben Hilal,etc. 

Il est donc incontestable que sous la dynastie almoravide 
et dans les premiers temps de la dynastie almohade, les 
trois tribus des Béni Dghough, des Béni Ma^uer et des 
Mouchtaraia ou Mouchan^aia, selon la lecture que l'on 
adoptera, occupaient dans les Doukkala une place impor- 
tante. 

Au milieu de toutes les obscurités et de toutes les con- 
tradictions des quelques documents historiques relatifs aux 
Doukkala, il est impossible de suivre le sort des six tribus 
qui leur sont attribuées par la tradition. L'ethnique de ces 
six tribus se retrouve dans le Tachawwoufel dans d'autres 
ouvrages d'hagiographie; trois seulement d'entre elles sont 
citées par les Mémoires d'Al-Baidaq. De plus, ces mé- 
moires, en parlant des Cenhadja^ des Ha^mir et des 
Regraga^ ne disent pas que ces tribus faisaient partie de la 
confédération des Doukkala, mais parlent de cette confédé- 
ration parallèlement à ces tribus comme si elles existaient 
en dehors d'elle. 

D'après ces mêmes Mémoires, on peut comprendre qu'il 
y a eu chez les tribus des alternatives de soumission aux 
Almohades et de révolte contre eux. Les révoltes ont d'ail- 
leurs toujours été suivies de répressions impitoyables et les 
Doukkala, les Regraga et les Hazmir semblent avoir été 
décimés par 'Abdelmoumen à l'époque de la défaite et de la 
disparition des Berghouata, c'est-à-dire vers la moitié 
du vi" siècle de l'hégire (xii* siècle J.-C). Quant aux 
Cenhadjàj ils paraissent avoir fait leur soumission aux 



LES DOUKKALA 5 S 

Almohades quelques années auparavant, en 540(1145), 
lorsque '^Abdelmoumen s'empara de Fez, et leur être restés 
fidèles. 

Quoi qu'il en soit, la division des Doukkala en six tribus, 
rapportée par la tradition, ne semble pas s'être prolongée 
sous la dynastie almohade. Les luttes des tribus entre elles, 
les envois de troupes en Andalousie, la destruction des Ber- 
ghouata et les massacres ordonnés par 'Abdelmoumen, tout 
cela avait causé dans la Tamesna des vides considérables, 
ce qui permit à Ya^qoub El-Mansour, pour diviser les Arabes 
du Maghreb central, d'amener au Maroc une partie de leurs 
tribus. Par ce procédé, il affaiblissait les Arabes, il repeu- 
plait certaines régions de l'ouest de son Empire et il espé- 
rait en même temps pouvoir, avec ces Arabes auxquels il 
donnait des territoires en partie dépeuplés, constituer des 
tribus militaires dévouées au Makhzen et qui occuperaient 
les plaines en maintenant les Berbères dans les montagnes 
après les y avoir refoulés. Tel a été le point de départ de 
l'organisation administrative actuelle des Doukkala qui 
s'est réalisée par un tassement progressif des tribus arabes 
et par leur mélange avec les Berbères restés sur place, pen- 
dant la fin de la dynastie almohade et pendant la dynastie 
mérinide. 

Là se place une autre tradition, rapportée dans le Kitâb 
et-Tahqîq fi-n-nasab el-wathîq, d'El Achmaoui (i), qui 
vivait au xviii® siècle. D'après cette tradition, les Doukkala, 
à cette époque , se partageaient en deux : les Doukkala blancs, 
qui sont les Doukkala proprement dits, et les Doukkala 
rouges, qui sont les 'Abda dont une des fractions porte 
encore le nom de « Ahmar» (rouges). 

Ce sont des tribus Jochem, et particulièrement les 
Sofyan, qui ont été établies en territoire Doukkala ; au 
moment de l'occupation portugaise, sous la dynastie des 

(i) Cf. Les historiens des Chorfa, op. cit., p. 33i. 



04 REGION DES DOUKKALA 

Béni Ouatiâs, à la fin du xv« et au commencement du 
XVI* siècle, le tassement des tribus était certainement 
accompli ; on retrouve en effet à cette époque la même divi- 
sion des Douk.k.ala que celle qui subsiste encore aujour- 
d'hui, à savoir : les f/aou^ïa autour d'Azemmour, les 
Oulad Bou 'A^î^, les Oulad Fraj, les Oulad 'Amor, les 
Oulad Bou Zerara, les Oulad 'Amran, les 'Aounat. 

Il s'y ajoute maintenant, au point de vue administratif, 
les Chtouka et les Chiadma dont l'établissement sur la rive 
droite de l'Oum er-Rebi' est d'époque plus récente. 

En résumé, la population des Doukkala, sous un 
ethnique berbère, est en très grande partie arabe ; ce qui a 
pu rester de la population berbère a été complètement 
absorbé et arabisé et la langue arabe est non seulement la 
seule employée, mais la seule comprise. A quelques détails 
près, les mœurs sont les mêmes que celles des populations 
arabes ou profondément arabisées des Chaouïa, des Béni 
Hasen et du Gharb. 

II faut ajouter que les recherches sur les origines 
véritables des individus, des familles et des tribus sont 
particulièrement difficiles, du fait qu'à partir du x^ siècle 
de l'hégire (xv® J.-C), les hagiographes et les historiens 
marocains ont, plus que jamais, le désir de donner aux 
personnages dont ils parlent, des généalogies chérifiennes, 
et aux tribus des origines arabes. On sent le parti pris très 
net de nier le berbère et de tout arabiser. 

Sans doute, il y a eu parfois des réactions très sérieuses, 
dont la dernière remonte à 1820 sous le règne de Moulay 
Sliman, lorsque, groupés autour de Boubeker Amhaouch, 
les Berbères s'étaient coalisés contre tous les gens de langue 
arabe. Malgré cela, l'arabisation continue son œuvre et les 
descendants de Boubeker Amhaouch se prétendent aujour- 
d'hui chorfa idrisites. 



B. — HISTORIQUE 



Des origines à la fin du XV^ siècle. 

Habitat primitif. Les villes anciennes. — Il y avait, dans 
le territoire des Doukkala, de nombreux villages, bourgs et 
villes, pour la plupart œuvre des autochtones, et que la 
venue des Arabes a contribué à ruiner. 

Sur rOum er-Rebi' s'échelonnaient de l'ouest à l'est, — 
outre Azemmour — Soubeït, Tamarrakecht, Terga et Bou- 
Laouan ; sur l'Atlantique, du nord au sud, — indépendam- 
ment de Safî — Tit, Citade Cavalli, Ayer, Emendera, Ana- 
mer, Conti, Gaza; à l'intérieur : Sernou, Miat Bir ou Bir, 
Meramer, El-Médina, etc.. D'autres localités sont citées par 
Marmol ou par les cartographes anciens, telles que Céa, 
Telmez, Umez, etc.. (i). 

L'emplacement de toutes ces localités n'est pas connu 
avec précision. Seules Tit, Bou-Laouan, El-Médina, Sernou, 
iMéramer et Ayer ont été identifiées. 

Tit était déjà en ruines au milieu du xvi® siècle; elle 
s'élevait sur la côte entre Mazagan et le cap Blanc, sur 
l'emplacement actuel de Moulay 'Abd-Allah ; elle passe pour 
avoir été autrefois la principale ville des Doukkala. 

Bou-Laouan se trouvait sur l'emplacement ou à. proximité 
de l'actuelle Qaçba de Bou-Laouan, sur l'Oumm er-Rebi\ à 

(i) D'après Léon Marmol et la carte d'Orielius (lôgS). 



56 RÉGION DES DOUKKALA 

la limite N.-O. des Doukkala ; au milieu du xvi® siècle elle 
aurait compté 5oo maisons, soit 2.5oo habitants environ ; 
elle était entourée d'une enceinte flanquée de tours. 

Almédine, ou plus exactement El-Medina el-Gharbiya,. 
s'élevait à 87 kilomètres à l'E. du cap Cantin et à 20 kilo- 
mètres au S.-E. de la Qaçba Oualidiya ; les ruines en sont 
portées sur la carte au 200.000*» du Service topographiquè de 
l'armée. Cette ville était anciennement la capitale des Douk- 
kala. Abandonnée au début du xvi^ siècle, lors des pre- 
mières luttes contre les Portugais, elle se repeupla presque 
aussitôt; mais, « dans l'agrandissement des Chérifs, et 
l'extrême famine de l'année mille cinq cens vingt-un, les 
habitans n'en pouvant plus, se vendirent la pluspart, eux et 
leurs enfans, pour avoir du pain ; de sorte qu'elle est 
maintenant déserte ». Les Arabes s'opposèrent à son repeu- 
plement. « C'est une pitié de voir une si belle ville, si bien 
située et accompagnée de tant de jardinages, estre maintenant 
ruinée et les murs tout ouverts (i). » D'après Doutté, les 
ruines d'El-Médina couvrent une superficie d'une trentaine 
d'hectares ; les murs sont de forme carrée ; une porte coudée 
se trouve sur la face S.-O. ; des ruines de fortins se dres- 
sent de 20 en 20 mètres; on remarque encore les ruines 
d'un mellah, ou quartier juif. Des Arabes d'El-Gharbiya 
habitent aujourd'hui à l'intérieur de l'-enceinte, dans des 
maisons en pierres (2). 

L'emplacement de Sernou a été identifié par Doutté ; les 
ruines de cette localité se trouvent à une vingtaine de kilo- 
mètres à l'E.-N.-E. de Safi, non loin de Sidi Mbârek Moul 
el-Oulid; elles couvrent une superficie de 12 hectares; il en 
subsiste une enceinte épaisse en pisé. Sernou était proba- 
blement la résidence de Yahya ben Tafout, qui en percevait 
les revenus en toute propriété. A l'intérieur on remarque 
« des centaines de silos aujourd'hui tous abandonnés. Tout 

(i) Marmol, U Afrique, t. II, p. m et 112. 
(2) Doutté, Marrakechy p. 194 et sq. 



LES DOUKKALA Dy 

autour de l'enceinte, de 25 en 25 mètres, sont des fosses 
assez irrégulières qui paraissent avoir tout simplement servi 
à extraire les matériaux destinés à la construction des 
murs. . . Çà et là il y a des traces de « bordjs ( i ) » qui étaient 
situés en dehors et distants entre eux de 60 mètres envi- 
ron (2) »; Doutté croit reconnaître dans Sernou la ville de 
Miat Bir ou Bir (3). 

Les ruines de Meramerse trouvent à 52 kilomètres à l'est 
du cap Hadid et à 10 kilomètres au sud du Tensift, hors du 
territoire actuel des Doukkala. 

Quant à Miat Bir ou Bir, les Cent-un Puits, c'était, 
d'après Marmol, une ville de « grande étendue », aux mai- 
sons dispersées « à la façon d'un village » et bâtie « sur une 
montagne dont la pente est assez douce ». Quelques Juifs 
y vivaient à côté des Berbères. Selon le même auteur, on y 
remarquait aux alentours « plusieurs puits taillés dans le 
roc », qui servaient à l'emmagasinage du blé; « on en a 
trouvé de quatre-vingts ans, qui estoit aussi sec et aussi bon 
que si Ton n'eust fait que de l'y mettre (4) ». 

D'après les indigènes, il y aurait deux Miat Bir ou Bir : 
l'un à 40 kilomètres au sud de xMazagan, près de l'Arba' 
de Mougrez, chez les Oulâd Bou *Aziz, non loin de la limite 
avec les Oulâd Fredj ; l'autre à 8 kilomètres au N.-O. de 
Dar Si *Aïssa et à 24 kilomètres au N.-E. de Safi. D'après 
les chroniques portugaises, c'était de Safi et non de Mazagan 
que partaient les attaques contre cette ville; il s'agirait 
donc, semble-t-il, du Miat Bir ou Bir situé le plus près de 
Safi. 

D'après Doutté (5), Miat Bir ou Bir désigne actuellement 
une vallée creusée dans un calcaire gréseux, qui, à l'air, 
prend des contours déchiquetés. L'eau est à une faible pro- 

(i) Tours. 

(2) Doutté, Marrakech, p. i85 et sq. 

(3) DoL'TTÉ, Marrakech, p. i88 et 189. 

(4) Marmol, loc. cit., II, p. 1 10 et m. 

(5) Doutté, Marrakech, p. 188. 



58 RÉGION DES DOUKKALA 

fondeur el çà et là sont creusés de nombreux puits... Cette 
vallée est dépourvue de ghâba (broussailles) et est couverte 
de pierres déchiquetées qui donnent un aspect bizarre au 
paysage. H n'y a aucune ruine à Miat Bir ou Bir ; les exca- 
vations qui s'y trouvent semblent être des puits et non des 
silos et on peut sans doute se ranger à l'opinion de Doutté, 
qui place la localité de ce nom à Sernou. 

Du IX® siècle à la fin du XII®. — Lors du partage de 
l'Empire idrisite en 828 (H. 21 3), la région dépendant 
d'Azemmour et de Chella aurait échu à 'Aïsa, révolté contre 
l'imam^ de Fès. 'Aïsa fut vaincu par son frère 'Omar, gou- 
verneur des Ghomara et des Cenhadja, et son commande- 
ment serait alors passé aux mains de ce dernier. Le com- 
mandement d"Omar s'accrut aussitôt après celui de Qasem, 
gouverneur de Tanger, qui avait refusé de marcher contre 
'Aïsa; à sa mort, il passa aux mains de l'un de ses fils. 

D'autre part, la région des Doukkaia aurait, d'après 
Zemmouri, constitué l'apanage de Mousa, frère d"Aïsa et 
d"Omar. 

On a déjà vu ce qu'il faut penser des nombreuses versions 
sur le partage de l'Empire idrisite; la ville d'Azemmour, 
donnée comme échue à 'Aïsa, semble ne pas exister encore 
à cette époque et, selon El-Bekri, il s'agirait de Ouazeq- 
qour. Quant à l'attribution des Doukkaia à Mousa, elle n'est 
donnée que par de très rares auteurs. 

Nous ne referons pas ici l'histoire des Maçmouda Ber- 
ghouata, qui englobe celle des Doukkaia jusqu'à l'époque 
almohade. 

Comme tous leurs frères de race, les Doukkaia partici- 
pèrent à la coalition générale des autochtones contre l'in- 
vasion almoravide (i). Puis, semble-t-il, la première im- 
pulsion fanatique étant tombée, la dynastie sanhajienne 

(i) Cf. Casablanca et les Chaouïa, p. 117 etsq. 



LES DOUKKALA Sq 

des Almoravides devient plus tolérante sur son déclin ; 
menacée par les Almohades, elle trouve un appui chez les 
Cenhaja cantonnés parmi les Doukkala, et les Doukkala 
eux-mêmes s'unissent à eux pour repousser les assauts des 
farouches Almohades. A en croire Ibn el-Athir (i), les 
Doukkala firent même des incursions fréquentes sur le 
territoire de Marrakech. 

En 544 (i 149), 'Abd el-Moumen évite les embuscades des 
Doukkala et les prend à revers sur un terrain rocheux où 
ils s'étaient retranchés; « la plupart furent massacrés, leurs 
chameaux, leurs moutons et tous leurs biens furent pillés ; 
leurs femmes et leurs enfants furent réduits en esclavage, 
si bien que le prix de vente d'une belle jeune fille tomba à 
quelques dirhems ». 

Les Arabes. — C'est de la fin du xii^ siècle, sous le règne 
de l'Almohade Ya'qoub el-Mançour, que date le premier 
établissement des tribus arabes au Maroc : les Riâh reçu- 
rent comme emplacement le Habt et l'Azghar ; les Jochem, 
la Tamesna. Aux Jochem appartiennent les Sofyan, les 
Béni Jâber et les Khlot (2). 

Les Athbej, divisés en 'Acem et en Moqaddem, s'établi- 
rent, semble-t-il, sur les terres des Doukkala. 

Au dire de Léon et de Marmol, les Athbej pouvaient 
réunir une centaine de mille hommes, tant cavaliers que 
fantassins : ce chiffre est invraisemblable. D'après Marmol 
ils avaient formé cinq cent quinze douars. Comme toutes 
les tribus arabes du Maroc, les Athbej fournissaient des 
contingents au Sultan : ils furent jusqu'à la fin dévoués 
aux Almohades qui leur avaient attribué ces plaines fertiles. 

Les Sofyan n'eurent pas la même fidélité envers cette 
dynastie, et leurs chefs, les uns après les autres, prirent 
parti pour les Mérinides. Sous les ordres , de Kânoûn ben 

(i) Annales du Maghreb et de l'Espagne, trad. Fajnam, p. 545-546. 
(2) Cf. G. Marçais, Les Arabes en Berbérie, p. 326. 



60 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Jermoun, ils s'emparèrent d'Azemmour. Vaincus l'année 
suivante par les Almohades, les Sofyan se dirigèrent vers 
le nord pour s'installer dans les territoires soumis aux 
Mérinides. 

Quelque temps après, en 1259 (H. 658), l'Oumm er- 
Rebi* fut désignée comme ligne de démarcation entre les 
territoires mérinides et almohades. Les Doukkala dépendi- 
rent donc des Almohades de Marrakech. 

Abou-Debbous, le dernier des souverains almohades, 
s'appuie sur les Mérinides pour s'emparer du pouvoir. 
Mais il refuse de remplir les conditions du pacte passé 
entre eux et le Sultan mérinide vient l'attaquer. De san- 
glants combats eurent lieu dans les Doukkala. Abou Deb- 
bous fut tué (3o dou-1-hijja 667 = 3o août 1269). Ce fut la 
fin de la dynastie almohade. 

Après la chute des Almohades, les tribus arabes qui les 
avaient soutenus furent condamnées par les Mérinides au 
versement de fortes contributions de guerre et accablées 
d'impôts. 

On trouve les Djochem et les Athbedj aux côtés de 
Ya*qoub ben *Abd el-Haqq en 1272 (H. 670) à la bataille de 
risly contre Yaghmorasen. Ensuite vinrent les grandes 
expéditions en Espagne, auxquelles participèrent toutes les 
tribus du Maroc. 

Chefs des 'Acem. — Le premier chef des 'Acem dont le 
souvenir nous soit parvenu est Hasan ben Zeïd. Pendant 
les luttes entre Yahya ben Nacer d'une part, Abou-l-'Ola el- 
'Mamoun et son fils Er-Rechid d'autre part, il prit parti 
pour le premier, avec les autres chefs arabes de la Ta- 
mesna ; mais battu sur les bords de l'Oumm er-Rebi* en 
i236(H. 633), il fut emmené à Marrakech et exécuté. 

Le commandement des Athbedj passa alors à la famille 
d'Abou-^Iyyadh, qui le conserva jusqu'à la disparition de 
la tribu. On retrouve l'un des membres de cette famille, 



LES DOUKKALÂ 6l 

'lyyadh ben Abî-'Iyyadh à l'époque des Mérinides; « après 
s'être montré tantôt dévoué, tantôt hostile à cette dynastie, 
il s'enfuit à Tlemcen. Entre les années 6go et 700 (i3oo 
J.-C), il rentra dans sa tribu; puis il se sauva dans la 
province de Sous, et en l'an 707 il reparut encore au milieu 
de son peuple. Pendant toute sa vie il ne faisait que cher- 
cher les aventures et les dangers. Sous le règne de Ya'qoub- 
ibn-'Abd-el-Haqq, il' s'était distingué, ainsi que son père, 
par sa bravoure dans la guerre sainte que ce prince avait 
entreprise contre les chrétiens (i) ». 

Les Zoghba Soueïd. — Dans l'intervalle une nouvelle 
tribu arabe, les Zoghba Soueïd, avait été amenée dans la 
Tamesna sous le règne de Ya'qoub ben *Abd el-Haqq 
pour repeupler un pays à peu près dévasté et surtout pour 
tenir en respect les Djochem et les Athbedj, amenés par 
les Almohades et dévoués à eux. On a vu dans Casablanca 
et les Chaouïa (2) le rôle joué par la famille des Béni Has- 
san Eç-Çoubeïhi, des Soueïd, notamment par Hassan, son 
frère Mousa et ses fils, 'Ali, Ya'qoub et Talha. Les Zoghba 
Soueïd reçurent plus particulièrement pour habitat la 
région actuelle des Chaouïa, à laquelle des Arabes pasteurs 
ont donné leuf nom ; il n'est pas douteux qu'ils aient par- 
couru avec leurs troupeaux le territoire des Doukkala ou 
même qu'ils l'aient occupé en partie. En 1874 (H. 776) un 
petit-fils de Hassan, Hassoûn ben 'Ali Eç-Çoubeïhi, exerce 
le gouvernement d'Azemmour. 

Dispersion des tribus arabes. — On sait qu'à partir du 
xiv° siècle, les tribus arabes de la Tamesna commencèrent 
à remonter vers le nord, où elles remplacèrent peu à peu 
les Riah, décimés en 1807 (H- 7^7) par le Sultan mérinide 
Abou Thabet 'Amr ben 'Abd-Allah ; cet exode avait été 

(1) Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. De Slane, t. I, p. 69-70. 

(2) T. I, p. 141-143. 



62 RÉGION DES DOUKKALA 

précédé de celui des Sofyan, qui en 1246 avaient abandonné 
les parages des Doukkala et sans doute toute la Tamesna 
à la suite des événements rapportés plus haut. Il ne restera 
bientôt plus dans la région des Doukkala que des groupes 
isolés de race arabe et surtout des Athbedj ; les éléments 
primitifs reparaîtront plus tard, plus ou moins mélangés 
et à peu près entièrement arabisés de langue et de coutume, 
La fusion des Arabes et des Berbères semble avoir été très 
lente en Doukkala et on verra qu'au xvi® siècle on distin- 
guait encore nettement les tribus arabes des tribus ber- 
bères. 

Sous les derniers Mérinides. — La seconde moitié du 
XIV* siècle est marquée par des événements considérables 
et qui dépassent de beaucoup la portée de l'histoire locale ; 
celle-ci se perd au milieu des répercussions générales du 
désastre d'Aboul-Hasan 'Ali à Gairouan : la perte de l'ifri- 
qiya et du Maghreb Central, la chute du Sultan, l'accession 
d'Abou *Inân au trône, la reconquête momentanée de 
l'Afrique du Nord, le soulèvement du roi de Grenade, etc. 
On peut dire que les Arabes Djochem de la Tamesna et 
toutes les tribus xMaçmouda prirent position pour Aboul- 
Hasan *Ali contre son fils Abou *Inân et qu'ils ne furent pas 
inquiétés après leur défaite sur l'Oumm er-Rebi*. 

A la mort d'Abou 'Inân, c'est un gouverneur iMaçmoudi 
des Hintata, 'Amer ben Mohammed ben Younes, qui est 
maître du Maroc, jusqu'à l'Oumm er-Rebi' : il a pour le 
suppléer dans la région de Marrakech et les Doukkala un 
frère du Sultan Abou Salem, Aboul-Fadhl. 

Les événements se précipitent au milieu de la confusion 
générale. De même qu'au temps des luttes entre les Almo- 
hades et les Mérinides, l'Oumm er-Rebi' sert de limite 
entre le royaume du nord, qui appartient au Sultan Ahmed, 
et celui du sud, où s'agite un prétendant suscité par le roi 
de Grenade, l'émir 'Abd Er-Rahman ben Abi-Iflousen : 



LES DOUKKALA 63 

Azemmour relève quelque temps de Fès, tandis que les 
Cenhadja qui l'avoisinent semblent relever de Marrakech. 

Un accord intervient en 1882 (H. 784) qui place Azem- 
mour avec les Cenhadja sous la dépendance de la première, 
les Doukkala sous la dépendance de la seconde. 

En 1887 on note la présence en Doukkala de Zarrouq ben 
Touqrîtet, ennemi du vizir Ibn Mâssâï et partisan d'El- 
Oiiathiq contre Mousa ; il fut attiré à Salé où il fut arrêté 
par Mohamn;ied El-Mountaçir, fils d'Aboul-'Abbas Ahmed. 

Quelque temps après, le Maroc se fractionne en trois : 
Fès, Marrakech et Sijilmasa. Les renseignements man- 
quent entièrement sur l'histoire locale, mais il est permis 
de supposer que les Doukkala embrassèrent le parti des 
rois de Marrakech, les plus rapprochés d'eux. 

A la fin du xv« siècle, la province de Marrakech jusqu'à 
rOumm er-Rebi' et l'Atlantique constitue un gouverne- 
ment relevant pour la forme, du gouvernement mérinide 
de Fès, mais de fait absolument indépendant avec, à la 
tête, En-Nâcer Bou Chentouf El-Hentati ; mais l'influence 
de ce gouverneur est en régression constante jusqu'à ne 
s'étendre bientôt plus qu'à la capitale et à sa banlieue im- 
médiate. Les chrétiens vont apparaître au milieu de l'anar- 
chie générale. 

Au commencement du xvi'' siècle, les Doukkala s'éten- 
daient de rOumm er-Rebi' au Tensift et de l'Oued el-*Abid 
à l'Atlantique ; Safî portait le nom de Ribât Asfî ou de 
Ribât Béni Mâguer. Les éléments arabes et berbères n'ont 
pas encore fusionné entre eux et on peut les distinguer 
les uns des autres à leurs habitudes et à leur caractère : 
les Arabes s'adonnent surtout à la vie nomade et campent 
sous la tente et en douars ; les seconds sont sédentaires et 
habitent des maisons, des villages ou des villes. 

Amenés pour surveiller les Berbères, les Arabes se font 
remarquer par leur ardeur à les piller et par leur esprit 
dévastateur ; ils voient d'un mauvais œil leurs voisins éta- 



64 RÉGION DES DOUKKALA 

blis dans des villes, où ils ne peuvent les atteindre que 
difficilement et quand ces villes périclitent, ils aident à 
leur décadence en s'opposant à leur repeuplement. 



Période portugaise. 



Il ne peut être question, dans un rapide exposé de l'His- 
toire des Doukkala, de traiter complètement la période si 
intéressante de l'occupation portugaise. L'histoire de cette 
période constituerait à elle seule une étude considérable 
si on voulait la raconter dans tous ses détails. Il faudra se 
contenter, en étudiant l'histoire des villes de cette province, 
de rappeler brièvement, en citant cependant les documents 
les plus utiles et peut-être les moins généralement connus, 
les faits principaux se rapportant à chacune de ces villes 
dans ses relations avec les Portugais. 

Ce résumé permettra de se rendre compte du rôle 
prépondérant joué par la Papauté dans toute cette affaire. 

Il se trouve que c'est à l'histoire d'Azemmour et des tri- 
bus voisines que se rapporte le document le plus ancien 
relatif aux premières tentatives des Portugais sur cette par- 
tie de la côte de l'Océan. 

Jean I"' de Portugal s'était emparé de Ceuta en 141 5. En 
1458, sous le règne d'Alphonse V, l'infant Henri s'emparait 
de Ceuta. En 1471 les Portugais s'emparaient d'Arzila et 
de Tanger. 

Dès 1436 (i), le pape Eugène IV devait intervenir entre 
l'Espagne et le Portugal à propos de prétentions contra- 
dictoires des deux pays sur les îles Canaries et les terres 
d'Afrique. Le Pape, par une bulle, reconnaissait la pro- 

[i) Alguns documentos de la Torre do Tombo, Lisbonne, 1892. 



LES DOURKALA 65 

priété de Ceuta au roi Edouard de Portugal, et lui recom- 
mandait de ménager le Roi de Castille. 

Par d'autres bulles en 1486 et en 1448, le même pape 
assimilait aux croisades la guerre aux populations africaines 
et lui accordait les mêmes avantages religieux et matériels 
et les mêmes privilèges (i). 

Le 6 mars 1480 (2), un traité intervient entre le roi Jean 
de Portugal et Ferdinand et Isabelle, rois de Castille, 
d'après lequel les Canaries appartiennent à la Castille, 
tandis que la Guinée et les îles découvertes ou à découvrir 
au-dessous des Canaries, reviennent au Portugal, ainsi 
que le droit de faire la conquête, du royaume de Fès, que 
le roi de Portugal pourra continuer librement. 

Enfin, en i486 (3), le 3 juillet, un traité intervient entre 
le roi de Portugal Jean II et les habitants d'Azemmour, par 
lequel il reçoit cette ville dans sa Seigneurie. 

Le texte de la lettre de la République d'Azemmour se 
trouvera plus loin dans l'histoire de cette ville. 

C'est donc dès la seconde moitié du xvi® siècle que l'in- 
fluence portugaise commence à se faire sentir dans la 
région des Doukkala. La menace étrangère correspondait 
avec la faiblesse de la dynastie des Bani Ouattas et servait 
de prétexte au développement des Zaouïas. 

Quoique l'exposé de ce mouvement qui a provoqué l'avè- 
nement de la dynastie des Chorfa Saadiens fasse plutôt 
partie de l'histoire religieuse des Doukkala, il est tellement 
mêlé aux événements politiques qu'il est utile d'en dire ici 
quelques mots. 

Le grand promoteur du mouvement religieux a été le 
chaikh Mohammed ben Sliman el-Djazouli, dont il sera 
question avec plus de détails dans la Vie religieuse. 

Ce personnage qui était venu s'installer au Ribat de Tit, 

(i) Alguns documentos de la Torre do Tombo, Lisbonne, 1892, p. 5 et 7. 

(2) Ibid., p. 42. 

(3) Ibid., p. 48. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 5 



66 RÉGION DES DOUKKALA 

sur la côte, à 12 kilomètres au S.-O. de iMazagan, auprès de 
son Chaikh 'Abdallah Amghar, se rendit ensuite à Safi vers- 
1460. 

Ses prédications dans cette ville eurent un tel succès- 
qu'il réunit bientôt, dit-on, 12.665 disciples. Le gouverneur 
de Sali, inquiet de ce mouvement, expulsa Djazouli. 

Conquête de Safi et des 'Abda. — Sur Ces entrefaites, une 
révolution éclata à Sati et le pouvoir y passa aux mains 
des Béni Farhoun, soutenus plus ou moins ouvertement 
par les Portugais. 

A la fin de 1 607, Safi passait aux mains de ces derniers ; 
en i5o9 c'était le tour d'El-Bridja (Mazagan), en i5i3 celui 
d'Azemmour. 

L'occupation de Safi devait entraîner presque aussitôt 
celle de sa banlieue dans un rayon d'une trentaine de kilo- 
mètres. Un corps expéditionnaire comprenant 5. 000 fan- 
tassins et 200 cavaliers et destiné à dégager la ville en 
étendant la conquête, arriva à Safi en i5o8 ; il était com- 
mandé par Nuiio Fernandez de Atayde, nommé en outre 
gouverneur de la ville. Le gouverneur avait ramené de 
Lisbonne Yâhya ben Tafout, dont il sera parlé. 

Aussitôt débarqué, Fernandez de Atayde pousse des 
incursions chez les 'Abda et les Arabes de la Gharbiya ; il se 
mit à « courir le pays où il entra et captiva plusieurs 
Maures, etprint grande quantité de bestail et, avec ce, vint 
à estre tellement redouté en Barbarie que les Barbares qui 
se tenoient à 6 lieues et plus de Saffin furent contrains de 
payer tribut au Roy (de Portugal) et de demeurer ses vas-^ 
saux (i) ». 

Diego de Torrès donne le récit d'une de ces incursions 
dans les environs d'Êl-Médina. A la tête de 450 cavaliers et 
de 5oo arquebusiers, De Athayde-, secondé par Lope Bar- 

(i) Diego de Torrès, Relation..., p. i2-i3. 



LES DOUKKALA 'W/ 

riga, aurait surpris un campement de 25 douars qu'il 
aurait dispersé, lui tuant 3oo hommes et faisant 567 pri- 
sonniers ; un énorme butin aurait été pris : 5. 000 tètes de 
« bestail menu », i.ooo bœufs, 3oo chameaux, des che- 
vaux, etc., mais le « bestail menu » et les chameaux au- 
raient dû être abandonnés au retour sur Safi. A la suite de 
cette affaire, la région de Safi aurait été soumise à la domi- 
nation portugaise jusqu'aux environs immédiats d'El-'Mé- 
dina exclusivement (i). 

Conquête d'El-Bridja (Mazagan), d'Azeinmour et des 
Doukkala. — Survint alors en iSog la prise d'El-Bridja 
(Mazagan), à laquelle les Doukkala essayèrent en vain de 
s'opposer. 

La menace portugaise s'accentuait toujours ; Azemmour 
avait failli être emportée en août i5o8 et n'avait dû son 
salut qu'à l'intervention des contingents de Ziyan, qui, 
d'abord partisan des Portugais, venait de se déclarer brus- 
quement contre eux. Elle fut prise le 2 septembre i5i3, 
malgré les efforts de Ziyan, d'*Ali ben Guerimin et d'El- 
Mançour. 'Ali ben Guerimin s'enfuit à Terga, d'où il se 
réfugia peu après auprès du roi de Fès. 

La chute d' Azemmour entraîna immédiatement celle de 
Tit et d'El-Médina, dont les murs furent démolis en partie; 
El-Médina fut occupée par des troupes venues de Safi. Les ha- 
bitants des deux villes n'attendirent pas d'ailleurs l'arrivée 
des Portugais et les évacuèrent; ils ne revinrent s'y installer 
que sur la promesse d'un sauf-conduit qui leur fut accordé- 

Nâcer Bou-Chentouf essaya en vain d'arrêter les progrès 
des Portugais en marchant sur les Doukkala; il dut rentrer 
à Marrakech (i5i3). 

L'année suivante, le sultan de Fès, Ahmed el-Ouattasi, 
aurait à son tour envoyé une armée en Doukkala; l'avant- 

{ I ) Cet épisode est placé par Diego de Torrès en Tannée i5i i ; cf. loc. cit., 
p. i3 et 14. 



6B RÉGION DES DOUKKALA 

garde ayant été battue aux environs de Bou-La'ouan et les 
Portugais ayant comblé tous les puits pour gêner l'avance 
de cette armée, elle rebroussa chemin (i). 

L'occupation Yahya ben Tafout. — La domination portu- 
gaise était un fait accompli. Il n'y eut plus dans la région 
que des incursions passagères, marquées surtout par [des 
captures de butin ; on peut citer celle de février i5i4 contre 
des villes aujourd'hui disparues et qui étaient situées en 
bordure de l'Oumm er-Rebi'. 

Azemmour devint la capitale de la région Cherqiya 
(c'est-à-dire orientale) des Doukkala ; de Safi dépendaient la 
région Gharbiya (c'est-à-dire occidentale) et les 'Abda (2). 
Yahya ben Tafout reçut, avec le gouvernement d'El-Mé- 
dina, le commandement général des Doukkala et des 
*Abda; il avait pour sous-ordre un certain Mimoun. 

Gouvernement de Yahya ben Tafout. — Envoyé à Lisbonne 
pour s'y justifier devant le roi, d'agissements suspects contre 
les Portugais, il avait réussi à se faire excuser et même à 
obtenir le commandement d'une « compagnie de chevau- 
légers pour faire la guerre autour de Safin. 

« Cette douceur et gracieuseté du roy gaigna tellement le 
cœur de Jehabentafuf que, depuis, il fit de grands services 
en la guerre et se porta tellement qu'on apperceust tousjours 
qu'il avoit la foy et l'honneur en recommandation (3). » 

Il exerça le commandement effectif des tribus établies 
autour de Safi, c'est-à-dire des 'Abda et de la partie des 
Doukkala appelée alors Gharbiya ; il était assisté de Mi- 
moun, chef de guerre des 'Abda. Tout le nord des Doukkala, 
avec les Gharbiya, échappa à son autorité comme à celle 

(i) Chênier, loc. cit., t. II, p. 425. 

(2) David Lopes, loc. cit., p. xxxi. 

(3) OsoRiODE FoNSECA, cité d'après l'Appendice de De5cnjE?n"on de T Afrique 
.... par Jean Léon African... Nouvelle édition annotée par Ch. Schefer, 

Paris, 1896. t. I", p. 356. 



LES DOUKKALA 69 

des Portugais jusqu'aux environs de i5i3, date de l'occupa- 
tion d'Azemmour; il était soumis à Ziyan, assisté du « Sei- 
gneur de Terga », 'Ali Ben Guerimin (i). 

Yahya ben Tafout passe désormais au premier plan et 
c'est à lui que l'occupation portugaise doit de s'être main- 
tenue dans la région jusque vers i52o; les contingents 
indigènes qu'il lève à chaque expédition pour le compte 
des Portugais dépassent de beaucoup les effectifs militaires 
de ceux-ci, cantonnés dans les villes : ils comprennent 
12.000 cavaliers et une nombreuse infanterie. 

Lutte contre les Saadiens. — Tout l'effbrt de Yahya ben 
Tafout tendit à la lutte contre les Saadiens. 

D'après VIstiqça, il aurait soutenu contre eux, dans la 
plaine des 'Abda, trois grandes batailles, dont les deux pre- 
mières lui auraient été favorables (i5i6-i5i7) ; refoulé enfin 
jusqu'à Safi, il ferma les portes de la ville devant les pour- 
suivants. 

Diego de Torrès donne une relation plus détaillée. En i5i4 
fut organisé un raid sur Marrakech ; 5oo cavaliers portu- 
gais 100 arquebusiers et 2.5oo cavaliers Doukkala se con- 
centrèrent aux « Salines ». La colonne se mit en marche le 
12 avril et prit la formation de combat à « Bezdan » : les 
Gharbiya à gauche avec Sidi Mimoun, les 'Abda à droite avec 
Yahya ben Tafout et les Portugais au centre avec Fernan- 
dez de Athayde. La colonne arriva jusqu'aux portes mêmes 
de Marrakech, mais dut battre précipitamment en retraite. 

L'année suivante (i5i5), Yahya ben Tafout forme une 
harka de 4.200 hommes, dont 400 « genêts chrestiens »; 
tout le reste ne comprenait que des Doukkala, soit 800 fan- 
tassins et 3.000 cavaliers. Il se porte contre les Saadiens, 
les atteint entre Safi etTendestet les rejette vers Marrakech, 
leur tuant 800 hommes et n'en perdant lui-même qu'une 

(1) Alebengue Cimin de Diego de Torrès, loc. cit., p. 19. 



J<y RÉGION DES DOUKKALA 

• 

centaine. Tendest fut occupée par ses troupes et soumise 
avec sa région à la domination portugaise. 

Mais les Saadiens n'abandonnèrent pas la partie; presque 
aussitôt après cette bataille on les trouva maîtres de Miat 
Bir ou Bir (i)» d'où Lopede Barriga ne peut pas les déloger; 
il se porte sur Alguer,est encore battu et doit rentrer à Sali. 

En i5i6 une grande bataille se serait engagée devant la 
ville d'« Amagor (2) », bâtie au bord d'un précipice et dans 
laquelle se seraient trouvés les chérifs saadiens avec toute 
leur famille; la ville aurait été emportée d'assaut. On raconte 
que, pour ne pas tomber aux mains des Portugais, plus de 
800 habitants se jetèrent du haut des remparts. Le jour 
suivant « on trouva aux précipices par où ils avoient fuy 
plusieurs femmes et enfans morts à travers les branches 
des arbres, et entre les rochers, et plusieurs chevaux avec 
leurs selles et brides que ces infidelles avoient précipitez du 
haut en bas, afin que les chrestiens ne s'en servissent (3) ». 
Le « second frère des Chérifs » ne dut son salut qu'à la 
vitesse de son cheval. Quatre cents hommes furent faits 
prisonniers, dont un oncle du « chéri f ». Le sac de la 
<♦ ville d' Amagor » aurait duré trois jours. 

Disgrâce de Yahya ben Tafout, il est envoyé en Portugal. 

— Retirés à Chichaoua, les Saadiens s'y préparèrent acti- 
vement à la reprise delà guerre, lis se mirent à parcourir 
les tribus, prêchant partout la guerre sainte et s'assurant 
l'appoint de nombreux contingents ; ils eurent également 
recours à l'intrigue et réussirent même à ébranler la fidé- 
lité des Doukkala. Leurs agissements furent tels que les 

^i) L'eaiplaceiiient de cette ville n'est pas connu exactement; en la situant, 
comme on Ta fait plus haut, à une vingtaine de kilomètres à l'E.-S.-E. du 
cap Cantin, on peut remarquer que les Saadiens cherchaient à couper les 
Portugais de Safi de ceux de Mazagan et d'Azenurnoor. 

(2) L'emplacement de cette ville n'est pas connu; d'après Chênier, 
Recherches... (Il, 427), il s'agirait du « château d'Amagor », chez les yaha. 

(3) Diego de Tobrès, Relation,.., p. 5j^, 



LES DOUKKALA 7I 

Portugais en vinrent à douter de la bonne foi des chefs indi- 
gènes apparemment les plus dévoués à leur cause. 

Déjà suspecté plus ou moins oiivertement d'avoir poussé 
les Portuguais au raid malheureux sur Marrakech, Yahya 
avait peu à peu, semble-t-il, perdu leur confiance par un 
excès de zèle à les servir. On l'accusa de mener un jeu 
.double entre les Portugais et les indigènes, de se prétendre 
le seul chef, d'annoncer la substitution prochaine, de son 
pouvoir à celui des Portugais, de traiter avec les tribus voi- 
sines sans en référer à personne, de se ménager des»acçoin- 
tances avec les Saadiens, de faciliter à ces derniers la prise 
du territoire et de certaines villes, etc. (i). 

Le gouverneur de Safi, Fernandes de Athayde, adressa 
plusieurs rapports au roi de Portugal, lui demandant d'en- 
voyer Yahya à la cour pour s'y justifier des accusations por- 
tées contre lui : en août i5i5 Yahya reçut l'ordre de se 
rendre pour la seconde fois à Lisbonne (2). 

Selon Diego de Torrès, les Saadiens auraient réussi à 
« brouiller » le gouverneur portugais de Safi avec Yahya 
ben Tafout en le lui signalant comme son ennemi person- 
nel qui cherchait à le tuer. Yahya s'étant présenté chez lui 
fut trouvé porteur « d'un lacque de maille fort riche, d'un 
.coutelas et d'un poignart, ce qu'ayant esté veu par le capi- 
taine, il fut en telle colère qu'il voulait à l'instant luy faire 
trancher la teste, sans avoir esgard aux iustificatibns, des- 
charges et services que le Maure luy représentoit. Enfin tout 
ce qu'il pût obtenir par l'instante prière des gentils-hommes 
chrestiens, fut qu'il seroit mené prisonnier en Portugal. 
Par ainsi les chérifs par ceste ruse eurent ce qu'ils dési- 
Toient, qui estoit oster aux chrestiens ce brave Maure, qui 



(1) Des renseignements suggestifs sont donnés à ce sujet dans un docu- 
oiient reproduit par David Lopès dans les Textes em Aljamia Portu- 
:guesa, p. 86-94. Ce document est daté du 11 septembre i5i4 et est signé : 
-Raby Abrâo. 

(2) Cf. ibid., p. 86, §5 et 100. 



72 REGION DES DOUKKALA 

fut un de ceux qui plus fidellement servit le Roy de Portu- 
gal en ce temps-là (i) ». 

Déclin de Tinfluence portugaise. — Les conséquences de 
Féloignement de Yaliya ben Tafout ne tardèrent pas à se 
faire sentir ; les tribus Doukkala, privées de leur chef, 
furent largement ouvertes aux menées antichrétiennes. 

En i5i6 (2), les Oulâd 'Amrân se révoltèrent, sous les 
ordres d'ArrahoAbenxamot(3) et marchèrent sur Safi. Fer- 
nandez de Athayde se porta à leur rencontre avec 460 Portu- 
gais et 3.5oo cavaliers 'Abda ; la « harka » s'enfuit à son 
approche, abandonnant du butin et des prisonniers, dont 
une femme d'Er-Rahho, nommée Yetto. Fernandez de 
Athayde revint sur Safi ; il fut assailli en cours de route 
et tué d'un javelot au cou ; les cavaliers *Abda firent défec- 
tion et la colonne portugaise, entièrement défaite, fut ache- 
vée par les indigènes, qui se révoltaient sur son passage. 
Une cinquantaine de cavaliers et quelques fantassins à 
peine réussirent à gagner Safi ; le reste fut pris ou tué. 

Cette bataille coûta aux Portugais la mort du gouverneur, 
de son gendre Don Alonso de Faro et de son oncle Don 
Alvaro de Athayde. Au nombre des prisonniers se trou- 
vaient Lope Barriga, Henri de S. George Breton et Don 
Antonio Carneiro, qui furent emmenés à Marrakech. 

Retour de Yahya ben Tafout. Sa mort. — Yahya ben 
Tafout, demeuré en Portugal, avait pu se disculper des accu- 
sations portées contre lui ; il est probable qu'il revint à Safi 
en i5i6 avec le successeur de Fernandez de Athayde, Nune 
de Mascarenhas ; il avait reçu du roi le titre de « Gouver- 
neur et Capitaine général des Maures confederez » et ses 
contingents indigènes s'élevaient à i5.ooo cavaliers. 

(») Diego de Torrès, loc. cit., p. 61. 

(2) Diego de Torrès donne à tort, semble-t-il, la date de mai lôiy. 

(3) Oniiographe de Diego de Torrès. 



LES DOUKKALA yS- 

Son retour en Doukkala fut marqué par l'apaisement 
général de la révolte ; seuls, les Oulâd 'Amrân durent être 
réduits par la force. 

Mais les Saadiens reprirent leurs intrigues et Yahya ben 
Tafout ne tarda pas à être signalé encore comme suspect 
au nouveau gouverneur portugais. 

En i5i9 (i) il lui demanda « cinq cents lances et deux 
pièces d'artillerie » pour marcher sur Marrakech : Nunede 
Mascarenhas ne lui donna qu'une cinquantaine de cava- 
liers. Yahya ben Tafout eut à peine le temps d'arriver aux 
« Salines » ; il lança des convocations aux Oulâd 'Amrân^ 
mais ceux-ci firent la sourde oreille. 

Sur ces entrefaites un de ses chefs, « Broen » ayant été 
tué chez les Oulâd Mta, Yahya alla présenter ses condo- 
léances à son frère, Azzou, chef des 'Abda ; il fut traîtreuse-: 
ment assassiné par deux Oulâd 'Amran. 

Aussitôt après, les Oulâd 'Amran se jetèrent à l'impro- 
viste sur son camp; les Portugais qui s'y trouvaient, se 
replièrent sur Safi, accompagnés des Doukkala de Ghar- 
biya, mais au cours de leur retraite, ces derniers firent dé- 
fection et les massacrèrent. Le gouverneur de Safi aurait 
puni la trahison des Doukkala de Gharbiya, en leur tuant 
cinq cents hommes et en leur prenant six cent cinquante 
captifs. 

Pin de l'occupation portugaise. — La mort de Yahya ben 
Tafout fut le signal de la décadence portugaise. Débarrassés 
de leur principal ennemi, les Saadiens accrurent de jour en 
jour leur puissance, tandis que la domination portugaise 
ne cessa d'être constamment en régression et ne s'étendit 
bientôt plus qu'aux villes d'Azemmour, de Mazagan et de 
Safi. 

Il suffira de noter qu'en ib3y une trêve de trois ans fut 

(i) D'après Diego de Torrès, loc. cit., p. 72. 



74 REGION DES DOUKKALA 

• 

• conclue entre les Portugais de ces trois villes et les Saa- 
diens et qu'à cette époque l'influence portugaise avait cessé 
d'être effective en tribus; les Saadiens levaient des contri- 
butions en Doukkala. 

Le i^"" juillet 1541 le gouverneur de Safi, Rodrigue de 
Castre, tente une incursion sur le territoire des 'Abda et des 
Gharbiya à la tête de 63o hommes ; il fait quatre-vingts pri- 
sonniers, massacre quatre cents femmes et enfants, et cap- 
ture dix-neuf chevaux, vingt-six mulets, deux cents bœufs, 
un millier de chameaux et quinze mille moutons ; pendant 
le retour sur Safi les. chameaux durent être tués-, les mou- 
tons furent perdus ainsi que quatre-vingts bœufs ; le res- 
tant du butin fut vendu S.ooocruzadas. 

Tout l'effort des Portugais se porte désormais sur le mai.n- 
tien momentané de Safi et d'Azemmour, qui, attaquées 
sans cesse par les troupes saadiennes, finissent par être 
évacuées en décembre 1541. A cette date l'occupation por- 
tugaise ne s'étend plus qu'à Mazagan et à sa banlieue immé- 
diate les Oulâd bou 'Aziz. 

Organisation administrative des Doukl^ala sous les Por- 
tugais. — Durant la période d'occupation portugaise, les 
Doukkala étaient divisés en Gharbiya, 'Abda et Charqiya. 
Les Gharbiya et les 'Abda relevaient de Safi, les Charqiya 
d'Azemmour. Ces deux groupements obéissaient à un qaïd, 
ou Capitan de Campo, nommé par le roi de Portugal ; on a 
déjà vu que ce qaïd a été Yahya ben Tafout depuis l'occu- 
pation jusqu'en iSig, date à laquelle l'organisation portu- 
gaise commence à péricliter. 

Un système régulier d'impôts fonctionnait dont les reve- 
nus étaient versés au gouverneur de Safi, agissant au nom 
du roi de Portugal. Ces impôts revêtaient la forme de tri- 
buts et étaient payés principalement en blé et orge, deux 
charges d'orge étant considérées comme l'équivalent d'une 
•charge de blé; c'est ainsi que les 'Abda payaient mille 



LES DOUKKALA 75 

charges de chameau par an ; ils donnaient en outre six che- 
vaux (i) et « quatre faucons (2) » ; les Gharbiya et les Oulad 
'Amrân étaient taxés de même. 

Ce système d'impôts cessa de fonctionner en 1541, lors de 
la prise du territoire par les Saadiens. 



De la fin du XV P siècle à nos Jours. 

Sous les Saadiens. Situation générale des Doukkala. — 

L'époque saadienne est caractérisée par la guerre sainte 
jusqu'à l'avènement d'Ahmed El-Mançour en 1578. L'his- 
toire locale des Doukkala s'efface : le Maroc est en pleine 
anarchie et des compétiteurs au trône y appellent à leur 
aide, les uns les Turcs, les autres les Portugais. Elle ne 
«commence à reparaître qu'au milieu des troubles qui 
hâtent la chute de la dynastie saadienne. 

Vers i585 les renseignements portugais nous apprennent 
que les Doukkala constituent avec les Haha et Demnat le 
gouvernement de Marrakech et que cet ensemble forme 
jusqu'en 1670 une des huit « vice-royautés » du Maroc (3). 
D'autre part, on constate, d'après une lettre du i®'* djou-. 
mada loii (17 octobre 1602) adressée par Ahmed El- 
Mançour à son fils El-Mamoun, vice-roi de Marrakech, 
que le groupement Doukkali comprenait déjà les mêmes 
tribus que de nos jours : les Oulâd Bou 'Aziz, les Oulad 
"Amrân, les 'Abda, etc., les Oulâd Bou 'Aziz disposaient 
de i.5oo chevaux ; les autres tribus possédaient également 
une nombreuse cavalerie (4). 

A cette époque les Doukkala ne paient d'impôt à per- 

(i) Massignon donne le chiffre de quatre chevaux, d'après Damiao de 
•Goès, in Le Maroc..., p. i83. 

(2) Marmol, loc. cit., t. II, p. 86-87. 

(3) Massignon, loc. cit., p. 171. 

,(4) No^het el-Hddi,-trâd. O.Houdas, p. 285. 



76 RÉGION DES DOUKKALA 

sonne et semblent vivre dans un état d'indépendance voisin 
de l'anarchie. L'histoire locale est dominée par l'hostilité 
permanente contre les Portugais, qui, après l'abandon 
d'Azemmour et de Safi, tiennent toujours Mazagan. 

La guerre sainte autour de Mazagan : El-'Ayyachi. — 

En 1604, le marabout Si Mohammed El-'Ayyachi El-Malki 
Ez-Zoghbi vint s'installer chez les Oulâd Bou *Aziz, sur 
l'ordre de son chaikh 'Abd-AUah Ben Hassoun, qui vivait à 
Salé. « Il ne cessa dès lors de s'occuper activement de la 
guerre sainte et de se montrer impitoyable envers l'ennemi 
chrétien. Il connaissait toutes les ruses de la guerre; il 
était toujours au premier rang dans la mêlée, infatigable^ 
audacieux et déployant la plus grande impétuosité. Bientôt 
sa renommée s'étendit dans tous les pays et, parmi le 
peuple, on ne parla que de lui et de l'énergie qu'il montrait 
en guerroyant contre les infidèles. » 

El-*Ayyachi finit même par être nommé qaïd d'Azem- 
mour ; il mena la campagne avec la plus grande énergie, 
harcelant les Portugais de Mazagan, les bloquant dans la 
ville, leur enlevant leurs troupeaux et les empêchant de 
« labourer leurs terres ». 

Mais, s'étant rendu suspect à Moulay Zidan, il dut s'en- 
fuir à Salé en 1614 (i). 

Révolte contre les Saadiens. L'anarchie. — Tandis que 
ces événements se passaient dans le Nord, d'autres non 
moins graves commençaient à se dérouler dans le Sud. 
En 16 12 le territoire des 'Abda fut envahi et ravagé par les 
troupes du révolté Abou Mahalli ; au mois d'août de la 
même année, les 'Abda et sans doute une partie des Douk- 
kala rejetèrent définitivement le parti de Moulay Zidan, inca- 
pable de les Soutenir, et se rangèrent du côté du prétendant. 

(i) Nosihet el-Hâdi, loc. cit., p. 489 sur El-*Ayyachi. 



LES DOUKKALA 77 

Moulay Zidan fit appel à un marabout du nom de Yahya 
ben \\bd-Allah el-Hahi Ed-Daoudi et Abou Mahalli fut 
vaincu devant Marrakech le 3o novembre i6i3. Yahya se 
tourna ensuite contre Moulay-Zidan et vint l'assiéger à 
Safi (1619); il est probable que les Doukkala embrassèrent 
son parti plus ou moins ouvertement et qu'ils lui fournirent 
des contingents ; l'armée qui bloquait Safi finit par se dé- 
sagréger devant la lenteur du siège et l'aventure du mara- 
bout Yahya se termina obscurément. 

Les Doukkala retombèrent dans l'anarchie ; travaillés 
par des agitateurs de toutes sortes, par les partisans de Mou- 
lay Zidan, ceux d'El-'Ayyachi et ceux de Yahya, ils se mi- 
rent à couper les routes entre Safi et Marrakech et à piller 
les caravanes ; l'insécurité devint telle que les caravanes ne 
purent plus circuler qu'avec de fortes escortes (1623) (i). 

En juillet 1624 le sultan Moulay Zidan, se rendant à 
Azemmour pour inaugurer les travaux du port qu'il vou- 
lait y construire, traversa la tribu des Doukkala à la tête 
de 40.000 cavaliers ; il passa par Oumm el-Ghara, où il 
reçut une hediya (2) des Portugais de Mazagan. 

Six ans plus tard, en 1640, on note une recrudescence 
de guerre sainte contre les Portugais. El-'Ayyachi, devenu 
chef de l'Émirat indépendant de Salé, et bien que les terri- 
toires situés au sud de l'Oumm er-Rebi' échappassent à son 
autorité, arrive à Azemmour pour y organiser l'attaque de 
Mazagan. Il est assez heureux pour anéantir un détache- 
ment de 139 hommes. Mais ce succès n'eut pas de suite ; 
El-'Ayyachi étant reparti pour Salé, l'activité de guerre 
sainte tomba ; cet Émir ne devait pas d'ailleurs tarder à 
être assassiné. On lui attribue une qoubba chez les Oulâd 
Bou 'Aziz, mais elle ne renferme pas son tombeau (3). 

(i) Cf. De Gastries, Pays-Bas, t. III, p. 420, 488, 490, 5o6. 

(2) Présents, cadeaux. 

(3) Rabat et sa région, t. I, p. 63 et suiv. 



78 RÉGION DES DOIJKKALA 



Kerroum El-tiadj. Fin des Saadiens. — En 1659-1660 la 
région des Doukkala passe sous le gouvernement de Ker- 
roum El-Hadj, usurpateur du trône de Marrakech. Toute- 
fois il convient de signaler qu*en i665 Sali lui résistait 
encore, tandis que Oualidiyya était en son pouvoir (i). 

L'histoire de la royauté éphémère de Kerroum El-Hadj. 
finit à l'avènement de l'Alaouite Moulay er-Rechîd. 



Sous les Alaouîtes. 



De Moulay Ismail à Moulay 'Abdallah. — L'histoire locale 
des Doukkala ne présente aucun intérêt sous le règne de 
Moulay Ismaïl (1671-1727); elle signale à peine que la 
tribu fournit 2.000 'Abîd lors de la création de l'armée 
noire parce sultan et que ces 'Abîd furent cantonnés, dans 
la suite, à la Qaçba d'Adekhsan. 

A là mort de Moulay Ismaïl, la tribu essaie de se rendre 
indépendante et lutte contre xMoulay Ahmed ed-Dahabi^ 
qu'elle bat tout d'abord, mais dont elle doit peu après recon- 
naître l'autorité. 

Révolte des 'Abda-Doukkala : Moulay El-Mestadhi, Mou- 
lay Hichâm ; les Qaids. — Sous le règne mouvementé de 
Moulay 'Abd-Allah (1729- 1757), Azemmour et Safî semblent 
être restés fidèles au sultan; il n'en est pas de même des 
Doukkala qui prennent position contre lui et se rangent du 
côté d'El-Mostadhi, en même temps que les Béni Ahsen, 
le Gharb et les tribus relevant de Tanger. 

Une « harka » vint en 1744 (2) camper à la Qaçba de 

(i) De Castries, France, III, p. 705. 

(2) Istiqça in Arch. Ma?'., vol. IX, p. 23o et seq. D'après Ettordjemùn 
Elmo'^arib, cet avènement se serait passé en. 1746 (H. i i5g) (trad. O. Houdas,. 
in Le Maroc de i63 1 à 1812). 



LES DOUKKALA 79. 

Bou-La*ouan, où le sultan s'installa dans la propre maison 
d'El-Mostadhi, tandis que les Doukkala s'enfuyaient chez 
les Mesfioua. La « harka » séjourna un an dans la région, 
fouillant « le sol pour en retirer les grains et les objets 
précieux qui y avaient été enfouis. Quand le sol eut été 
bouleversé de tous côtés, on coupa les arbres et on détrui- 
sit les villages; un oiseau n'aurait pu trouver de quoi 
manger, ni de quoi s'abriter dans toute cette contrée ». 

En fin de compte les Doukkala, ruinés et ayant perdu 
tous leurs troupeaux, vinrent demander l'aman : « Voici 
nos femmes et nos enfants, s'écrièrent-ils, faites-en ce que 
vous voudrez ; quant à notre fortune, elle n'existe plus, 
elle a péri dans le pillage. Puissiez-vous, ainsi que Dieu, 
nous faire grâce! » Ils furent autorisés à réoccuper leur 
territoire. 

Du temps de Moulay EI-Mostadhi, les "Doukkala obéis- 
saient au qaïd Aboul-Hasan el-Hadj 'Ali ben El-'Aroussi 
el-Bouzirâri. Ce chef fut arrêté par Sidi Mohammed ben 
*Abd-Allah et emprisonné dans un souterrain où il resta 
quelques années ; relâché par la suite, il reçut le gouverne- 
ment de Chefchaouen. Ses descendants devaient reprendre 
plus tard le commandement des Doukkala et élever des 
constructions à Mazagan. 

Au Hadj 'Ali el-'Aroussi succéda Mohammed ben Had- 
dou Ed-Doukkali, vizir de Sidi Mohammed ben 'Abd-Al- 
lah ; le nouveau gouverneur eut en outre dans ses attribu- 
tions le Tadla et la Tamesna et reçut le titre de Qaïd des 
Qaïds. Il fut tué en 1763 (H. 1 177) au cours d'une expédi- 
tion sur Taza et enterré auprès du mausolée d'Abou Bekr 
ben El-'Arabi ( i), à Fès. 

Il fut remplacé par son cousin Mohammed ben Ahmed 
Ed-Doukkali. Celui-ci conserva les attributions de son pré- 
décesseur jusqu'en 1774 (H. 1 186), date à laquelle il perdit le 

(i) Le Maroc de i63i à 1812, op. cit., p. 140. 



^O RÉGION DES DOLKKALA 

• 

gouvernement de la Tamesna et du Tadlapour ne conser- 
ver que celui des Doukkala. La disgrâce qui le frappa 
semble avoir été motivée par ses abus ; il dut faire restituer 
les sommes enlevées par les Doukkala aux autres tribus, 
qui étaient sous leur dépendance, elles « se montèrent à 
deux cents quintar (i) ». 

Du temps du qaïd Mohammed ben Ahmed ed-Doukkali, 
sous le règne de Sidi iMohammed ben 'Abd-Allah, eut lieu 
Ja reprise de Mazagan sur les Portugais (1768-H. 1182). 

On peut noter qu'à la même époque les Doukkala ver- 
saient au Trésor, d'après Hôst, 1 10.000 marks de douanes 
et 25.000 rriarks de gabelles (2). A la même époque égale- 
ment les *Abda et les Doukkala auraient, selon Chênier, 
formé deux provinces distinctes l'une de l'autre (3). 

Mohammed ben Alimed ed-Doukkali semble avoir eu 
pour successeur au gouvernement des Doukkala Qâcem 
Bou-Hallouma ; 'Abd-Er-Rahmân ben Nâçer gouverne Safi. 

La région tout entière, après avoir reconnu Moulay 
Yezid, se retourne contre lui et proclame Moulay Hicham ; 
la population refuse de prendre même connaissance des 
lettres envoyées par le sultan, dont il lui arrive de massa- 
crer les messagers (4). 

Hicham lève une harka dans la région et se porte sur le 
Tensift au-devant de Moulay Yezid, qui de Marrakech 
s'avance contre lui ; mais l'artillerie du sultan jette la 
panique dans ses troupes et le camp des Doukkala-*Abda 
est pillé. Pendant la bataille Moulay Yezid fut blessé mor- 
tellement d'une balle à la cuisse (février 1792, Djou- 
mada II r2o6). 

Le trône de Fès échut à Moulay Sliman, tandis que 
.Moulay Hicham était proclamé à Marrakech et à Safi. 



(i) Le texte ne précise pas la nature de ces quintaux; ibid., p. 146. 

(2) Apud L. Massignon, loc. cit., p. 180. 

(3) Loc, cit., t. III, p. 6. 

.(4) Cf. Le Maroc de i63i à 18 12, cit., p. 162 et seq. 



iLJES DOUKKALA ,8 4 

A œ, manient oa trcuve au gouvernefngnt des Doukkala 
Abou 'Abd- Allah Mohammed El-Haçhmi bea 'Ali ,hen el- 
"Aroussi Ed-Doukkali El-Bouzirari, fijs du Hadj-*ALi qui 
^vait été arrêté par Sidi Mohammed b.en 'Aibd-Allah e.t 
n o en mé ensuite gouverneur de Ghefchaouen (i). 

Installé sans doute à xMazagan, il constitue avec 'Abd-er- 
Rahman ben Nâçer, gouverneur de Safi et vizir de Moujay 
Hicham, le plus fidèle soutien du prétendant. « .Ces 4eux 
qaïds avaient tous pouvoirs dans le gouvernement de Mou- 
Jay Hicham, celui-ci par sa fortune et sa générosité, celyi- 
îià par son parti et sa puissance ; ce fut gràcie à ,eux q,ue les 
tiribus des Doukkala, des 'Abda, des Ahmar, des Chiadma, 
des yaha, etc., s'étaient rapprochées de Moulav Hi- 
cham. » 

Il en fut ainsi jusqu'en 1796 (H. 1209'). ^ cette date 
Moulay Hicham fut évincé de Marrakech par son frère 
Moulay Hosseïn ben Mohammed, soutenu par les Rehamna, 
iet il dut s'enfuir à Safi. Alors éclata une guerre terrible 
-entre les Doukkala, les 'Abda et les Ahmar, d'une part ; les 
Rehamna et leurs partisans, d'autre part ; elle aurait coûté 
la vie à plus de 20.000 hommes (2). 

Soumission à Moulay Slimân. ^ Moulay Slimân profita 
de TatTaiblissement des Doukkala pour se porter contre 
teux et s'ernparer d'Azçrmmour etdeTit (;i797-H. 121 1). Les 
habitants de la tribu, sous les ordres du qaïd El-Hachmi 
bel-'Aroussi, « lui prêtèrent sernjent, et les notables des 
Doukkala vinrent lui exprimer leur repentir, abandonnant 
'ie clan dje la tribu des 'Abdaet son sultan Moulay Hicham, 
^t se rangeant dans la loi commune (3) ». Moulay Hicham 
s'était enfui précipitamment de Safi.. 

Quelque temps après, le gouverneur de la ville, 'Abd er- 

(1) Cf. supra. 

(2) Gf. Istiqça in Arch. Mar., vol. tX, p. 383, vol. X, p. i-3. 
\i) Cï. lîjtiqçia in Arch. Mar., vol. X, p. 6-7. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 6 



82 RÉGION DES DOUKKALA 

Rahmân ben Naçer El-'Abdi, faisait sa soumission avec 
tous les *Abda. La région tout entière était pacifiée. 

De i8i5 à 1817 (H. i23o-i232) on note chez les Douk- 
kala, les *Abda, elles Chiadma une effervescence provoquée 
par des abus de qaïds. Moulay Sliman envoie une « harka » 
contre eux, fait procéder à des pillages et à des exécutions 
(1817) et ramène Tordre. 

En 1822 (H. 1237) les Doukkala-'Abda participèrent à 
une expédition contre Tétouan et Fès ; au nombre des 
qaïds qu'ils fournirent on cite : Bel-'Abbas ben El-Mezouar 
Ed-Doukkali El-Bouzirari, El-Hadj El-*Arbi ben Reqiya 
El-Bouzirari, Mohammed ben Hadida El-Bou'azizi, El- 
Hadj Homman el-'Abdi se fît représenter par son fils Fed- 
doulet par Mohammed ben El-Ghenîm. 



En 1824 (H. 1239) on note le passage dans le Haouz du 
Sultan 'Abd-er-Rahman et le pillage des 'Aounat en Douk- 
kala. 

A peu près à la même époque les tribus de la Tamesna et 
du Haouz se révoltent contre Moulay 'Abd-er-Rahman, le 
commandement de toute cette région est donné à un cou- 
sin du sultan : Sidi Mohammed ben Et-Tayyebben Moham- 
med ben 'Abd-AUah. Ce gouverneur établit un régime de 
terreur en Chaouïa ; arrivé à Azemmour, il s'y installe et 
toutes les tribus des Doukkala viennent lui apporter leur 
soumission; il ordonne la reconstruction de Mazagan, à 
laquelle il donne le nom d'Ej-Jedida « la (ville) Neuve », en 
interdisant, sous la menace des peines les plus sévères, de 
la désigner sous un autre nom. 

En 1829,1e sultan Moulay *Abderrahman qui se dirigeait 
vers Marrakech pour combattre les Cherarda soulevés 
depuis le règne de Moulay Sliman, rencontra, en sortant 
de Rabat, une caravane qui venait d'être pillée par les 



LES DOUKKALA i 83 

Chiadma et les Chtouka établis en face d'Azemmour sur 
la rive droite de l'Oumm Er-Rebi\ Ces deux fractions de 
tribu avaient été établies à cet endroit au xviii« siècle, les 
uns disent par Moulay Isma'ïl, les autres par Moulay 'Ab- 
dallah ou par son fils Sidi Mohammed ben 'Abdallah. 
D'après d'autres renseignements les Chtouka auraient été 
transportés là par Moulay Isma'il, pour les punir d'avoir 
été partisans de son fils Mohammed El 'Alem, khalifa à 
Taroudant, qui s'était révolté contre lui en 1704. 

Les Chiadma seraient venus de leur plein gré les re- 
joindre sous le règne de Moulay Sliman, c'est-à-dire au 
commencement du xix« siècle, à la suite de dissentiments 
avec leurs contribules. Bien accueillis par les Chtouka, 
les Chiadma se seraient alors établis dans le bled Fergana 
où ils sont encore. Quoi qu'il en soit, ces Chtouka et les 
Chiadma font administrativement partie desDoukkala, et 
le fait qu'ils pillaient des caravanes alors que le sultan 
était dans leur voisinage avec son armée suffit à dé-montrer 
que leur soumission au Makhzen était loin d'être complète. 
Leur cas était d'autant plus grave que la caravane qu'ils 
avaient pillée se composait de pèlerins qui allaient rejoindre 
à Fès la grande caravane annuelle qui allait à la Mecque. 
Moulay 'Abderrahman, indigné autant du manque de 
respect des pillards vis-à-vis de lui, que du véritable sacri- 
lège qu'ils avaient commis en dépouillant des pèlerins qui 
se rendaient aux Villes Saintes, résolut de les châtier. Il 
marcha contre eux avec son armée, mais il se heurta à 
une sérieuse résistance et n'arriva pas à réduire les Chiadma 
et les Chtouka sans que sa propre armée subît des pertes. 
La victoire finit cependant par lui rester. Cette manifes- 
tation de force lui permit de traverser les Doukkala sans 
coup férir. 

En 1846, Moulay 'Abderrahman se rendant à Marrakech, 
se rencontra à Bou La'ouan, en Doukkala, avec son fils 
Sidi Mohammed (celui qui avait été vaincu à l'Isly en' 



^4 . RÉGION DES DOUKKALA 

1844) et qiui se rendait à Fès comme khalifa de son père. 
Le Sultan et son fiLs célébrèrent à Bou La'ouan, les fêtes 
de la naissance du Prophète. 

La famine qui désola les tribus du llaouz en .i85o se 
fait sentir en Doukkala et en 'Abda, malgré la fertilité 
légendaire de ces deux tribus. Un grand nombre d'habi- 
tants>des Doukkaladurent émigrer dans leGharb et jusque 
dans le Fahç, aux environs de Tanger. 

Il ne semble pas que les Doukkala ni les 'Abda aient 
pris une part très active à la guerre de Tétouan, contre les 
Espagnols, dans les premières années du règne de Sidi 
Mohammed ben 'Abderrahman en 1859- 1860. 

L'auteur de Tlstiqça constate avec une certaine mélan- 
colie cette indifférence. Certains disaient : « Pourquoi irais- je 
me mettre dans cette brouille? que les gens d-e Tétouan se 
battent pour leur Tétouan. Pour moi, je ne bougerai que 
quand l'ennemi s'approchera de ma tente, en 'Abda, ou en 
Doukkala. » 

Sous les règnes de Sidi Mohammed, de Moulay El-Ha- 
san et de ses tils, les Doukkala et les 'Abda n'ont pas fait 
parler d'eux. Le régime de la protection avait créé entre 
les Européens de Mazagan et de Safi et les indigènes des 
tribus, des intérêts communs qui les avaient rapprochés 
et les indigènes avaient trouvé dans ce rapprochement 
certaines garanties contre les exactions du Makhzen qui leu-r 
permettaient de profiter plus largement de leurs richesses 
et de vivre dans un bien-être relatif. Sans doute, il y avait 
encore bien des abus mais il s'était créé entre l'élément 
européen et l'élément indigène, une sorte de 7nodiis vivendi 
fait de concessions réciproques, quelquefois même, il 
£aut l'avouer, de compromissions plus ou moins avouables, 
mais qui, s'il n'avait pas lésé beaucoup les sentiments, 
avait au naoins neutralisé les haines et hunnanisé leurs 
manifestations. Ce que le Makhzen perdait par la protec- 
tion qui arrachait à ses ^exactions la plupart àts notables 



LES DOUKKALA 85 

des tribus, il le gagnait par la tranquillité de ces mêmes 
tribus qui, jouissant de leur bien-être, ne pensaient plus à 
se révolter. Malheureusement la protection établie, en 
principe, pour permettre le négoce et pour sauvegarder les 
capitaux des Européens et les agents à qui ils étaient con- 
fiés, finit par devenir un instrument politique et un moyen 
d'action de certaines nations les unes contre les autres. 

C'est ainsi qu'on a vu l'Allemagne avant la guerre cher- 
cher à créer, grâce à ses nombreux protégés, une véritable 
conspiration, antifrançaise. Les agissements de cette poli- 
tique seront racontés dans leurs grandes lignes en faisant 
l'historique des villes des Doukkala qui ont été les princi- 
paux centres des manœuvres allemandes. Le plus souvent, 
ici comme ailleurs, les agents allemands ont rencontré une 
utile complicité chez les fonctionnaires du Makhzen qui 
redoutaient surtout les réformes annoncées par la France 
et dont le résultat le plus immédiat devait être la fin des 
traditionnels abus dont ils tiraient leurs plus beaux béné- 
fices. 



III 
LA VIE RELIGIEUSE 



CONFRERIES RELIGIEUSES MUSULMANES, 
ZAOUÏAS ET SANCTUAIRES EN DOUKKALA 



Dans tous les pays musulmans, il existe à côté des 
cadis, muphtis, imams et ûlema, etc., personnages officiels 
chargés de l'application du « chrâa», de son interprétation, 
-de la célébration des offices et de l'enseignement religieux 
et juridique, des personnages indépendants du pouvoir 
temporel et qui jouent dans la société musulmane un rôle 
considérable au point de vue religieux et politique. Ce sont 
les chefs des Confréries religieuses. 

Ils tiennent leur prestige soit de leur origine: descen- 
dants du Prophète (chorfa) ou d'un personnage marabou- 
tique, soit de leur science, de leur ferveur religieuse et des 
pouvoirs surnaturels qu'ils prétendent posséder. 

De tout temp3 il y eut conflit d'intérêts et de doctrine 
entre les « ùlema », personnages religieux officiels, et les 
chefs de confrérie. 

Les « ûlema » (sunnites, mouhaddine) proclament qu'il 

ne peut exister de vérité en dehors du Koran (le livre révélé) 

et des hadits (explications, solutions et interprétations 

données par le Prophète) et surtout qu'il n'y a d'adorable 

^que Dieu. 



88 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Les fondateurs de confréries et leurs adeptes considèreiTt 
également le Koran et la « sïinna » comme intangibles et 
affirmenten toute occasion leur orthodoxie, mais, cette pré- 
caution prise, ils s'engagent dans une voie philosophique 
qui, au dire des sunnites, conduit à l'hérésie. 

Ils partent du principe qu'en dehors de la vérité révélée,, 
il existe dans le domaine mystique tout un monde de 
choses cachées que le croyant doit chercher à connaître 
par la voie du « taçawof » (soufisme). 

Le « taçawof » consiste dans la pratique d'une discipline 
religieuse qui a pour but de purifier l'âme, de la dégager 
des liens matériels et d'arriver, par l'extase, à être en com- 
munication directe avec Dieu (état d'unification). 

Les orthodoxes répondent que la Vérité, toute la Vérité 
est contenue dans le Koran et les hadits, que Mohammed 
est le dernier, le sceau (« khatim »);des prophètes et qu'il 
est interdit de tenter de se rapprocher de Dieu par d'autres 
voies. 

En dehors de ce point capital de controverse, la diver- 
gence d'opinions porte sur un autre objet : les cheikhs des 
confréries prétendent être dépositaires de la « baraka » 
(grâce divine) qui leur confère la grâce suprême de con- 
naître la Vérité et de pouvoir diriger leurs adeptes dans la 
voie qui y conduit. De là à prétendre que cette parcelle de 
Vérité divine doit être révérée en eux, il n^y a qu/un pas 
qu'ils ont franchi avec d'autant plus de facilité que les 
foules sliperstitieuses sont avides de surnaturel et qu'elles 
ont cru le trouver incarné dans ces saints personnages. Or^ 
dit le Koran, « pas d'adoration en dehors de Dieu ». 

Les marabouts, en détournant à leur profit la piété des 
musulmans, se font les intermédiaires obligés entre les fi- 
dèles et Dieu et commettent un sacrilège aux yeux: des « Sun- 
nites». 

En principe, le « çoufi » et 1' « 'àlefn » sont donc en- 
nemis. Le Maroc musulman n'échappe pas à cet ântago- 



I 



LES DOUKKALA 89. 

nisme. Le corps des ùkma, surtout celui de Fez, jouait, 
il y a- peu d" années encore, le rôle de Grand Conseil reli- 
gieux et politique auprès du Makhzen. Les sultans avaient 
soin, au cours d^e leur régne, de se concilier leur sympathie 
par l'attribution de « çila » (dons en espèces) importantes. 

Les uléma qui s'attribuaient, au nom des musulmans, le 
contrôle religieux et politique âe% actes du Makhzen, sur- 
veillaient jalousement les agissements des Confréries et 
n'hésitaient pas à les stigmatiser, le cas échant, dans des 
exposés dogmatiques. 

Le xMakhzen central, autant pour se concilier l'appui des 
« ùlema » que par souci d'entraver la puissance des Confré- 
ries, réagissait contre celles-ci lorsque les circonstances le 
p3rmettaient. D'autres fois, au contraire, il flattait les chefs 
des zaouïas importantes (Touhamia, Naçiria, Cherqaoua), 
utilisant leur influence sur les tribus non soumises. 

Il ne serait d'aucune utilité dans l'étude de la vie reli- 
gieuse dans les Doukkalade reprendre l'historique des Con- 
fréries et de reproduire la biographie des fondateurs de 
chaque ordre religieux. Cette documentation figure dans 
les ouvrages où est traitée à fond la question historique. 

Il suffira, dans cet exposé, d'identifier les Confréries exis- 
tantes, de dénombrer leurs zaouïas (i), leur personnel et 
d'indiquer leur importance, leurs relations intérieures et 
extérieures et leurs tendances religieuses ou politiques. 

On signalera également les détails d'organisation et les 
pratiques religieuses locales qui auraient un caractère d'ori- 
ginalité. 

A côté des ordres religieux, existe un certain nombre de 
zaouïas qui ne font pas de prosélytisme et n'ont pas de 
« khouan ». Ces établissements appartiennent à des familles 
maraboutiques qui ont un prestige tout local et reçoivent 
quelques dons des indigènes de la région. 

(i) « Zaouïa •» : au sens propre, coin, angle d'une maison ; par ext. mo- • 
nastère, lieu de réunion des adeptes dune confrérie. 



.^O REGION DES DOUKKALA 

• 

^ Enfin, il y a lieu de signaler Texistence d'un grand nombre 
de sanctuaires («Qobba(i) », « Sïed (2) », « haouch (3) ») 
édifiés à la mémoire de personnages religieux. Le nom du 
saint est quelquefois oublié et remplacé par un surnom, 
mais son tombeau est encore l'objet de la vénération des 
indigènes qui espèrent que la « baraka (4) » dont jouissait 
Je saint et dont son tombeau est encore imprégné les guérira 
■d'une maladie, les délivrera d'un sort, etc. 
Ce chapitre est donc divisé en trois parties : 

A) Confréries religieuses; 

B) Zaouïas indépendantes; 

C) Tombeaux et sanctuaires. 



.(i) « Qobba »: coupole. 

(21 « Sied » ou « siyed » : chef, seigneur, maître. 

.(3) « Haouch»: enclos. 

(4) « Baraka »: bénédiction. 



A. — CONFRÉRIES RELIGIEUSES 



DERQAOUA (CHADELIA) (i). 

La Confrérie des Derqaoua a été fondée au xii« siècle de 
l'Hégire, par Moulay L'arbi ben Ahmed ed-Derqaoui, né 
aux Béni Zeroual, dans les Djebala, en ii5o de l'Hégire, 
mort en 1289 et inhumé dans sa zaouïa de Bou Berih, au 
nord de Fez. Un de ses ancêtres connu sous le nom de Bou 
Derqa (l'homme au bouclier) serait enterré chez les Oulad 
Bou Ziri, en Chaouïa. 

Moulay L'arbi descendait de Moulay Idriss et était un 
disciple de Moulay 'Ali Ben 'Abderrahman Ej-Jamal El- 
'Imrani El-Fasi, de l'école Chadlia. 

Le chef actuel de la Confrérie est Sidi 'Abderrabman 
Ben Taib Ben L'arbi, petit-fils du fondateur de TOrdre. Il 
réside à la zaouïa mère dans les Béni Zeroual, à Bou Berih. 
Son renom de bonté, de bienveillance et de sainteté est 
grand dans tout le Maroc. Le cheikh est en très bons termes 
avec le Makhzen central. Il était en relations personnelles 
avec le Sultan Moulay Youssef, Tex-hagib Si Tehami 'Aba- 
bou et le feqih Bouch'aib Doukkali. 

Il est à noter que lors de son passage à Mazagan , en 1 9 1 3, 
le sultan Moulay Youssef, accompagné de son chambellan 
et du vizir de la Justice, s'est rendu à la zaouïa derqaouïa 
où il a fait immoler un taureau. 

(1) La parenthèse qui suit le nom de la confrérie indique l'ordre plus 
ancien auquel est rattachée cette confrérie par la chaîne mystique. 



92 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Le Cheikh délègue une partie de son autorité à ses deux 
fils, Sidi Mohammed et Sidi El-l.labib, qui sont chargés 
des relations avec les autorités et de régler les différends 
d'ordre politique. 

Cette secte a la prétention de pratiquer la pure doctrine 
du souhsme et affecte une grande indépendance vis-à-vis de 
l'autorité temporelle. 

Les Derqaoua ont une réputation d'intransigeance et de 
fanatisme. On leur prête des sentiments de vive xénophobie. 
Mais, en Doukkala, les affiliés à cette Confrérie ne se dis- 
tinguent pas des autres indigènes par plus de ferveur reli- 
gieuse, ni par des sentiments antieuropéens. 

Hizb (i), Ouerd (2) et Dikr (3). — A la prière du matin, le 
derqaoui ajoute le «Hizb» chadili, prière en l'honneur du 
Prophète, puis récite 1' «ouerd» qui comprend les invoca- 
tiorïs ci -après : 

!•* Trois fois : «Au nom d'Allah clément et miséricor- 
dieux»; 

2^ Cent fois : « Je demande pardon à Dieu >► ; 

3^ « O Dieu, répands tes bénédictions sur Notre Sei- 
gneur Mohammed, ton serviteur et ton envoyé, le Prophète 

(f) Ili^b pi. ah^âb. Sens primitif: parti, divrsion. Sens technique : partie 
déterminée du Roran ou formules liturgiques qu'on s'impose de réciter. 
Le mot «hizb » désigne aussi V « office » de chaque confrérie, office qui est 
récité lors de la célébration du service divin du vendredi et qui se ctDun- 
pose d'extraits du Kur'àn et d'autres prières (v. Encyclopédie de l'Islam^ 
art. « Hizb», p. 343). 

(2) Oiterd ovi Wird, terme technique de la mystique musulmane employé 
dans le sens d'arrivée à Dieu, voie qui mène à Dieu. Invocation composée 
par le fondateur d'une confrérie et dont la récitation est imposée à tous 
les adeptes. 

p) Dikr ou Dhikr, terme technique de la langue religieuse, glorifica- 
tion d'Allah au moyen de certaines phrases de'terminées, répétées dans un 
ordre ritue»!, soit à haute voix, soit mentalement. Le dikr de chaque con- 
frérie constitue une partie essentielle de son rituel. Il consiste en la répé- 
tition de formules laudatives à l'adresse d'Allah auxquelles s'ajoutent quel- 
quefois des cantiques spirituels et parfois des danses et des morceaux de 
musique. Le dikr peut être modifié librement par le chef de la confrérie 
ou le mukaddara. 



LES DOUKKALA .g3 

il'ktitré, ainsi que stmr sa famille et ses amis » (loo fois). 

La loo^ fois, La fc^rmule se termine par le mot «teslim » 
^qui renforce le sens du « sellim» (accorder le salut). 

4"« il n'y a d'autre divinité que Dieu. Il n'a pas d'associé. 
Le pouvoir -souverain et la louange lui reviennent. Il est 
tout-puissant» (loo fois). 

Le «dikr», simple invocation à Dieu, est récité à n'im- 
porte quel moment de ia journée. Il peut être dit par le 
khouan isolé. Toutefois, il est préférable de le réciter en 
commun. Après la prière du « moghreb » (coucher du 
soleil), le derqaoui récite le «Hizb qor'ani» et le fait suivre 
de ^«oue^d» indiqué ci-dessus. 

Chapelet. — Le chapelet («tesbih!t> Des derqaoua comprend 
cent grains de forme lenticulaire d'un diamètre de 20 à 
25 mm. Il est divisé en groupes de 25 grains par l'adjonc- 
tion de quatre grains supplémentaires de forme oblongue. 
l'I se termine par un appendice de dix grains qui servent 
à compter le nombre de chapelets égrenés. 

Le chapelet des Derqaoua se porte au cou et se signale 
par la grosseur de ses grains. Toutefois, le gros chapelet 
n'est porté ostensiblement que par les gens du peuple et 
surtout par les « moutajerridine», gens qui font fi des biens 
du monde et qui vivent de la charité publique. Ils vont 
parcourant le pays, le chef ceint d'un turban vert, s'ap- 
puyant sur une « liarba» (courte lance). 

Lés Derqaoua eux-mêmes ne prennent pas au sérieux 
ces anachorètes et disent, en matière de proverbe, d'un indi- 
vidu avare, qu'il serre sa bourse à plusieurs tours com:me 
-un <i moutajarrid ». 

Zaouïa principale. — La zaouïa derqaouïa principale, en 
Doukkala, esta Mazagan. 

Cette zaouïa, située en ville, dans la rue dite Derb Et- 
Touil, a été fondée vers 1864 P^'' ^i^^ Zouin el-*Abdi, qui 



94 REGION DES DOUKKALA 

• 

eut pour successeur Si el-Iiadj Mohammed ben Youssef ed- 
Doukkali el-Ferji, mort en 1897. Ce dernier confia la di- 
rection de rétablissement à Si Mohammed ben Tahar 
Chiadmi, bou-mouareth (curateur aux successions vacantes) 
des Doukkala. 

Ce moqaddem construisit de ses deniers personnels, en 
1898, une autre zaouïa dans le quartier d'Es-Sfa, après auto- 
risation de Moulay 'Abderrahman, cheikh de la Confrérie. 

Les « khouan » (adeptes) se réunissent, chaque vendredi, à 
la zaouïa de Derb Et-Touil et y célèbrent tous les ans, vers le 
1 5 septembre, un « moussem» (pèlerinage, foire religieuse). 

Quant à la zaouïa d'Es-Sfa, contiguë à l'habitation du 
moqaddem, les «khouan » s'y réunissent en certain nombre 
tous les soirs et y tiennent également un «moussem» 
annuel. 

Le moqaddem Chiadmi est un homme robuste, âgé 
d'environ 55 ans, très intelligent et cultivé. D'esprit bourru, 
il n'a pas l'abord sympathique, mais lorsqu'il est en con- 
fiance et qu'il se départit de l'attitude que sa situation lui 
paraît devoir comporter, il se révèle d'un commerce 
agréable et homme d'esprit. 

Par ses fonctions de curateur aux successions vacantes 
qui l'obligent à circuler sur tout le territoire des Doukkala 
et par sa situation de directeur de zaouïa, le moqaddem 
Chiadmi a de nombreuses relations en tribu. Il jouit dans 
les Doukkala d'une certaine influence, et il paraît qu'avant 
rétablissement du Protectorat, aux époques de trouble, il 
serait intervenu avec succès auprès des rebelles pour les 
engager à respecter la ville. 

Il est à noter que Si Smâ'in, frère du moqaddem, 
occupe au contrôle civil des, Doukkala l'emploi de secré- 
taire indigène qu'il remplit avec une entière correction et 
avec beaucoup de conscience (i). 

(1) Le moqaddem Si Tahar, décédé en 1928, a été remplacé par son frère 
Sidi Smaïn. 



LES DOUKKALA qS- 

Il existe à Mazagan une troisième zaouïa dans le quartier 
d'eUQara. Elle a été édifiée en 1906 par le moqaddem Si 
el-Houssine ez-Zerhouni. Cet établissement ne compte 
qu'une vingtaine d'adeptes et n'a pas tendance à prospérer 
étant donnée l'opposition faite à Si el-Houssine par le mo- 
qaddem Chiadmi. 

Si El-Houssine Ez-Zerhouni est un homme âgé d'environ 
80 ans, à peu près illettré, très intelligent et doué d'une 
grande mémoire. 11 serait venu du Zerhoun à Mazagan 
vers l'année 1898 à la suite d'un meurtre qu'il aurait com- 
mis dans sa tribu d'origine. 11 n'a pas de relations avec les 
autorités locales et vit très retiré. 

Lors de sa venue à Mazagan, il fut bien accueilli par le 
moqaddem Chiadmi qui l'hébergea et qui, décelant chez 
lui de grandes qualités d'intelligence, l'employa comme 
« naïb » (adjoint délégué), le chargeant de missions en 
tribu. Si El-Houssine en profita pour se faire de la popula- 
rité en Doukkala et bientôt se posa en adversaire du mo- 
qaddem. Le différend fut soumis àMoulay 'Abd-Errahman, 
grand maître de l'Ordre, qui débouta Si El-Houssine de 
ses prétentions et maintint le moqaddem Chiadmi à la tête 
de la zaouïa de Mazagan. Si El-Houssine fonda alors la 
zaouïa d'El-Qal'a, qui disparaîtra probablement à sa mort. 

Habaus (i). — La zaouïa de Derb Touil a très peu de 
habous. Elle possède un petit « fondouq (2) », une maison 
à Mazagan et un terrain de culture aux Oulad Fredj. 



Zaouias de la région. 

Oulad Fredj. — Il existe une zaouïa derqaouia aux Oulad 
Fredj. Elle a été édifiée par Si El-Beqqal ben M'hammed 
ben 'Abderrahman Zekraoui. 

(i)« yabous », fondation pieuse, plus correctement /?om6om5. 
(2) « Fondouq » ou fondaq, hôtellerie. 



^ RÉGION DBS iDOUKKALA 

Le nombre ,des ^ khouan » dans les Oulad Fredj est 
d'environ i5o, dirigés par deux moqaddems : Si Ahmed 
Ben Cherqi, des O.ulad M'hammed,, et Si Bouch'aib ould 
El-Fqih ben Fadel. 

Oulad Bou 'Aziz. — Les derqaoua comptent dans les 
Gulad Bou 'Aziz environ i.5oo « khouan » et 8 moçtad- 
dems : 

Si L^arbi Rahliali, 

Si 'Abdelqader ben llammad, 

:Si Dfihbi Regragui, 

Si El-Ma'ti ben El-IIadj 'Abdesselam llamoumi. 

Si Ahmed El- yaddad, 
tous les cinq de la fraction des Oulad Ghanem; 

Si Mohammed ben Boua'zza, des Oulad 'Aïssa, 

Si Mohammed ben Kacem, des Herakta, 

Si Mohammed ben 'Abdelkader El-Maachi. 

Azemmour. — La zaouïa derqaouïa d'Azemmour fut 
construite sur l'ordre de Moulay L'arbi, fondateur de 
l'Ordre, par lun de ses amis, El-Hadj 'Abderrahman ben el- 
Hadj Brahim ben Méthane. Elle compte environ loo adeptes. 
Le moqaddem est Si Ahmed ben El-'Abbas, qui est aussi 
« nadir (i) » des Habous de la zaouïa. 

Doukkala-Sud. — La confrérie des derqaoua compte 
environ 1.400 adeptes dans l'annexe des Doukkala-Sud, et 
20 moqaddems dont les principaux sont : 

Si 'Ali ben Sediki, parent de Si Bouch'aib Doukkali, ex- 
ministre de la Justice (des Oulad 'Amor), 

Si Sma'il el-Bahiaoui (des Oulad Bou Zerrara), 

EWFqih Si Zeroual ben Tahar El-'Aouni ('Aounat). 

(i) Nadir : administrateur des biens habous. 



LES DOUKKALA 97 

Rapports intérieurs et extérieurs. — Le moqaddem 
Chiadmi de Mazagan est le chef de la Confrérie dans tous 
les Doukkala. Les propositions en vue de la nomination 
des « moqaddems » en tribu sont adressées, par lui, au 
Grand Maître de la Confrérie installé chez les Béni Zêroual. 

Les rapports entre la zaouïa de Mazagan et les zaouïas 
des régions voisines paraissent peu fréquents. Le moqad- 
dem Chiadmi se déplace rarement, ses relations extérieures 
à la région se bornent à quelques correspondances avec la 
zaouïa mère. 

Il semble que les zaouïas de Mazagan ne soient pas en 
relations avec les Derqaoua de Tanger. Ceux-ci sont consi- 
dérés comme étant inféodés à la zaouïa de Tétouan qui a 
des tendances à s'affranchir de la tutelle du grand maître 
de FOrdre. Des instructions venant de Tanger ou de Té- 
touan ne seraient guère écoutées par les Derqaoua de 
Mazagan qui ne reçoivent d'ordres que de la zaouïa de 
Bou Berih. 

Ziaras. — Le cheikh de la Confrérie a la réputation 
d'être très riche. Il a fait une seule tournée de « ziara (i) » 
dans les Doukkala il y a une vingtaine d'années et il y 
aurait reçu un accueil enthousiaste. De temps à autre un 
membre de sa famille parcourt le Maroc muni d'une lettre 
du cheikh l'accréditant auprès des moqaddems à qui il 
recommande de ne recevoir, comme envoyées par lui, que 
les personnes munies d'une lettre portant sa signature. 

Les Derqaoua admettent comme adeptes les gens déjà 
affiliés à d'autres confréries, car le cheikh aurait dit : 

Notre ouerd est naciri, 
Notre manière d'être, qadiria, 
Et notre tariqa, chadilïa. 



(i) « Ziara » : visite, tournée pastorale au cours de laquelle le chef de la 
Confrérie ou son délégué recueillent des offrandes de leurs adeptes. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 7 



98 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

En résumé, la confrérie des Derqaoua est une des plus 
importantes en Doukkala par le nombre de ses adeptes, que 
l'on peut évaluer à 4.000 environ. 

Ce sont, en grande majorité, des « fellahs » sans instruc- 
tion. Dans les milieux lettrés et dans la bourgeoisie, cette 
Confrérie ne fait que peu de recrues, la« tariqa derqaouïa» 
étant considérée comme une confrérie d'ordre inférieur. 

Depuis quelque temps, son importance régionale a décru 
au profit des Tidjania auxquels sont affiliés la plupart des 
chefs indigènes que leurs administrés ont tendance à suivre 
dans cette « tariqa ». 



TIDJANIA (Indépendants). 



La Confrérie des Tidjania a été fondée par le cheikh Sidi- 
Ahmed ben M'hammed ben El-Mokhtar Et-Tidjani, issu 
de la famille des Oulad Sidi Cheikh Sidi Mohammed, de la 
tribu des Tedjana. 

Il est né en Tannée i i5o de l'hégire à 'Ain Madhi, petite, 
ville située au pied du Djebel-Amour, en Algérie. Il vécut 
80 ans et mourut à Fez le vendredi 28 choual i2 3o, et y fut 
enterré dans la zaouïa qu'il y avait fondée. 

La biographie de ce personnage religieux est trop connue 
pour qu'il soit utile de la reproduire ici. 

Dikr. — Le « dikr » des Tidjania se caractérise par l'in- 
terdiction aux « khouan » de faire partie d'une autre con- 
frérie et de participer à des cérémonies qui se rapporteraient 
au culte d'un saint personnage. 

Ouerd. — Les « aourad » sont très nombreux; le plus 
usité, nommé oudifa, est composé des formules suivantes : 



LES DOUKKALA QQ 

3o fois : « Je demande pardon à Dieu. » 

5o fois la Salât el-Fâtih : « O mon Dieu, répands tes 
bénédictions sur Notre Seigneur Mohammed — qui a 
ouvert ce qui était fermé — qui a parfait les enseignements 
antérieurs — qui soutient la vérité par la vérité — qui 
conduit dans le Sentier Droit — ; ainsi que sur sa Famille 
— autant que le mérite son rang et son prestige magni- 
fique. » 

100 fois : « Il n'y a d'autre divinité qu'Allah. » 

12 fois une longue formule remplie de termes mystiques 
et appelée : Jaouharat el-Kamâl. 

Chapelet. — Le chapelet des Tidjania comporte loo grains 
de forme ronde de i cm. environ de diamètre. Il est divisé 
par des grains séparatifs déforme allongée en 6 groupes qui 
comprennent respectivement : r2, i8, 20, 20, 28 et 7 grains. 

Le chapelet a trois appendices accolés dits « chouahid ». 
Celui du milieu, le plus long, sert à nouer le fil qui retient 
les grains. Les deux autres « chouahid » ont chacun dix 
petits grains et servent à compter le nombre de chapelets 
égrenés. Les Tidjania portent le chapelet enroulé au poi- 
gnet gauche ou le mettent dans la « chekara », sorte de 
sacoche plate en cuir. 

Zaouias de la région des Doukkala. 

Mazagan. — Il existe à Mazagan une zaouïa Tidjania 
située dans la vieille ville portugaise, à côté de la « ma- 
hakma (i) » du pacha. Elle a été édifiée il y a une 
vingtaine d'années. 

Le moqaddem actuel est El-IIadj el-Alisen ben Ahmed 
Soussi. Il n'exerce aucune profession et fait des tournées . 
deziara en tribu. Les chefs indigènes, qui sont en majeure 

(i) « Mahakma » : tribunal, prétoire. 



100 REGION DES DOUKKALA 

• 

partie Tidjania, lui font des cadeaux qui lui permettent de 
subvenir à ses besoins. C'est un homme de caractère doux, 
très pieux, et qui n'est jamais mêlé à aucune contesta- 
tion. 

Le nadir est Si 'Ali Ould El-l.ladj 'Abbas Serghini, ori- 
ginaire des Oulad bou 'Aziz. Il n'a pas de habous à gérer et 
s'occupe de l'entretien de la zaouïa. 

Cet établissement a environ 80 adeptes à Mazagan. 

On y célèbre un « moussem » annuel sans grand éclat, 
qui consiste simplement en une réunion générale des 
« khouan » à la zaouïa, et qui se confond d'ailleurs avec 
la « miloudïa », veillée que font tous les citadins à l'occa- 
sion du Mouloud (fête de la Nativité du prophète Maho- 
met). 

Azsmmour. — Les Tidjania ont deux zaouïas à Azem- 
mour. L'une d'elles, située à proximité du tombeau de 
Moulay Bouch'aib, a été construite vers l'an iSig (1901 
1902) par l'ancien caïd Tria'i. 

L'autre établissement a été construit dans la ville d'Azem- 
mour par l'ancien caïd Mohammed el-Qorchi el-Ouriki. 

Cette seconde zaouïa ne comportait primitivement 
qu'une « qobba », les bâtiments annexes furent édifiés par 
le « nadir» de l'époque, Si Driss Ben el-Hadj Bouch^aib 
Ben Methan, qui dota la zaouïa d'Azemmour d'un puits 
et d'une citerne. 

Sidi Driss entreprit les travaux de construction vers 
l'an i326. Divers aménagements furent apportés par la 
suite et c'est le Pacha, Si Mohammed Ben Dalihan, qui 
termina en i334, les travaux entrepris par Sidi Driss. 

Les zaouïas d'Azemmour n'ont pas de habous. Aucun 
descendant du fondateur n'y est inhumé. 

Le moqaddem actuel des deux zaouïas est le « fqih (i) » 

(i) « Fqih»: jurisconsulte, lettré. 



l 



LES nOUKKALA 10 I 

Si 'Abdallah Ben Derqaoui, frère de Si 'Ali Ben Derqaoui, 
caïd des Oulad 'Amor. Le moqaddem remplit aussi les 
fonctions de « nadir ». 

Les Tidjania sont une centaine à Azemmour. Ils se réu- 
nissent tous les soirs à la zaouïa pour réciter !'« ouerd » 
en commun et étudier les œuvres du fondateur de l'Ordre. 

Un « moussem » a lieu tous les ans, la veille de la fête 
du Mouloud. 

Tribu des Chtouka. — Le moqaddem des Tidjania dans 
les Chtouka est le « fqih » Si Bou'azza qui a été nommé 
par Si M'hammed Ben L'arbi el-'Alaoui, moqaddem de la 
zaouïa du Zerhoun. 

Oulad Bou 'Aziz. — Il existe chez les Oulad Douib et les 
Oulad Hassine deux zaouïas. La plus ancienne est située 
dans la fraction des Messa'da (Oulad Hassine). Elle a été 
fondée en l'année i3i6 de l'hégire par le fqih Si Moham- 
med Ben Driss, décédé en l'année i338. 

Cette zaouïa n'a ni moqaddem, ni « nadir », ni habous. 
Les « khouan » s'y réunissent chaque soir pour la prière 
en commun « El Oudhifa ». Il ne s'y donne aucun « mous- 
sem ». 

L'autre zaouïa a été fondée en l'année i338 de l'Hégire 
par le caïd Si Hammou Bel-'Abbas el-Hoummadi, affilié à la 
Confrérie. Ce second établissement n'a pas non plus de mo- 
qaddem ni de habous et sert à la réunion des « khouan » 
pour la prière du soir. Le nombre de Tidjania dans les 
Oulad bou 'Aziz est d'environ 200. 

Oulad Fredj. — La tribu des Oulad Fredj compte trois 
zaouïas Tidjania. 

L'une d'elles est située aux Oulad Na'mi. Elle a été édi- 
fiée par le khalifa Si Mohammed Ben el-Caïd Si Djilali 
Na'mi, dans la qasba de l'ex-caïd Na'mi. Elle n'a pas de 
moqaddem. 



102 REGION DES DOUKKALA 

Une autre zaouïa est située aux M'iiarza. Elle a été édi- 
fiée par Si El l.ladj Zemmouri Ben Bouch^aib Ben M'Barak. 
El-Maharzi. 

La troisième se trouve également chez les M'Harza. Elle 
a été construite par l'ancien caïd Bou 'Ali Ben El-Ma*ti El- 
Maharzi. 

Il n'y a pas de « moussem » aux Oulad Fredj. 

On peut évaluer à 25o environ le nombre des Tidjania 
dans cette tribu. 

Doukkala-Sud. — Les Tidjania comptent environ 700 af- 
filiés dans les tribus, de l'Annexe des Doukkala-Sud. La 
plupart des personnages notables sont des adeptes de cette 
Confrérie. 

influence intérieure et extérieure. — La Confrérie des 
Tidjania recrute ses adeptes parmi les notables, les com- 
merçants et les chefs indigènes. 

La règle de cet ordre n'est pas très sévère et permet de 
« s'assurer le bien-être dans ce monde et le salut dans 
Tautre ». Il n'est pas prescrit au Tidjani de faire acte de 
renoncement et de pauvreté. 

Les relations entre les zaouïas des Doukkala et la zaouïa 
mère d'Aïn Madi ne paraissent pas fréquentes. 

Sidi Mahmoud Tidjini, fils du chef actuel de la Con- 
frérie, est venu au Maroc, il y a quelques années, et 
y a séjourné environ trois ans, visitant les principales 
villes. 

Les Tidjania ne peuvent pas faire partie d'une autre 
Confrérie et il leur est interdit d'aller en pèlerinage aux 
tombeaux de saints personnages. Ils échappent ainsi à la 
critique des purs orthodoxes qui n'admettent pas que les 
sanctuaires soient l'objet d'un culte particulier. Cette dé- 
fense est une atteinte au prestige des descendants des fon- 
dateurs des autreè Confréries qui, en retour, accusent les 



LES DOUKKALA I03 

Tidjania de tiédeur religieuse et de se préoccuper surtout 
de leurs intérêts matériels. 

Les Derqaoua, qui prétendent professer la pure doctrine 
du soufisme, n'ont aucune sympathie pour les Tidjania, 
beaucoup trop libéraux à leurs yeux. 

Mais les ennemis déclarés des Tidjania sont les Kittania, 
qui ont été accusés publiquement d'hérésie par les premiers. 
Un Tidjani, le cheikh Guennoun, de Fez, a publié un 
ouvrage où El-Kittani est accusé d'imposture. 

La Confrérie des Tidjania est une des plus influentes au 
Maroc. Beaucoup de chefs indigènes et de notables en font 
partie. Au Makhzen Central, nombre de fonctionnaires 
sont affiliés à cette Confrérie. 

L'esprit libéral qui anime cet ordre le désigne à notre 
sympathie. On sait par ailleurs le rôle politique joué par 
les Tidjania en Algérie lors de la conquête, les luttes que 
Tidjani eut à soutenir contre notre adversaire l'Émir 
Abdelkader. 11 nous est facile d'entretenir de bonnes rela- 
tions avec les adeptes de l'Ordre d'Aïn Madi qui, par tradi- 
tion, sont favorables à notre politique. 

Il y a lieu de noter que le Makhzen Chérifien, avant 
l'instauration du Protectorat, a persécuté les Tidjania, qui 
étaient considérés comme des agents de la pénétration 
française au Maroc. 



NACIRIA (CHADLIA) 



La Confrérie des Naciria a été fondée par Si Mohammed 
ben Nacer ed-Dra'i, un des disciples de Si Ahmed ben You- 
cef el Miliani, fondateur de l'Ordre des Rachidia, dont 
l'origine est « Chadelia ». 

Le cheikh Si M'hammed ed-Dra'i serait descendant de 



I04 REGION DES DOUKKALA 

• 

Nacer ben M'hammed ben M'hammed ben Ahmed ben 
ATliammed ben el-I.Ioceine ben Nacer ben 'Ameur ben 
'Otsman ben Naceur ben Ahmed ben 'Ali ben Salim ben 
'Omar ben Bou-Bekeur ben Moqdad ben Brahim ben Salmim 
ben Ilarize ben Hobiche ben Kilab ben 'AU ben Brahim 
ben Ahmed ben l.lamid ben 'Aqil ben Mouaqil ben el 
Ahrej ben Mohammed ben Dja7ar el-'Ameir ben Brahim 
el-'Arabi ben Mohammed Djouad ben 'Ali Zenabi ben 'Ab- 
dallah Dja'ferben Abi Taleb. 

D'après une autre version, il serait issu d'un dés descen- 
dants du prophète Si el-xMoqdad ben el-Assoued, de la tribu 
des Khouda*. 

Il serait né au mois de ramadan loii, àAghlan, dans le 
Draa. Il mourut en 1080 ou io85 et fut enterré à la zaouïa 
de Tamgrout qu'il avait fondée en Tannée io52. 

Ses descendants habitent le Draa où ils jouissent d'une 
grande considération. 

Les adeptes de cette Confrérie sont nombreux dans le 
Sud Marocain. Il existe des zaouïas Naciria importantes 
dans le Sous, à Marrakech, à Rabat et à Salé. 

Si L'arbi Naciri, fils de l'auteur de l'Istiqçaet « naïb» du 
Vizir de la Justice à Rabat, est affilié à la Confrérie. 

Ouerd. — i» Pour ceux qui savent lire : 

100 fois : « Je demande pardon à Dieu ». 

100 fois : « Que Dieu répande ses bénédictions sur Notre 
Seigneur Mohammed le Prophète illettré, sur sa famille et 
ses amis et qu'il leur accorde le salut ». 

100 fois : « Il n'y a d'autre Dieu qu'Allah» ; 

2^ Pour les femmes : 

100 fois : « Il n'y a d'autre Dieu qu'Allah ». 

3" Pour les illettrés : 

700 fois : « Il n'y a d'autre Dieu qu'Allah ». 

Après avoir répété chaque invocation 100 fois l'adepte 
ajoute : « Il n'y a d'autre Dieu qu'Allah, Mohammed est 



LES DOUKKALA I05 

son prophète. Que Dieu répande sur lui ses bénédictions et 
son salut. » 

Chapelet. — Le chapelet des Naciria comprend loo grains 
de moyenne grosseur. Il est porté de préférence au poignet 
droit. 



Zaouias Naciria dans les Doukicala. 

Mazagan. — Il existe à Mazagan une zaouïa à Derb Touil 
qui a été bâtie par le caïd el-Ijadj M'hammed Ben Yahia 
ben el-Hamdounia. 

Le moqaddem actuel est Si Hassan, ancien pacha de 
Mazagan et fils du caïd el-Hadj M'hammed. Si Hassan pos- 
sède une grande fortune. Il mène une existence très reti- 
rée. D'un caractère peu énergique, il n'a pas le tempéra- 
ment d'un chef. Avare et soucieux de sa tranquillité, il n'a 
guère de relations. Aussi, la zaouïa de Mazagan est-elle peu 
prospère et ne compte guère qu'une soixantaine d'adeptes. 
Elle n'a ni habous, ni nadir. 

Oulad Bou 'Aziz. — Cette tribu n'a pas de zaouïa naciria, 
ni de moqaddem. On y compteune soixantaine de« khouan». 

Oulad Fredj. — Le moqaddem naciri, dans cette tribu, 
est Si el-Hadj el-Houssine el-Ghandouri, qui habite à la 
zaouïa de iVloulay Tahar el-Qasmi. Ce personnage est 
l'objet d'une assez grande considération, mais il n'a qu'une 
trentaine d'adeptes. Il n'y a pas de zaouïa dans la tribu. 
Les réunions des « khouan » ont lieu chez l'un d'entre eux 
ou auprès du moqaddem. 

Azemmour. — La zaouïa d'Azemmour a été bâtie sous le 
règne de Moulay Slimane et sous la surveillance du moqad- 
dem Hadj Bouch'aib Sebbata. ^ 



106 RÉGION DES DOUKKALA 



• 



La zaouïa possède quelques biens habous dont les reve- 
nus sont affectés à Tentretien de l'établissement, à l'achat 
des nattes, etc.. 

Le moqaddem actuel, el-I.ladj Tahar ben Merghichia, 
assure les fonctions de nadir. 

Doukkala-Sud. — Les naciriyine comptent dans les tribus 
de l'annexe environ 220 adeptes et 5 moqaddems. Ils sont 
en relations assez suivies avec la zaouïa de Marrakech. 

Moussem. — En raison du petit nombre des « khouan » 
il n'y a pas de moussem annuel dans les Doukkala. 

Rapports avec la zaouïa mère et les autres Zaouïas. — Les 

naciriyine en Doukkala sont en trop petit nombre pour 
être influents. Toutefois, la Confrérie y est considérée 
comme un ordre dont les membres sont très choisis. Elle 
comprend beaucoup de lettrés. Être Naciri équivaut à un 
brevet de sagesse et d'honnêteté. 

La règle imposée aux adeptes est simple et ne tend qu'à 
obtenir une piété fervente mais sans ostentation. 

Enfin, il n'est pas défendu à un « naciri » de faire partie 
d'une autre Confrérie. 

L'Ordre des Naciria a toujours été en bons rapports avec 
l'ancien Makhzen. Les chefs de la Confrérie jouaient le 
rôle d'intermédiaires politiques entre le Pouvoir central et 
les tribus du Sous qui échappaient à l'autorité du Sultan. 
Le plus souvent, quand les « harkas (i) » chérifiennes opé- 
raient dans le Sud du xMaroc, elles étaient accompagnées 
par un « naqib (2) » naciri qui était le conseiller politique 
du chef de l'expédition et entrait en pourparlers avec les 
tribus où l'influence de l'Ordre était prépondérante. 



(i) « Harka » s'applique à une expédition militaire, à des troupes en opé- 
rations. 

(2) « Naqib » : chef des adeptes d'une confrérie religieuse dans une 
région. 



LES DOUKKALA lOJ 



TOUHAMIA-TAIBIA (CHADLIA) 

La Confrérie des Touhamia, connue aussi sous le nom 
de Taïbïa, se rattache à Moulay 'Abdallah Ech cherif ben 
Brahim (mort en 1678 de J.-C), qui appartenait à la 
famille chérifîenne des Oulad sidi Yamlah. 

Se séparant delà doctrine djazoulia, il fonda une nou- 
velle confrérie à Ouezzan. La zaouïa d'Ouezzan, dite « Dar 
ed-Demana » (lieu d'asile) est restée le siège de l'Ordre. 

Son petit-fils Moulay Taïeb ben Moulay Mohammed ben 
^Abdallah développa l'organisation créée par son grand-père 
et donna à la nouvelle confrérie une plus grande extension. 
C'est lui qui a donné son nom à cet Ordre religieux. Tou- 
tefois, Moulay Tehami, frère de Moulay Taïeb et héritier 
de la « baraka », a également laissé son nom à la Confré- 
rie qui est plus connue au Maroc sous la désignation de 
Touhamia. 

Il y a lieu de rappeler brièvement que les Touhamia ont 
joué un rôle politique considérable dans l'Empire Chérifien, 
ce qui a fait dire, avec quelque exagération, que le Sultan 
du Maroc devait recevoir l'investiture du chef de la zaouïa 
d'Ouezzan. Il n'en est pas moins vrai que le Makhzen a 
toujours compté avec les Chorfa d'Ouezzan et qu'il a con- 
sidéré cette puissante zaouïa comme un contrepoids indis- 
pensable à l'influence des autres Confréries et notamment 
celle des Derqaoua. 

On sait aussi que la' famille des chorfa d'Ouezzan a tou- 
jours entretenu avec la France de bons rapports et que le 
chérif si 'Abdesselam ben el-I.Iadj L'arbi a sollicité en 1876 
le titre de citoyen français. 

Zaouïas de la région. — Il existe dans la circonscription 
de Mazagan une seule zaouïa Touhamia à Azemmour. Cet 



I08 RÉGION DES DOUKKALA 

établissement fut édifié sous le règne de Moulay 'Abder- 
rahiuan par l'ancien caïd El-Ijadj Moussa Ben Mohammed 
Zemmouri El-Gharbi. 

Le moqaddem actuel de cette zaouïa est Si Mohammed 
Ben El-Moqaddem Taieb. Les « khoddam » Touhamia qui 
fréquentent la. zaouïa sont au nombre d'une centaine. Ils se 
réunissent de temps à autre pour réciter le « dikr »touhami 
en s'accompagnant d'instruments de musique et de tam- 
bours, coutume qui n'est pas dans la tradition de la zaouïa 
mère. 

La zaouïa d'Azemmour possède dans les Gharbia, près de 
Mazagan, quelques terrains hobous gérés par le moqaddem 
Si Mohammed cité plus haut. 

Dans les autres parties de la circonscription les Touhamia 
sont très peu nombreux ; on y compte à peine quelques 
« khouan » par tribu. 

Les adeptes de cette Confrérie sont en rapports avec les 
descendants du fondateur qui viennent en tournée de ziara 
à Azemmour. 

Influence locale. — L'influence exercée par la Confrérie 
dans la région des Doukkala n'est guère appréciable étant 
donné le nombre restreint de ses adeptes. L'attitude des 
Touhamia à notre égard est fonction des rapports de la 
zaouïa mère avec le gouvernement central chérifien. 



KITTANIA 



La Confrérie des Kittania, rattachée à celle des Chadelia, 
a été fondée à Fez par le cheikh Sidi Mohammed Ben El- 
Kebir El-Kittani, chérif idrissite, né dans cette ville en 1288 
et mort en 1827 de l'hégire. Cet ordre, de formation ré- 



LES DOUKKALA lOQ 

cente, réunit un grand nombre d'adeptes dans tout le Maroc 
et particulièrement dans les tribus voisines de Fez et de 
Meknès: Béni M'Tir, Zayane, Guerouane, etc.. 

Sidi El-Kebir, père du fondateur, était derqaoui. Il eut 
deux fils, Sidi Mohammed et Sidi 'Abd-El-Haï. Sidi Moham- 
med, créateur de l'Ordre, fit une grande propagande à Mar- 
rakech et éprouva des difficultés avec Ba Ahmed, grand 
vizir de Moulay'Abd El-'Aziz. Plus tard, il contribua à la 
reconnaissance de Moulay Hafîd comme Sultan par les 
tribus de la région de Fez. Mais Tautorité et le prestige 
qu'il acquit auprès des tribus berbères et notamment chez 
les Béni M'tir, indisposèrent vivement le Makhzen à son 
égard. Sidi Mohammed El-Kittani, ne se sentant pas en 
sûreté à Fez, s'enfuit avec sa famille chez les Béni M'tir 
qui, après de longues négociations avec le Sultan, livrèrent 
le cheikh au Makhzen. Moulay Hafid le fit jeter en prison 
où il mourut à la suite des mauvais traitements qui lui 
furent infligés et les zaouïas des Kittania furent fermées pen- 
dant un certain temps. 

Le Cheikh, avant sa mort, aurait désigné pour lui suc- 
céder son fils Sidi Mohammed. Toutefois, celui-ci étant trop 
jeune pour prendre la direction efi'ective de l'Ordre, ce fut 
son oncle *Abd El-Haï qui devint en fait cheikh de la Con- 
frérie. Cette situation dura sans inconvénient jusque vers 
l'année 1917, mais Si 'Abd El-Haï ayant mécontenté certains 
groupes de « khouan » par ses allures autoritaires, les 
zaouïas de Rabat et de Salé lui firent de l'opposition au pro- 
fit de son neveu Sidi Mohammed, dépositaire de la « ba- 
raka ». La question entre l'oncle et le neveu n'a pas encore 
été tranchée. 11 en résulte un certain flottement dans les di- 
verses zaouïas qui se trouvent en présence de deux cheikhs, 
l'un (Sidi Mohammed) de droit, l'autre (Sidi 'Abd El-Haï) 
de fait. 

Sidi xMohammed, d'après des renseignements fournis par 
des moqaddems de son ordre, serait assez efi'acé de càrac- 



110 REGION DES DOUKK.ALA 

tère. II aurait une conduite digne d'éloges, serait pieux et 
très sympathique aux « khouan ». 

Sidi 'Abd El-Haï est un personnage connu de tout le 
Maroc. Grand, fort, très instruit et très disert, il impres- 
sionne les adeptes par sa prestance, sa science et ses dis- 
cours, mais il est très autoritaire. 

Ouerd. — L'Ouerd des Kittania consiste à répéter les for- 
mules ci-après un certain nombre de fois : 

i^ Trois fois le verset du Koran dit « ayat el-koursi»; 

2'' Vingt-sept fois la formule de « Tistighfar » (demande 
de pardon à Dieu) ; 

3° Une fois la «an moudoujia»(dikr spécial àla Confrérie) ; 

4° Trente-sept fois : « O Tunique » ; 

5"* Dix invocations au Prophète; 

6« Cent fois : « Il n'y a de divinité qu'Allah et Moham- 
med est son Prophète». 

Dikr. — Les Kittania se réunissent chaque soir à la zaouïa 
pour réciter le dikr, qu'ils disent debout. 

Chapelet. — Le chapelet des Kittania est formé de cent 
grains de forme lenticulaire d'un diamètre de 2 cm. envi- 
ron. Chaque grain porte une rainure circulaire qui permet 
de distinguer facilement ce chapelet de celui des autres Con- 
fréries. Il est partagé par des grains de forme oblongue en 
sept groupes comprenant respectivement 3, 19, 10, 27, ,10, 
19 et 12 grains. Le chapelet est porté au cou. 



Zaouïas de la région. 

Mazas:an. — La zaouïa de Mazagan est située dans la 
nouvelle ville, quartier de la Daya. Elle a été fondée à une 
époque récente par l'ex-caïd Sidi El-Iladj Bou Ch'aib Bel- 



LES DOUKKALA I I I 

Kebir El-Hessini. Cette zaouïa n'a ni habous ni nadir. Les 
« khouan » sont au nombre d'environ 200. 

Le moqaddem actuel, Si Driss El-Guendouz, est un com- 
merçant originaire de Rabat et fixé depuis plusieurs an- 
nées à Mazagan où il est entrepreneur de transports. 

Oulad Bou 'Aziz. — 11 existe dans cette tribu trois zaouïas 
Kittania. 

L'une d'elles est située chez les Merichat (Oulad llassine). 
Elle a été fondée en l'année 1822 de l'Hégire et a pour mo- 
qaddem actuel Si Mohammed Ben Ahmed Ben Horche El- 
Hassini, qui jouit d'une assez grande considération dans la 
tribu. 

Une autre zaouïa fondée en l'année iSig de l'Hégire, 
existe chez les Oulad Sma'il (Oulad Douib). Son moqaddem 
est Si El-Hadj Sma'il ben El-Hadj L'arbi Douibi Sma'ili. 

Une troisième zaouïa se trouve chez les Ma'chate. Le 
moqaddem est Si Mohammed El-Ma'chi. Cet établissement 
a été créé en 1828 de l'Hégire. 

Ces trois zaouïas n'ont ni habous ni nadir et comptent 
ensemble 205 adeptes environ. 

Il n'y a chez les Oulad Ghanem et chez, les Oulad 'Aïssa 
ni zaouïa ni moqaddem. Ces deux fractions ne comptent 
qu'un certain nombre de « khouan » isolés. 

Azeminour. — Azemmour compte une zaouïa kittania 
située dans le voisinage du sanctuaire de xMoulay Bouch'aib. 
Cet établissement, dont le moqaddem est Sidi Mohammed 
El-Boua'zizi El-Hassini El-Hannioui, a été fondé il y a une 
quinzaine d'années. 

Doukkala-Sud. — Les tribus des Doukkala-Sud comptent 
environ 5oo « khouan » et 12 moqaddems. 

Moussem. — Les Kittania célèbrent par an trois « mous- 



112 REGION DES DOUKKALA 

sems », dont le plus important a lieu le 8« jour du mouloud 
(Nativité du Prophète). 

Rapports entre la zaouia mère et les zaouias secondaires. 

— La zaouïa-mère qui se trouve à Fez est en rapports 
èpistolaires fréquents avec les zaouïas secondaires. De plus, 
Si 'Abd El-IIaï El-Kittani fait des tournées de ziara dans 
les principales villes à peu près tous les ans. 

Les « moqaddems » se rendent de temps à autre à Fez 
auprès de Si 'Abd El-Haï. 

Influence intérieure et extérieure. — Cette Confrérie a 
pris en quelques années un développement assez considé- 
rable ; il semble toutefois que, depuis 1917, les dissenti- 
ments qui se sont élevés entre Si 'Abd El-I.Iaï et son neveu 
Si Mohammed aient nui au bon renom de la Confrérie. 

L'influence des Kittania se manifeste surtout chez les 
tribus berbères des environs de Fez et de Meknès. 

Au Makhzen central. Si 'Abd El-Haï n'a aucune influence 
et y jouit de peu de considération. 

Cette Confrérie est essentiellement marocaine et paraît 
n'avoir aucune attache en dehors du Maroc. 

Les Kittania ont beaucoup d'ennemis, notamment les 
Tidjania qui prétendent que le fondateur de l'Ordre n'avait 
désigné personne pour lui succéder comme cheikh de la 
Confrérie. 



QADIRIA (DJOUNAIDIA) 



La confrérie des Qadiria a été fondée par le grand saint 
musulman Sidi 'Abdelqader El-Djilani, né en Tan 471 de 
l'Hégire à Djil ou Djilane, près de Baghdad, où il est mort 
en 56i de l'Hégire. 



LES DOUKKALA H6 

Ses descendants, très nombreux, se répandirent dans 
tous les pays musulmans. Deux d'entre eux, Sidi Brahim 
et Sidi 'Abd El-'Aziz, établis en Andalousie, vinrent se fixer 
à Fez après la prise de Grenade. Quatre de leurs descen- 
dants habitent actuellement Mazagan. 

Ouerd. — L'ouerd pratiqué dans la ré^non consiste dans 
la répétition des formules ci-après : 

200 fois : « Il n'y a de divinité que Dieu. 11 n'a pas d'as- 
socié. Il a la puissance. 11 doit être glorifié. 11 donne la vie 
et la mort. 11 est immortel. Il est dispensateur des biens et 
est puissant en toutes choses. » 

100 fois : « Louange à Dieu puissant et glorifié. Il n'y a 
de divinité que celle de Dieu, l'équilable. » 

100 fois : « O Dieu ! Répandez vos bénédictions sur 
Notre Seigneur Mohammed, votre adorateur, votre envoyé, 
le Prophète illettré, ainsi que sur sa famille. » 

100 fois : « J'implore la clémence du Dieu vivant, éternel, 
à qui je demande pardon. » 

100 fois : « Que la volonté de Dieu soit faite. Il n'y a de 
puissance qu'en Dieu. » 

Chapelet. — Le chapelet des Qadiria est formé de 
100 grains de moyenne grosseur, divisés en quatre groupes 
de 25, par des grains de forme oblongue. 



Zaouias de la région. 

Mazagan. — Il existe à Mazagan une zaouïa qadiria qui 
a été fondée par Si El-Hadj Tahar Lebbat. Le moqaddem 
actuel est Si Mohammed ben Driss, descendant de Si *Abdel- 
qader El-Djilani. 

Le moqaddem est aussi nadir de la zaouïa qui est le seul 
bien des habous de la confrérie à Mazagan. Le nombre 

vili.es et tribus. — X. 8 



114 HEGION DES nOUKKAl.A 

des « khouan » qadiria de cet établissement est d'environ 
cinquante. 

Azemmour. — La >:aouïa qadiria d'Azemmour a été créée 
en l'an i23o de l'hégire. Le moqaddem de l'établissement 
est Si El-Ijadj Bouch'aib ben El-IJadj Mekki ben 'Ali Zem- 
mouri. Cette zaouïa possède quelques biens habous dont la 
gérance est confiée à Si El-[Iadj Ahmed ben El-Hadj 
Mekki El-Kebriti, frère du moqaddem. 

Cet établissement est fréquenté par une cinquantaine de 
« khouan », dont certains font partie des Oulad Hilii (tribu 
des Chtouka). 

Oulad Bou 'Aziz. — Les fractions des Oulad Douib et 
des Oulad l.lassine comptent une vingtaine de « khouan » 
qadiria. 

Oulad Fredj. — Dans les Oulad F'redj, il existe une cen- 
taine de qadiria qui ont pour moqaddems : 

Si xM'liammed ben Heddi El-M'hammedi, 

Si Boucha' ib ben Mohammed ben Tara El-M'Hamedi, 

Si Djilali ben LaVbi El-Qasmi, 

Si Bel-'Abbas ben Taibi El-Briki, 

Si M'hammed ben Ahmed bel-Hadja El-'Amari. 

Mais il n'existe pas de zaouïa dans cette tribu. Les 
« khouan » se réunissent de temps à autre chez l'un d'entre 
eux pour réciter le « dikr » en commun. 

Doukkala-Sud. — Les tribus des Doukkala-Sud ne 
comptent guère que 25o indigènes faisant partie de la 
Confrérie des Qadiria. Il n'y existe pas de zaouïa. 

Rapports extérieurs et intérieurs. — Les zaouïas de Ma- 
zagan et d'Azemmour n'ont guère de relations soit entre 
elles, soit avec les autres zaouïas du Maroc. 



LES DOURKALA I l5 

Il est curieux de constater que la confrérie fondée par 
Si *AbdeIqader El-Djilani, l'un des plus grands saints du 
monde musulman , ne soit pas plus développée en Doukkala 
et n'y exerce pas plus d'influence que telle confrérie secon- 
daire dont le fondateur est ignoré de la masse des indi- 
gènes. 

Le nom de Si 'Abdelqader est invoqué par tous : men- 
diants qui sollicitent la générosité des passants, riches 
bourgeois ou chefs indigènes qui invoquent instinctive- 
ment son nom à l'occasion d'un accident, femmes qui pla- 
cent leur progéniture sous la protection du patron de Bag- 
dad, etc., etc.. 

Cette confrérie ne manifeste pas à notre égard des senti- 
ments hostiles. Les Qadiria ont en général hérité de l'esprit 
de large tolérance qui animait le fondateur de l'Ordre. On 
sait que Si 'Abdelqader El-Djilani avait une vénération par- 
ticulière pour N.-S. Jésus-Christ {Sidna VAissa), dont il 
admirait l'immense charité. 



BOU AZZ\0\JIA 



La confrérie des Bou 'Azzaouia prétend se rattacher à 
Moulay Bou 'Azza, d'origine marocaine et probablement 
berbère, né en 488 de l'Hégire, mort en 572 et enterré à 
l'endroit qui porte son nom à la limite des Zayane et du 
Tadla. Son tombeau est l'objet d'une grande vénération. 
Divers sultans ont contribué à entretenir son sanctuaire par 
des offrandes en espèces et S. M. Moulay Youssef, au cours 
d'un voyage à Marrakech, s'y est rendu en pèlerinage en 
1918. 

Moulay Bou 'Azza qui, d'après la légende, possédait un 
âne pour toute fortune, se manifesta d'abord en Ta- 



Il6 RÉGION DES DOUKKALA 

mesna (i), mais ses miracles n'ayant rencontré qu'incrédu- 
lité, il poussa plus au sud et alla se fixer à la limite du 
Tadla et des Zayane. Là, son mysticisme, son ascétisme 
et ses miracles lui concilièrent la sympathie et bientôt la 
vénération des habitants du pays. Il y vécut en ascète, en 
thaumaturge, mais ne fonda pas de confrérie. 

Ses descendants héritèrent en partie de la vénération 
dont il était l'objet, puis sa descendance s'éteignit. 

En l'année i3i5 de l'Hégire, le cheikh Si el-Hadj Moham- 
med ben elliadj Taibi, dont l'origine est assez obscure, pré- 
tendit descendre de Moulay Bou 'Azza et fonda la confrérie 
dite des Bou 'Azzaouia. Il s'installa d'abord chez les Oulad 
Hariz, puis chez les M'zab à proximité de Si M'hammed 
el-Bahloul, où il fit édifier une zaouïa. 

En 1908-1909, il joua un rôle politique au moment de 
l'occupation de la Chaouïa par les troupes françaises et 
nous fit une opposition acharnée. Puis, ne se sentant plus 
en sécurité, il se réfugia à Marrakech où il mourut dans 
le mois de Rabi'a et-tani 1 332 de l'Hégire. Il fut enterré à la 
grande Mosquée Bou 'Azzaouia dans cette ville. Son tom- 
beau est l'objet de pèlerinages. 

Il eut quatre enfants mâles : 

El-Hadj Mohammed ben Mokhtar, 

Mohammed, connu sous le nom de Bel-lladj, 

Mohammed, 

et El-Hadj el-Mahdi, 
qui lui succéda comme maître de l'Ordre. Ses descendants 
résident à Marrakech. 

Les Bou 'Azzaouia prétendent que leur Confrérie se rat- 
tache à celle des Medinia dont le fondateur est Si Bou Mé- 
diane el-Ghaout. 

Ousrd. — Parmi les « aourad » des Bou 'Azzaouia, le plus 
usité est composé des formules suivantes : 

(i) Tamesna : ancienne province au N. de l'Oum-er-Rebi'a. 



LES DOUKKALA II7 

3 fois : «Je me réfugie auprès de Dieu pour me préserver 
de Satan le lapidé ». 

200 fois : «Je demande pardon à Dieu». 

200 fois: «O Dieu, répandez vos bénédictions sur Notre 
Seigneur Mohammed le prophète illettré, sur sa famille et 
sur ses compagnons. » 

600 fois: «Il n'y a d'autre divinité qu'Allah». 

Après chaque centaine, on récite la formule: «Notre 
Seigneur Mohammed est le prophète de Dieu. Que Dieu 
répande sa bénédiction sur lui et lui accorde le salut». 

La règle des Bou 'Azzaouia leur interdit de faire partie 
d'une autre confrérie. 

Chapelet. — Le chapelet des Bou 'Azzaouia comprend 
100 grains divisés en 4 groupes. 

Zaouiâs de la région. — Il n'existe pas en Doukkala de 
zaouïa Bou 'Azzaouia. 

Les adeptes de cette Confrérie sont plus nombreux dans 
les Oulad Fredj, où ils seraient goo, et dans les Doukkala 
sud, où il y aurait environ 5oo «khouan »,. 

Il existe dans les Oulad Fredj un moqaddem Bou 'Azzaoui 
connu sous le nom de Zemmouri Bel-Hachfa, qui fait pro- 
fession de dénoncer les abus des chefs indigènes. Il cherche 
à acquérir quelque prestige en se posant comme le défenseur 
des gens de sa fraction. A peu près illettré, il n'a réussi jus- 
qu'ici qu'à se créer la réputation d'un esprit peu équilibré. 

Dans les tribus du littoral, la Confrérie n'aurait que peu 
d'affiliés. A Mazagan, il n'y a que 6 «khouan». Les mo- 
qaddems sont très nombreux par rapport au nombre de 
«khouan». Un moqaddem n'a souvent que cinq ou six 
affiliés sous ses ordres. 

Le moqaddem de Mazagan est Si M'hammed el-Barkaoui 
qui exerce la profession de «rabatteur» pour le compte des 
commerçants en grains. Il n'a aucune influence. 



Il8 RÉGION DES DOUKKAl.A 

Relations intérieures. — Les Bou 'Azzaouia sont en rela- 
tions avec la zaouïa de Marrakech, la seule importante. 

Influence. — La Confrérie des Bou 'Azzaouia n'a guère 
d'influence. Elle ne jouit d'aucun crédit au Makhzen. Son 
fondateur était tenu par beaucoup de Marocains comme 
un imposteur et ses échecs en Chaouïa avaient mis en doute 
Tefficacité de sa « baraka ». 



AISSAOUA (DJAZOULIA) 



La Confrérie des 'Aïssaoua est une des plus connues des 
Européens par les manifestations auxquelles se livre une 
partie de ses adeptes à l'occasion de la fête du iMouloud 
(Nativité du Prophète). 

Le fondateur de la Confrérie est Sidi Mohammed Ben 
*Aïssa El-Mokhtari, originaire, disent les indigènes, de la 
tribu des Béni Hassan. II naquit à Meknès et y mourut 
vers l'an i523 de notre ère. 

Ses adeptes prétendent qu'il était chérif (descendant du 
Prophète), mais cette assertion n'est appuyée sur aucune 
preuve certaine. 

La doctrine des 'Aïssaoua procède de celle deDjazouli(i). 

Le plus grand nombre des musulmans réprouve les pra- 
tiques des 'Aïssa.oua qui consistent à dépecer des moutons 
vivants, à en manger la chair encore palpitante, à croquer 
des scorpions, à mâcher des feuilles de cactus, etc. 

Ces manifestations extérieures n'ont aux yeux des indi- 
gènes éclairés aucun caractère religieux et sont considérées 

(i) L'imam Abou-'AbdalIah Mohammed ben Abou-Beker Sliman Ej- 
Jazouli, auteur de l'ouvrage intitulé Datil El-Khirate, patron de l'ordre des 
Djazoulïa, branche des Chadelïa. 



LES DOUKKALA I IQ 

comme une hérésie. Mais les directeurs de l'Ordre n'ont 
aucun intérêt à les supprimer, car les scènes sauvages 
auxquelles se livrent les 'Aïssaoua, en public, frappent 
l'esprit des populations et assurent le recrutement des 
adeptes dans le peuple. 

A côté de cette plèbe de jongleurs existe dans la Confré^ 
rie une aristocratie de gens lettrés qui ne le cèdent en rien 
aux adeptes des autres Confréries par leur science, leur 
piété et la dignité de leur vie. 

Zaouïas de la région. — Il existe à Mazagan une zaouïa 
'aïssaouia qui a été fondée par Si El-Hadj Ahmed Lebbat. 

Le moqaddem actuel de cet établissement est Si M'ham- 
med Bel Madani qui a la gérance des habous de la zaouïa. 
Le nombre des « khouan » est d'environ 40. 

Azemmour. — La zaouïa d'Azemmour a pour moqaddem 
El-Hadj Brahim Driouche et pour nadir El-Hadj xM'Ham- 
med Djilali. 

En tribu, les 'Aïssaoua sont peu nombreux et n'ont ni 
moqaddem ni zaouïa. 

Moussem. — La fête des Aïssaoua a lieu au Mouloud. Ce 
jour-là, les adeptes se réunissent à Mazagan et à Azemmour 
et parcourent les rues en groupes portant des drapeaux de 
toutes couleurs et accompagnés de joueurs de « ghaïta (i) » 
et de tambours. De temps à autre, le groupe fait une station. 
Les adeptes forment une chaîne en se tenant par les mains. 
Au son des « ghaïta » et des tambours, les « khouan- » 
balancent leur corps en cadence. Bientôt, le rythme des 
tambours s'accélère et les « khouan » étourdis par la pro- 
jection réitérée de la tête en avant et en arrière, tombent 
souvent sur le sol dans un état cataleptique, ou bien, l'air 

(1) Ghaïta : sorte de hautbois. 



120 REGION DES DOUKKALA 

complètement égaré, se précipitent sur l'objet ou l'animal 
que leur présente le moqaddem, et, y mordent à pleines 
dents. 

Les *Aïssaoua viennent de tous les points du Maroc pour 
assister au moussem qui se célèbre à Meknès au tombeau 
du fondateur. 

Le Makhzen Central paraît voir d'un bon œil cette Con- 
frérie. A chaque Moussem, les *Aïssaoua de la ville où le 
Sultan a sa résidence, se rendent au Dar El-Makhzen et 
font une « hadra » (séance) en l'honneur de S. M. chéri- 
fienne qui leur fait distribuer des cadeaux en espèces. 

D'ailleurs, la Confrérie compte des adeptes dans le per- 
sonnel subalterne (domestiques, palefreniers, etc.) au ser- 
vice de S. M. le Sultan. 

Influence locale. — L'influence religieuse et politique des 
'Aïssaoua en Doukkala est très restreinte. Ils ne sont pas 
pris au sérieux par les gens éclairés. 



HAMADCHA (DJAZOULIA) 



La Confrérie des Hamadcha a été fondée par Sidi 'Ali 
Ben Hamdouch, personnage d'une piété exemplaire qui 
vivait au xi® siècle de l'Hégire et mourut à Meknès en l'an- 
née 1093 de l'ère musulmane. Il fut enterré au Zerhoun 
où son tombeau est l'objet de la vénération des fidèles. 

La doctrine du cheikh était « djazoulia ». 

La tradition rapporte que Sidi 'Ali Ben Hamdouch faisait 
du prosélytisme chez les gens du peuple et les artisans 
qu'il aurait voulu voir se soumettre aux pratiques de la 
religion. A cet effet, il recrutait des ouvriers et leur distri- 
buait quelques pièces de menue monnaie qui représentaient, 



LES DOUKKALA 121 



à l'époque, leur salaire, et ne leur demandait, en retour, 
que de faire les cinq prières journalières prescrites par le 
Koran. 

A sa mort, un de ses disciples, fou de douleur, se cognait, 
paraît-il, la tête contre les murs. De là viendrait, disent les 
indigènes, l'habitude des Hamadcha de se frapper la tète 
avec des hachettes, des bâtons et des pierres. 

Zaouias de la région. — Cette confrérie a une zaouïa à 
Mazagan qui a été fondée par El-Hadj Ahmed Ben Djilali. 
Le moqaddem actuel est El-IJadj-Sma'il. 

Cet établissement compte environ i5o adeptes. Une 
autre zaouïa existe à Azemmour et a pour moqaddem le 
m*allem Ahmed Sbeiti. La zaouïa possède quelques biens 
habous. Elle compte environ 200 adeptes. 

Influence locale. — Les Hamadcha ont encore moins 
d'influence que les 'Aïssaoua. Ils ne recrutent d'ailleurs 
leurs adeptes que dans la basse classe. Leurs exercices, qui 
consistent surtout à se taillader le cuir chevelu à coups de 
hachette et à recevoir sur la tête une pierre lancée en l'air, 
sont unanimement réprouvés par la masse des musulmans 
qui taxent franchement ces manifestations d'hérésie. 



RAHHALIA (CHADILIA) 



Les Rahhalia ne constituent pas à proprement parler une 
Confrérie. Les chefs de ce groupement se disent les des- 
cendants de Sidi Rahhal el-Boudali, originaire des Kouach 
('Abda). Sidi Rahhal et Moulay 'Abdallah ben Ahmed el- 
Ghvezouani étaient disciples de Si 'Abdelaziz Tebb'a. La 
tradition rapporte que les deux condisciples acquirent à 



122 . • REGION DES DOL'KKALA 

• 

Marrakech un renom de savoir et de sainteté, mais, soit ja- 
lousie réciproque, soit antipathie naturelle, ils ne purent 
vivre en bonne intelligence et Moulay 'Abdallah aurait 
déclaré à Sidi Rahhal que «deux serpents ne pouvaient 
vivre dans le même trou >>>. Sidi Rahhal quitta Marrakech et 
alla s'établir dans les Zemrane au pied des premiers contre- 
forts de l'Atlas. C'est là qu'il mourut. Une qobba fut édifiée 
sur son tombeau. 

Ses descendants vivent des offrandes déposées au tombeau 
de leur ancêtre. Leurs adeptes sont des jongleurs. Leur 
exercice favori, qui a le don d'étonner les foules, consiste 
à absorber de Teau bouillante. Souvent le jongleur se rem- 
plit la bouche d'eau chaude, puis, soufflant avec force, la 
répand en pluie sur les spectateurs qui sont étonnés de ne 
pas ressentir de brûlures et qui ne se rendent pas compte 
que l'eau chaude, pulvérisée, a eu le temps de se refroidir 
au contact de l'air. 

Les Oulad Sidi Rahhal sont, paraît-il, assez hospitaliers et 
beaucoup de voyageurs s'arrêtent volontiers au village de 
Sidi Rahhal. Il paraît que les femmes rahhaliates sont de 
mœurs faciles. Elles ne font d'ailleurs guère de difficultés 
à danser en public. 

L'influence des Rahhalia au point de vue religieux est 
nulle. Il est toutefois étonnant que jusqu'à présent aucun 
des descendants de Sidi Rahhal n'ait songé à créer une 
confrérie. 

' Ces bateleurs se contentent des revenus que leur assurent 
les offrandes déposées au tombeau de leur ancêtre. 

Lorsque l'année est mauvaise et que la générosité des 
pèlerins est moins grande, ils parcourent le Maroc et se 
livrent à leurs exercices sur les places publiques et les 
marchés. 



LES DOUKKALA 123 



MOUKHTARIINE (QADRrA) 



Cette confrérie est dérivée des Qadria. Son fondateur fut 
Moulay el-Mokhtar ben Ahmed el-Kounti, descendant de 
Sidi 'Oqba ben Nafé\ 

Il existe à Azemmour une zaouïa mokhtaria qui fut édi- 
fiée sous le règne du sultan Moulay 'Abderrahmane. Cette 
zaouïa eut pour premier moqaddem Si Ahmed el-Kabbadj, 
dit «Baba» qui était allé s'initier à Tombouctou en com- 
pagnie de son frère El-Hadj Tahar el-Kabbadj. Ce sont les 
Kabbadj qui ont enseigné à Azemmour la doctrine de 
Moulay Mokhtar à un certain nombre de lettrés dont le 
«fqih» Si Mohammed ben Dahhan, Si Bouch'aib ben el- 
Hadj et le «fqih» el Hajj-Qacem ben Metaten. 

La zaouïa compte une cinquantaine d'adeptes qui se 
réunissent tous les vendredis pour la prière en commun et 
assistent à la lecture des œuvres du fondateur. 

Le moqaddem actuel est el-Hadj el-Habibben Hadj Tahar 
qui est aussi nadir des habous de la zaouïa. 

Depuis la fin du règne de Moulay Hassan, aucun des des- 
cendants du fondateur n'estvenu en Doukkala. 

Les Moukhtariine n'ont pas de « moussem ». 

L'influence de cette secte est restreinte à la ville d'Azem- 
mour où ils sont assez considérés. Dans les tribus des 
Doukkala on compterait à peine une douzaine de «khouan» 
appartenante cette Confrérie. 






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B. — ZAOUÎAS INDÉPENDANTES ET FAMILLES 
MARABOUTIQUES 



En dehors des zaouïas dépendant de Confréries reli- 
gieuses, il existe des groupements formés par les descen- 
dants de personnages religieux (chorfa ou marabouts) qui 
vivent groupés dans le voisinage du tombeau d'un ancêtre 
vénéré. 

A côté du sanctuaire sont souvent édifiées une petite 
mosquée (qui.se réduit parfois à un simple oratoire) et une 
« méderça» (local destiné à l'enseignement). La zaouïa pos- 
sède quelquefois des biens habous dont les revenus sont 
destinés, en principe, à l'entretien du sanctuaire et des bâ- 
timents annexes. 

Le groupement maraboutique comprend aussi des «khod- 
dam», gens sans lien de parenté avec les membres delà 
zaouïa et qui sont souvent étrangers à la tribu. Ils sont 
sous la protection de l'établissement religieux auquel ils 
paient, en retour, des prestations en nature et des contri- 
butions en espèces. 

Ces groupements religieux (chérifiens ou maraboutiques) 
sont sous l'autorité directe duSultan qui en reconnaît l'exis- 
tence par l'octroi d'un « dahir(i) ». 

Les membres de la zaouïa et les « khoddam » étaient en 
général «meharir », c'est-à-dire « exonérés » de la cons- 
cription militaire et du paiement de l'impôt. Le «naqib» ou 

(i) Dâhir, pi. daouahir : acte, décision portant le sceau du Sultan. 



126 RÉGION DES DOUK.KALA 

« mezouar » chef de la zaouïa, percevait l'impôt koranique 
et le distribuait aux nécessiteux. De sorte que la zaouïa 
constituait un petit groupement indépendant ne relevant 
que de l'autorité directe du sultan. Les litiges de peu d'im- 
portance étaient réglés par le «naqib» entre les membres 
de la zaouïa. Les différends plus graves étaienttranchés par 
le Makhzen qui entretenait une correspondance suivie avec 
les chefs de ces établissements. 

Le Sultan Moulay El-llassan tenta d'apporter une modi- 
tication dans cette organisation. Il chargea en Doukkala 
l'amin du Makhzen, Sid Ahmed ben Derqaoui, de percevoir 
sur les zaouTas l'impôt revenant au Makhzen. Cette tentative 
ne donna aucun résultat pratique et le Sultan, devant les 
récriminations des zaouïas, abandonna le projet du contrôle 
fiscal par les « ùmana (i) ». 

Il y a lieu, toutefois, de faire une distinction entre les 
zaouïas de chorfa et les zaouïas simplement maraboutiques. 
Les premières, dirigées par un « mezouar », avaient des 
privilèges plus étendus et ne relevaient réellement que de 
l'autorité du Sultan. 

Les zaouïas de la seconde catégorie entretenaient des 
rapports directs avec le Makhzen, mais n'étaient pas affran- 
chies de l'autorité des chefs indigènes. Quant à l'étendue 
de leurs pt-ivilèges, elle variait suivant la notoriété du grou- 
peçient et les nécessités politiques de l'époque. 

C'était une des raisons pour lesquelles les groupes mara- 
boutiques tendaient à se réclamer d'une origine chérifienne. 

Ci-joint, à titre documentaire, la traduction d'un dahir 
d' « ihtiram (2) » délivré par le Sultan Moulay El-Hassan 
aux chorfa Et-Tahiriine en l'année 1291 de l'hégire (1874 
de notre ère) (3). 

(1) Aniin, pi. umana : homme intègre, au Maroc, agent du fisc ou chef de 
corporation. 

(2) Ihtiram : vénération, respect. 

(3) Voir plus loin, p. iSj. 



LES DOUKKALA 



27 



Depuis l'instauration du Protectorat, ces privilèges maté- 
riels ont disparu par l'application du principe de la généra- 
lité de rimpôt. Toutefois, les zaouïas conservent avec soin 
et font renouveler leurs dahirs « d'ihtiram » qui enjoignent 
à tous les fonctionnaires et serviteurs de S. M. de respecter 
et d'honorer les détenteurs de ces lettres chérifiennes. 

Il n'existe pas à Mazagan de zaouïa maraboutique ou 
chérifienne. 

Dans les Doukkala, il existe plusieurs zaouïas impor- 
tantes parmi lesquelles il convient de mentionner en pre- 
mier lieu celles des Qouaçem. 



QOUAÇEM 



Les Qouaçem constituent une famille maraboutique qui 
se prétend d'origine chéritienne. En réalité, l'ancêtre connu 
auquel les Qouaçem font remonter leur généalogie est Sidi 
Qacem, qui vivait à Aguergoun dans les Ouzguita (tribu 
située au sud de Marrakech) et qui mourut dans le Draa où 
il fut enterré à proximité du tombeau de Sidi Ahmed ben 
Nacer. 

Sidi Qacem eut un fils appelé 'Ali, né à Bou Heman dans 
les Doukkala. Sidi 'Ali eut quatre fils : 

f* Sidi'Otman, dont les descendants habitent à Ouarar 
et Kridid, dans la tribu des Béni Helal (Doukkala). A 
Ouarar se trouvent trois «qobbas » qui abritent les tombes 
de Sidi Sa'id, Sidi Ahmed ben Cherifa et de Sidi Otman. 
La zaouïa de Ouarar compte environ 160 membres. Elle 
comporte une petite mosquée et une école coranique; 

2" Sidi Boubeker, dont la famille a des représentants aux 
Oulad Chebane, à la limite des 'Abda et des Doukkala, sur 



128 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

la route de Safi. La zaouïa des Oulad Sidi Boubeker com- 
porte une qobba, celle de Sidi Sm'ain, dit Bou Cherbil, un 
oratoire et une petite mederça où l'on enseigne le Koran. 
Les membres de ce groupement sont au nombre de i5o 
environ et ont comme « khoddam » les Fera'na et les Oulad 
Ahsine ; 

3*» Sidi M'hammed, dont le tombeau est à la zaouïa de 
Sidi Sm'ain, au 5o° kilomètre de la route de Mazagan à 
Marrakech. A Sidi Sm'ain se trouvent les qobbas de : 

i" Sidi Sm'ain ben Seyed ben M'hammed ; 

2<* Sidi bou *Abdelli ould Sidi Sma'in ; 

3*^ Sidi Ahmed El-Moudjahid ould Sidi bou 'Abdelli. 

Il existe à Sidi Sm'ain une mosquée et une petite école 
coranique. Le nombre des Qouacem de ce groupement est 
d'environ 200; 

4'' Sidi Brahim, dont les descendants ont formé une 
zaouïa dans les Oulad Fredj (Doukkala),au lieu dit « Mou- 
lay Tahar El-Qasmi ». Cette zaouïa comporte une qobba 
(celle de Sidi Brahim), une chapelle et une petite mederça. 
Elle compte environ 200 membres et a comme « khoddam» 
les Bezaoua, les Moualda, les El-Bayate et les Krifate. Non 
loin de la zaouïa se trouvent deux « qobbas » qui abritent 
les tombeaux de Sidi Sa'id ben Mohammed et Sidi M'ham- 
med ben Brahim, tous deux des Qouacem. 

Le pacha de Mazagan, Si 'Allai El-Qasmi, fait partie de 
la troisième branche des Qouacem des Doukkala, dont il 
est le chef. Les Qouacem relèvent d'ailleurs du commande- 
ment de ce chef indigène. 

Cette situation n'est pas sans soulever des difficultés au 
point de vue administratif. Toutefois, les inconvénients qui 
résultent de l'existence de petits groupes indépendants dans le 
commandement des autres caïds, n'ont pas nécessité jusqu'à 
présent la suppression de cette anomalie administrative. 

Les Qouacem sont en général affiliés à la Confrérie des 
Naciria. 



LES DOUKKALA I 29 



ZAOUIET SAIS 



La zaouïa de Saïs se trouve dans les Oulad Mess'àoud, 
fraction des Oulad bou 'Aziz. Elle a été fondée sous le règne 
du Sultan Moulay Ismaïl, par Moulay Sma'in ben 'Abdes- 
selam ben S'aid et son frère Sidi Sma'in. Moulay 'Abdesse- 
lam habitait à Tameslouht, au sud de Marrakech. Il était 
aveugle. Il vint dans les Doukkala avec ses deux fils, Mou- 
lay Sa'id et Sidi Sma'in, les installa à l'endroit où est édifiée 
la zaouïa et retourna à Tameslouht. 

Moulay Sa'id, dit Bou 'O^man, eut deux enfants mâles : 
Moulay Idriss et Sidi.'Abdesselam. 

Son frère Sidi Sma'in eut six enfants. 

Moulay Tahar, caïd des Oulad Bou'Aziz du sud, est un 
des descendants de Sidi Sma'in. 

Les descendants de Moulay 'Abdesselam ont formé trois 
groupes ou zaouïas : 

1° Ez-Zaouïa El-Fouqania, des Oulad Sa'id bou 'O^man ; 

2"" Ez-Zaouïa El-Ouastania, dite de Sidi ^Mohammed ben 
Ahsine, fondée par cinq des fils de Moulay Sma'in. La 
zaouïa comprend une mederça où Ton enseigne le Koran 
avec ses commentaires ; 

y Ez-Zaouïa El-Tahtania, dite des Oulad Sma'in, fondée 
par un des six enfants de Moulay Sma'in. 

L'ensemble de ces établissements est connu sous le nom 
de Zaouïet Saïs, dont le « naqib » est actuellement le caïd 
Moulay Tahar Saïssi. 

Les habous de la zaouïa sont inscrits sur les registres du 
« nadir » de Mazagan. 

Les Ahel Saïs n'ont pas d' « ouerd », mais ils suivent 

VILLES ET TRIBUS. — X, 9 



l30 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

théoriquement la « tariqa » meslouhïa (de Tameslouht) (i) 
et qui est d'origine « chadlia ». 

Les membres de la zaouïa se prétendent « chorfa ». Cette 
prétention n'est basée sur aucun fait sérieux. Ce qui est 
certain, c'est que les Ahel Saïs constituent une branche des 
« Amgharïne » d'origine çenhadja qui étaient installés à 
Tit, près de Mazagan, et à Moulay Bouch^aib d'Azemmour. 

La zaouïa de Saïs a des « khoddam » en Doukkala et en 
'Abda. 

En 'Abda : Tamra et Oulad Zid. 

En Doukkala : i" Les Oulad Msellem, les Guedihate et 
les Mouarit, ces derniers appartenant à la tribu des Oulad 
Bou Zerrara ; 

2*» Les Menagra et les Oulad Rebi' des Oulad 'Amor ; 

3<> Les 'Abada et les Oulad Sidi 'Ali ben Ghanem (des 
Oulad Bou 'Aziz). 

Zaouïa des Qadamra. — A quelques kilomètres à l'ouest 
de Zaouïet Saïs se trouve la zaouïa des Qadamra dont le 
fondateur, Sidi 'Amor el-Qadmiri, fut enterré en Chaouïa 
chez les Ziaïda (xii« siècle de l'Hégire). Les membres de ce 
groupe maraboutique sont au nombre d'une vingtaine. Ils 
n'ont ni méderça, ni « khoddam ». 

Zaouïa de Sidi El-Guezzouli. — Cette zaouïa se trouve à 
4 km. au sud de Zaouïet Saïs. Elle fut fondée par Moulay 
'Abdallah ben Sassi, enterré à Tinifrit au sud de Marra- 
kech. Ce groupement comprend quelques familles qui ont 
pour « khoddam » les Marrakchine des Oulad Douib. 

Zaouïa de Sidi 'Abdallah ben Mess'aoud. — Cet établisse- 
ment est situé entre Zaouïet Saïs et Sidi Sm'ain. Les 
membres de ce groupement sont environ quatre-vingts. Ils 

(i) Tameslouht : zaouïa située à une quinzaine de km. au S.-O. de Mar- 
rakech . 



LES DOURKALA l3l 

se prétendent chorfa issus de Sidi Yahia ben Driss. La 
zaouïa comprend une qobba, une djama\ On y enseigne le 
« tiqh(i) » et la grammaire. L'enseignement est dirigé 
par le Fqih Sidi Ahmed ben 'Abdallah, qui est un savant. 

Zaouïa de Sidi Mohammed ben Taibi. — Cette zaouïa est 
située à quelques kilomètres au nord-est de Zaouïet Saïs. 
Les membres de la zaouïa sont une vingtaine. Ils descendent 
de Sidi Aless'aoud ben Ahsine. Ce sont moins des mara- 
bouts que des jongleurs qui parcourent le pays et donnent 
des séances de chant et de récitation en s'accompagnant du 
tambourin et de la flûte. 

Zaouïa de Sidi Ghanem. — La zaouïa de Sidi Ghanem, 
qui se trouve à une quinzaine de kilomètres au nord de 
Zaouïet Saïs, a été fondée par Sidi Ghanem ben Ahmed 
(première moitié du xii*^ siècle de l'hégire), dit Bou Qobrine 
(l'homme aux deux tombeaux). 

Cette zaouïa, plus ancienne que Zaouïet Saïs, comprend 
actuellement 70 membres. On y enseigne le Koran, la 
zaouïa a pour « khoddam » les I.Iiaïna, les Oulad Naceur et 
les Qaçaibate. Les Ahel Sidi Ghanem n'ont pasd' « ouerd» 
particulier. Ils sont presque tous affiliés à la « tariqa » 
derqaouïa. La seule particularité à signaler est que les gens 
de Sidi Ghanem sont sujets à des manifestations épilep- 
tiques. 

Zaouïa de Sidi Brahim ben Heial ed-Doukkali. — Cette 
zaouïa a été fondée par Sidi Brahim ben Helal au vi*" siècle 
de l'hégire. Elle a 7 à 8 « hofdane», d'ailleurs étrangers à la 
famille du fondateur. 

Zaouïa de Sidi Ahmed ben Mbarek. — A été fondée par 
Sidi Ahmed ben Mbarek, fils de Sidi 'Abderrahman el- 

(i) Fiqh ; droit, jurisprudence. 



l32 RÉGION DES DOUKKALA 

Khamboubi er-Regragui, originaire du Sous. Ses descen- 
dants se prétendent « chorfa » Semlala. 

Cette zaouïa ne comprend qu'une quinzaine de membres 
appartenant à la famille du fondateur. Elle a des khoddam 
chez lesOulad Ahsine, les Oulad Douib et les Hechalfa. 

Zaoula de Sidi 'Abdallah ben Youssef. — Cette zaouïa est 
située dans les Oulad Ghanem (Oulad Zina). Elle ne com- 
prend que quelques « hofdane » étrangers à la famille de 
Sidi 'Abdallah qui descendait de Moulay *Abdesselam ben 
Mechiche. Le tombeau de Sidi 'Abdallah passe pour avoir 
la vertu de guérir les fous et les« possédés». 

Zaouïa des Hansala. — Les Hansala ont deux zaouïas 
dans les Oulad 'Aïssa, Ce sont les descendants du cheikh 
Youssef Ahansal et du cheikh Sa'id Ahansal (fin du xi" siècle 
et commencement du xii® siècle de l'hégire). Le tombeau 
de Sa'id Ahansal est à Marrakech. Leurs descendants en 
Doukkala, au nombre d'une vingtaine, prétendent être 
chorfa. Ils constituent une branche de la grande zaouïa 
hansalia qui se trouve au sud de l'Atlas. 

Zaouïa des Oulad ben Iffou. — La zaouïa des Oulad ben 
ïffou se trouve à la limite de la tribu des Oulad 'Amor et 
des 'Abda. Les Oulad ben Iffou sont les descendants de 
Sidi 'Abdelaziz ben Iffou et de son frère Sidi 'Ali, origi- 
naires du Haouz, tribu des Ourika. 

La zaouïa comprend actuellement les « qobbas » des 
deux fondateurs, une petite chapelle et une méderça où l'on 
enseigne le Koran. 

Sidi *Abdelaziz, dit la tradition, avait le pouvoir de gué- 
rir diverses maladies, dont les maladies mentales. Actuel- 
lement il existe à la zaouïa de petites cellules qui servent à 
loger les malades. Elles sont presque toujours occupées. Les 
personnages notables de cette famille sont actuellement : le 



LES DOUKKALA I 33 

Fqih Sidi Ahmed ben Kerroum, qui est un moqaddem du 
groupe, et Si Mohammed Ould Baghli. 

Les Oulad ben Iffou forment quatre groupes : 

1° Les gens de la zaouïa, qui sont au nombre de 120 en- 
viron y compris les « khoddam » étrangers ; 

2** Les Ahel Timgret, dits Oulad Sidi 'Abdelaziz, qui 
forment un douar d'une quarantaine de tentes ; 

3° Les Dehahja et les Tiour, qui comptent 140 tentes ; 

4'^ Les Oulad Sidi *Ali Moualine El-Koudia, qui forment 
quatre douars à quelques kilomètres de Souq El-Tnine de 
Gharbia, et qui comptent environ 200 tentes. 

Ces quatre groupes sont installés dans la tribu des Oulad 
*Amor Gharbia, à quelques kilornètres les uns des autres. 
La plupart des Oulad ben Iffou sontaffiliés aux Derqaoua. 

Zaou2a de Sidi Ahmed ben Rahhal. — Cette zaouïa se 
trouve dans les Oulad Sbeita, à 6 km. environ à Test des 
ruines d'El-Gharbia. Elle a été fondée par Sidi Ahmed ben 
Rahhal, originaire du Sous. La zaouïa comprend une petite 
mosquée et une méderça où l'on enseigne le Koran. Elle 
n'a pas de « khoddam ». A quelque distance au nord se 
trouve la qobba de Sidi 'Ali ben Rahhal. Ce groupe com- 
prend une trentaine de membres affiliés aux Derqaoua et 
a comme chef Sidi L'arbi Rahhali, moqaddem derqaoui, 
qui habite dans les Oulad Ghanem. Cette zaouïa n'est pas 
d'origine chérifienne. 

Zaouïa de Sidi Bel-'Abbas ben A'mor. — Cette zaouïa se 
trouve dans les Oulad Fredj. Elle a été fondée par Sidi Bel- 
*Abbas, savant réputé qui avait réuni autour de lui un grand 
nombre de disciples venus de tous les points du Maroc. 
Sidi Bel-'Abbas a été pendant une partie de sa vie cadi de 
tous les Doukkala. 11 était chérif des Oulad Bou Seba*(Idris- 
sites). Il est mort sous le règne de Moulay 'Abderrahman. 



l34 RÉGION DES DOUKKALA 

ZaouTa des Oulad Djerrar. — Les Oulad Djerrar ont une 
zaouïa dans la tribu des Oulad *Amrane. Ils se prétendent 
chorfa. Ils sont originaires de la tribu des Oulad Djerrar 
dans le Sous. 

Zaouïa des Béni Deghough. — Les Béni Deghough, qui 
constituaient une puissante tribu berbère, ont fourni plu- 
sieurs personnages éminents par leur savoir ou leur piété. 
Il forment aujourd'hui un petit groupe maraboutique qui 
habite à la zaouïa des Béni Deghough, près du M'tal. Ils ne 
sont pas d'origine chérifienne. 

Zaouïa des Cherqaoua. — Les Cherqaouaont deux petites 
zaouïas, l'une située dans les Oulad Fredj, l'autre dans les 
Haouzia. Ce sont les descendants de SidiMhammed Charqi, 
dont le tombeau est à Bou Dja'd (Tadla). 

Zaouïa des Berqaoua. — Les Berqaoua forment un petit 
groupe maraboutique dans les Oulad Fredj. Ils descendent 
d'un saint personnage, dit Sidi el-Barka, disciple de Sidi 
Mhammed Cherqi (de Bou Dja'd). 

Zaouïa des M'achate. — Les M'achate ont quatre zaouïas 
dans les Oulad Bou 'Aziz. 

L'une d'elles est située chez les Oulad Zalim ; une autre 
se trouve à la limite des Oulad Bou 'Aziz et des Oulad P>edj ; 
une troisième est édifiée chez les Oulad Hassoun (Oulad 
Douib) et la quatrième aux Meharcha (Oulad Douib). 

Ces quatre groupes maraboutiques descendent du cheikh 
Abou El-Hassan 'Ali Am'achou, décédé à la fin du ii« siècle 
de l'hégire, et dont le tombeau se trouve dans les Chiadma 
de Mogador. 

Les M'achate se prétendent « chorfa » des Oulad Bou 
Seba\ Il est établi qu'ils sont Regraga d'origine. 



LES DOUKKALA l35 

Chorfa de Bou Sedra. — Il existe dans la tribu des 
Haouzia d'Azemmour (fraction des Kramcha) un groupe 
de « chorfa » dits de Bou Sedra, descendants de Moulay 
"Abdesselam Ben Mechiche. Ces chorfa détiennent des 
dahirs chérifîens établissant leur descendance. Le groupe 
de Bou Sedra a pour ancêtre Sidi Ahmed Ben Brahim qui, 
sur les conseils de son cheikh Lahsen Ben Brahim, était 
venu de Marrakech s'installer à proximité de l'oued Oum 
Er-Rebi\ auprès d'une agglomération qui portait le nom 
de Mesguilda. La zaouïa de Bou Sedra comprend actuelle- 
ment une mosquée, une petite méderça où l'on n'enseigne 
plus aujourd'hui que le Koran. 

Dans le voisinage de la zaouïa existe une source réputée 
pour la pureté de son eau. 

Les chorfa de Bou Sedra s'allièrent avec les gens du 
pays, les Kramcha; ceux-ci formèrent à leur contact 
une famille maraboutique qui constitue aujourd'hui une 
fraction de la tribu des Haouzia (i). 

Chorfa d'El Guern. — Les chorfa d'El Guern forment 
une petite zaouïa dans les Haouzia. Leur origine chéri- 
fîenne n'est pas contestable (2). 

Zaouïa de Sidi Ahmed Tounsi. — La zaouïa de Sidi Ahmed 
Tounsi se trouve dans la tribu des 'Aounate. Elle a été 
fondée en 1284, sous le règne de Moulay Sma'il par Si 
Tounsi Ben M'bark, originaire de la tribu des Oulad Bes- 
Seb'a (fraction des Oulad Mbarek). 

Sidi Ahmed Tounsi était un « telmid » (disciple) d'Ahan- 
sal. Il était venu s'installer dans la tribu des 'Aounate 
comme « mouderris » (professeur) et y avait ouvert une 
école. 

Ses descendants prétendent que le Sultan Moulay Sma*il 

>(i) et (2) Voir dans le tome suivant : Azemmour et sa banlieue. 



i36 



REGION DES DOUKKALA 



ayant appris que leur ancêtre se distinguait par sa piété, sa 
vertu et son enseignement, lui aurait confié l'éducation de 
plusieurs de ses enfants et aurait fait édifier à la zaouïa 
quelques constructions dont il resterait encore des vestiges. 

La famille de Sidi Ahmed Tounsi se prétend, contre 
toute vraisemblance, d'origine chérifienne. 

Les descendants de Sidi Ahmed Tounsi prétendent que 
leur ancêtre avait confié à sa mère un bâton à l'aide duquel 
elle écartait un lion qui venait s'abreuver à la source où 
elle puisait de l'eau. 

On attribue au tombeau de Sidi Ahmed la vertu de guérir 
ou soulager les déments. Ses descendants rédigent des 
amulettes pour conjurer les sorts ou guérir de certaines 
maladies. 

A vrai dire, cette zaouïa n'a jamais exercé d'influence 
dans la région. Tout au plus servait-elle d'asile aux familles 
des caïds qui, après la destitution du chef, étaient obligées 
de chercher un refuge temporaire. 

Sidi Ahmed Tounsi, chef actuel de la zaouïa, a été nommé 
caïd de la tribu des 'Aounate en 19 12. De santé médiocre 
et de caractère indolent, il ne jouit pas d'une grande auto- 
rité sur ses administrés. 

Le caïd Tounsi détient divers « dahirs » qui déclarent la 
zaouïa « meharera », c'est-à-dire indépendante des chefs 
indigènes et placée sous la protection du Makhzen. 

Il existe à la zaouïa une petite bibliothèque dont une 
partie serait constituée par les livres laissés par le fonda- 
teur. 



TRADUCTION 



LOUANGE A DIEU ! 



{Copie (Vun dahir chérijîen revêtu du grand sceau de 
Sa Majesté Chérifienne le Sultan Moulay El-Hassan^ 
que Dieu le garde.) 

« Louange à Dieu l'Unique. Que le salut du Seigneur 
ainsi que Ses bénédictions soient répandus sur notre Pro- 
phète Mohammed. Amen. 

Objet du dahir. " 

« Nous, Kl-Hassan Ben Mohammed, par la grâce de 
Dieu et la protection du Prophète, puisse Dieu en illustrer 
le nom, déclarons par le présent dahir (que Dieu le bénisse) 
ce qui suit : 

« Par la volonté et la puissance de Dieu, nous renouvelons 
par le présent dahir à nos cousins les chorfa Ej-Joutiine 
de Hammam Ej-Jedid, résidant tous à Mekinez et à Fez, 
les privilèges qu'ils tiennent d'un dahir antérieur émanant 
de notre feu père (que son nom soit sacré, que Dieu purifie 
son âme). 

« Conformément aux précédents dahirs qui furent remis 
par les chorfa nos illustres aïeuls (que leur âme soit sacrée 
dans le royaume du Seigneur), nous remettons le présent 



-l38 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

dahir aux intéressés ci-dessus dénommés pour faire valoir 
leurs droits au titre de chorfa. 

« Nous reconnaissons en outre que les bénéficiaires sont 
bien de notre généalogie et de notre descendance et sont 
par le présent autorisés à faire valoir leurs droits. 

« Conformément aux coutumes et traditions de nos pré- 
décesseurs, nous donnons entière liberté aux bénéficiaires 
du présent de distribuer l'aumône légale qui consiste en 
« 'achour » (impôt sur les céréales) et « zakat » (impôt sur 
les animaux), etc., aux personnes qu'ils jugeraient être 
dans la nécessité et l'indigence sans qu'aucune opposition 
puisse être faite au sujet de la répartition de cette aumône. 

« Nous invitons tous nos fidèles serviteurs fonctionnaires 
de Notre empire et leur donnons l'ordre formel de se con- 
iformer rigoureusement aux dispositions du présent dahir 
et d'en respecter strictement la teneur. 

« Ecrit le 8 rajab, année 1291. » 



C. — TOMBEAUX ET SANCTUAIRES 



Le nombre des sanctuaires (siyed, qobba, haouch, 
:m'zara (i), etc.) qui existent dans la circonscription 
des Doukkala est de plusieurs centaines. L'origine de la 
plupart des personnages à la mémoire de qui ils ont été 
élevés est inconnue. La date de leur mort est ignorée. 
Souvent aussi leur véritable nom est oublié et remplacé 
par un surnom: 

Sidi Bou 'Atrous, l'homme au bouc; 

Sidi iMoul El-Haouli, l'homme au mouton; 

Sidi Bou Qnadel, l'homme aux lampes. 

Il ne peut être question ici de chercher à identifier 
tous ces santons oubliés et de rétablir leur biographie. 

Ce chapitre n'est guère que Ténumération d'une partie 
des sanctuaires des Doukkala. Pour certains d'entre eux, 
il a été possible de recueillir auprès des indigènes quel- 
ques renseignements qui ne doivent pas être considérés 
comme toujours exacts, car les «fqih» consultés ont une 
tendance à suppléer par l'imagination à leur défaut de 
documentation. 

La plupart des sanctuaires importants sont placés sous 



(i) « Siyed » : maître, seigneur, dans le sens de saint personnage. 

« Qobba » : coupole qui abrite un tombeau. 

« Haouch » : mureite, haie qui entoure un tombeau. 

•.« M zara » : lieu de pèlerinage. 



140 REGION DES DOUKKALA 

la garde de surveillants (hofdane) qui veillent à leur en- 
tretien et recueillent les offrandes des visiteurs. 

Les sanctuaires sont des «horoum» (lieux d'asile) où 
peuvent se réfugier les malfaiteurs et même les criminels. 
En principe, les «horoum» sont inviolables et les sultans 
eux-mêmes étaient tenus de les respecter. On ne cite guère 
de dérogations à cette règle. 

Cependant, quand le Makhzen veut se saisir d'un mal- 
faiteur réfugié dans un lieu d'asile, il donne des ordres 
aux « hofdane» du sanctuaire qui essaient de persuader le 
réfugié de sortir du «horm(i) ». Si les surveillants ne 
réussissent pas par la persuasion, ils s'efforcent d'effrayer 
le criminel en lui faisant entrevoir que des mesures de re- 
présailles seront prises contre sa famille. Enfin, si le réfugié 
résiste à ces arguments, on ne lui donne que les aliments 
strictement nécessaires à son alimentation et on l'empêche 
de communiquer avec qui que ce soit. 

Il est rare que cette «mise au secret» reste sans effet. 
Privé de nouvelles de sa famille, le réfugié tente de s'enfuir. 
Une surveillance incessante étant exercée sur lui, il ne 
manque pas d'être pris dès sa sortie du «horm». 

Lorsque le sultan veut faire sortir d'un « horm » un 
réfugié, il lui envoie son propre chapelet et le livre dit 
«Dalil el-Khirat», car la personne munie de ces deux 
objets est inviolable. 

Les gens qui se réfugient au sanctuaire deMoulay Idriss, 
à Fez, peuvent en sortir munis de la planchette à écrire 
(louha) qui appartenait, paraît-il, à Moulay Idriss. 

Les indigènes se défèrent souvent le serment dans un 
sanctuaire. Dans les Doukkala, c'est au tombeau de Moulay 
*Abdallah que le serment solennel est prêté. Les «hof- 
dane (2) » délivrent d'ailleurs à la partie à qui le serment 
est déféré un acte constatant que cette formalité a été 

(i) yorm, pi. horoum: endroit sacré, par ext. lieu d'asile. 
(2) yafed, pi. hofdane : gardien, surveillant. 



LES DOUKKALA 



remplie. La tradition rapporte qu'il advient que l'auteur 
d'un faux serment est puni dans l'année, par la privation 
delà vue. Les gens de bonne condition préfèrent perdre 
un procès, subir une sanction, plutôt que de se libérer 
d'une accusation par un faux serment. 



SANCTUAIRES SITUÉS DANS LES QOUACEM, 
COMMANDEMENT DU PACHA SI ALLAL BEN BRAHIM 

QASMI 



Les sanctuaires les plus importants sont ceux de: 

Sidi Sa'id ben Mhammed ben 'Ali Qasmi, qui joua un 
rôle important dans la guerre contre les Portugais à Ma- 
zagan en l'année io33 de l'Hégire. C'était un savant. Il 
appartenait à l'Ordre (Confrérie) des Djazoulia (Qobba)(i). 

Sidi Mohammed ben 'Ali ben Otman Qasmi, décédé en 
1141 de l'Hégire. Il appartenait à l'Ordre des Djazoulia 
(Qobba). 

Sidi Mohammed el-Ou'adoudi Qasmi, décédé en 1262 
(Haouch). 

Seyida Reqyia el-Qasmyia (Haouch). 

Moulay 'Ali, Chérif Idrissi, jouit dans le pays d'une 
grande vénération (Nouala, chaumière). 

Sidi 'Abd el-'Ali Senhadji, ben Ahmed ben 'Ali, décédé 
en l'année 1019 (Nouala). 

Si 'Ali bel-Khiath, étranger au pays, décédé en 1273 de 
THégire (Haouch). 

SidiSma'il bou Sedj'a Qasmi, fondateur de la zaouïa de 

(i) Voir note au début du chapitre. La mention de chaque sanctuaire sera 
suivie d'un des mots : qobba, haouch, nouala, suivant que la tombe est 
abritée par une coupole, entourée d'une murette ou d'une haie ou protégée 
par une hutte, une chaumière. 



I4> REGION DES DOUKKALA 

• 

Sidi Sma'il, a été l'élève du cheikh M'hammed ben Nacer 
Dra*i. Était très savant, très pieux et guerrier. Décédé eni 
l'année 1094 de l'Hégire (Qobba). 

Sidi ben 'Abdallah, fils de Sidi Sma'il, plus connu sous 
le nom de Bou 'Abdelli, décédé en 1127 de l'Hégire 
(Qobba). 

Sidi Brahim ben Ahmed Qasmi, décédé en 1278 de l'Hé- 
gire (Qobba). 

Sidi *Abd er-Rahman Bouzeid, plus connu sous le nom 
de Bouzeid. On prétend qu'il descend des Béni Amgharj 
Décédé en 1 155 de l'Hégire (Qobba). 

Sidi Sma'il ben 'Ali el-Qasmi, décédé en l'année i2i3 de 
l'Hégire (Qobba). 

Sidib ou Quenadel. Était un des plus riches de son temps. 
Décédé en l'année io54 de l'Hégire (Haouch). 

Seyida 'Aïcha Bent Bou-Beker Doukkalia, fille de Sidi 
Sma'il, fondateur de la zaouïa du même nom, décédée 
environ quatre ans après son père (Haouch). 

Sidi Mliammed Soussi, plus connu sous le nom de 
Moulay ech-Chou. Originaire des Béni Maguer Doukkala, 
décédé en l'année 1122 de l'Hégire (Haouch). 

Sidi *Ali ben 'Abdallah Qasmi, *savant, homme de bien, 
pieux, vivait au xiii® siècle de l'Hégire (Uaouch). 

Sidi Zali ben 'Abd er-Rahman, plus connu sous le nom 
de Qadhi Hadja. D origine berbère, Regraga, décédé en 
l'année 714 (Haouch). 

Si Bou'alem ben 'Abd er-Rahman. On prétend qu'il est 
chérif sba'ï, mais la chose n'est pas certaine. Décédé en 
l'année 1 184 de l'Hégire (Qobba). 

Si 'Abd er-Rahman ben 'Ali Sanhadji, originaire des 
Berbères Sanhadja. Était très savant. Décédé en Tannée 948 
de l'Hégire (Qobba). 

Sidi Tahar ben Driss ben 'Amer. Chérif Idrissi, plus 
connu sous le nom de « Serakh », décédé en l'année 725 de 
l'Hégire (Haouch). 



LES DOUKKALA 143'- 

Sidi Mohammed el-Fehal ben Mohammed ben Yahia 
Doukkali el-Mouchtermain, originaire du Sous, décédé en 
l'année ii38 de l'Hégire (Qobba). 

Sid Mohammed ben 'Azzouz el-Bahbouhi, pieux érudit, 
décédé en l'année 1228 de l'Hégire (Qobba). 

Sid ^Abdallah ben el-Faria, savant illustre, ^très pieux 
(Haouch). 

Sid 'Abd ej-Djelil ben Mimoun, plus connu sous le nom 
de Regragui, originaire des Berbères Ahzeadja, décédé en 
536 de l'Hégire (Haouch). 

Sid 'Ali ben Hamida, chérif idrissi, décédé eji 1208 de 
l'Hégire (Qobba). 

Sid bou Qandil Regragui, dont le nom véritable est 
Ahmed ben 'Abderrahman, décédé en l'année 633 de l'Hé- 
gire (Haouch). 

Sid Mohammed Moulay ed-Dra"i Regragui, fils de Yahia 
ben *Ali^ décédé en 844 de l'Hégire (Haouch). 

Sid Gha'ib ben 'Abdallah er-Regragui. Décédé en l'année 
422 de l'Hégire (Haouch). 

Sid Mohammed el-LaVabi, originaire de la tribu arabe 
des Béni Djaber. On prétend qu'il est fils de Si Cha'ib ben 
'Abdallah. Décédé en l'année 1142 de l'Hégire. 

Sid'Abdelmalek er-Regragui. Était le compagnon de Mou- 
lay Bou'azza, décédé en l'année 58o de l'Hégire (Haouch). 

Sid Mohammed ben 'Ali el-'Attioui. Professeur de Koran. 
Décédé en l'année 11 84 de l'Hégire (Haouch). 

Sid'Abdallah el-Kamel. Connu dans le peuple sous le 
nom de ben R'Kamel. A assiégé les Portugais dans leur cita- 
delle de Mazagan. Décédé en l'année 926 de l'Hégire (Qobba). 

Sid Messa'oud el-xMaghari, savant érudit dont l'origine 
remonte au cheikh Youssef ben Cheikh Amghar. Décédé 
en l'année 864 de l'Hégire (Qobba). 

Sidi 'AliChetouan-es-Sabih, originaire d'Algérie. Les gens 
se rendent en pèlerinage à son tombeau pour lui demander 
de faire pleuvoir. Décédé en l'année 715 (Haouch). 



1^4 REGIONS DE DOUKKALA 

• 

Sid bou Haddou, originaire des Arabes Houzil de la ré- 
gion des 'Abda. Vivait au xii" siècle (Qobba). 

Sid Cha'ib ben Ahmed ben 'Abdelqader Sanhadji, des- 
cendant du cheikh Moulay Bouch'aib enterré à Azemmour. 
Érudit, soufi, écrivain. Décédé en l'année 700 de l'Hégire 
(Haouch). 

Sid el Baïn Regragui, dont le nom véritable est *Ali ben 
'Abdallah, adepte de Sidi 'Ali en-Nour. Décédé en Tannée 
544 de l'Hégire (Haouch). 

Sid Salah, de la tribu arabe d'Ourdigha. Vivait au 
XI® siècle de l'Hégire (Haouch). 

Fequih Sid Mohammed ben 'Abdelqader Fardji el-tlam- 
dani, fut cadi sous le règne du Sultan Moulay Hassan. 
Était d'une grande piété et très instruit (Haouch). 

Sid Tahar ben/Ali Qasmi. Était une des plus étonnantes 
créatures de Dieu en fait de bien, de piété, de droiture. H 
appartient à la fin du xni^ siècle (Qobba). 

Sid Ahmed bed Khadra Qasmi (Haouch). 

(Tous ces saints Qouacem sont du xii« siècle de l'Hégire. 
Ils sont apparentés aux Béni Amghar, descendants de 'Ali 
l'Hassen ben 'Abderadhïm ben Cheikh Amghar el-Kebir.Ce 
sont des chorfa idrissites, descendants du chérif 'Abdallah 
ben Idris ben Idris.) 

Sid 'Ali ben Ahmed Deghoughi, originaire de la tribu 
berbère des Béni Deghough. Décédé en Tannée ioi3 de 
l'Hégire (Haouch). 

Sid Moussa ben *Amran, saint, pieux, grand savant. 
Mouchtaraïi d'origine berbère. Décédé en l'année 617 de 
THégire (Qobba). 

Sidi Sma'il Moul-'Alam. Originaire de la région des 
Doukkala, de la tribu qui était connue sous le nom de 
Mouchtaraïa ou Mouchanzaïa. Vivait au xii« siècle de THé- 
gire (IJaouch). 



LES DOUKKALA I45 



SANCTUAIRES SITUÉS DANS LA TRIBU 
DES OULAD FREDJ ABDELGHENI. 



Sidi Messa'oud ben Hassin, situé au Souk el-Had des 
Oulad Fredj. Chérif Idrissi. Possède un pouvoir sur les 
démons et les mauvais esprits (Qobba). 

Sidi Hassin, père de Sidi Messa'oud ben Hassin, situé à 
Bou La'ouane (Qobba). 

Sidi 'A.bderrahman, grand-père de Sidi Mess'aoud ben 
Hassin (Qobba). 

Sidi Moussa. Situé aux Oulad N'am, près de la source 
dite«Talemset» (Qobba). 

Sidi Mohammed bel Meknassi. Situé à la zaouïa de Sidi 
el-Ghazi el-'Amari. Dévdilait l'avenir. Originaire des 
Ahmar. Petit-fils de Sidi 'Ali ben Nacer el-Hamri (Qobba). 

Sidi M'hammed ben Moumen. Situé à la zaouïa de Sidi 
bel 'Abbas ben 'Omar el-Khalfi, chérif Seba'ï, fqih, savant 
professeur (Qobba). 

Sidi 'Amara el-Hadj. Situé à proximité de la Qasba de 
Bou La'ouane, sur les berges de TOum er-Rebi\ Chérif des- 
cendant de Moulay Idriss. Les indigènes prétendent que l'on 
entend, la nuit, dans la Qobba, des sons de tambourin. H 
existe encore de nos jours de ses descendants. 
' Sidi Ahmed ben Sellam. Situé aux Oulad Zalim, fraction 
des Oulad Zid. Homme de bien, pieux, son tombeau est 
très visité et on y prête serment. On prétend que jamais 
aucun oiseau ne se pose sur sa Qobba. 

Sidi M'hammed Senhadji. Situé aux Oulad N'am. On 
prête serment sur son tombeau. Appartient au groupe des 
Sanhadja qui étaient en Doukkala (Qobba). 

VILLES ET TRIBUS. — X. lO 



* 146 RÉGION DES DOUKKALA 

Sidi *Ali ben Youssef. Regragui. Guérit les maladies de 
cœur, les oppressions. 

Sidi M'Hammed Tahar. Situé aux Oulad 'Amara et aux 
Ahlef, visité par de nombreux malades atteints du mal dit 
«el-haï», tumeur (?) (Qobba). 

Sidi bel 'Abbas. Situé aux Chelafha, fraction des Oulad 
Cheikh. On prétend qu'il est originaire des Ahmar et qu'il 
était serviteur de Sidi 'Ali ben Nacer el-Hamri (Qobba). 

Sidi bou Brahim. Situé aux Oulad N'am. Saint très 
honoré. Certaines nuits on entend, dans son tombeau, des 
voix. Il calme les oppressions et guérit les maux de cœur. 

Sidi bou Fera'ous. Situé aux Oulad *Ali Ahel es-Sahel 
guérit les enfants du mal dit «j'ada». 

Sidi Moussa. Situé aux Moussaoua, fraction des Oulad 
Cheikh. Son tombeau, très ancien, est Tpbjet de pieux pèle- 
rinages. L'histoire de ce saint s'est perdue au cours des 
siècles. 

Sidi Mhammed T'Ajel. Situé aux Moussaoua. Fraction 
des Oulad Cheikh. Son tombeau est l'objet de pieux pèle- 
rinages. 



SANCTUAIRES SITUÉS DANS LA TRIBU DES AOUNAT 



Sidi Kassem, originaire des Regraga. 

Sidi Tahar, — 

Sidi Mohammed el-Hadj, — 

Dans cette tribu existent une cinquantaine de petits sanc- 
tuaires élevés sur la tombe de personnages dont l'origine 
est le plus souvent inconnue. 



LES DOUKKÂLA I47 



SANCTUAIRES SITUÉS DANS LA TRIBU 
DES OULAD AMOR 

Sidi M'hammed bou Lanouar Ech-Chleuh. 

Sidi Lahbib ben Ahmed, originaire des Béni Khlef. 

Sidi MaVoufi, originaire des Ouiad Sidi Rahhal (Zemran). 

Sidi 'Abdesselam, originaire des Regraga. 

Sidi el-Bosri ben Ahmed, originaire des Sanhadja. 

Sidi Tahar ben Ahmed, frère du précédent. 

Sidi Sa'id, origine inconnue. 

Sidi M'hammed Nadour, origine inconnue. 

Sidi Lahsen ben Bou'azza, originaire des Ouled Sidi 
Bou^Anan. 

Sidi 'Ali iVloul El*alam, originaire des Regraga. 

Sidi Mohammed ben 'Abdallah Amghar, descendant de 
Moulay 'Abdallah, de Mazagan. 

Sidi Mohammed Sanhadji, originaire des Sanhadja. 

Sidi Moussa, originaire des Oulad bou Zid, Doukkala. 

Sidi bou Shab, originaire des Ahmar. 

Sidi ben Hamdoun, originaire de Ouezzan. 

Sidi *Abdallah ben Moussa, originaire des Oulad Sidi 
bou *Anan. 

Sidi Ahmed ben 'Abdesselam, originaire des Seksioua 
(Sous). 

Sidi M'hammed ou Gherab, originaire du Sous. 

Sidi Qassem, originaire des Zemamra. 

Sidi Mbarek Moul Nouala, originaire des Regraga. 

Sidi S'ada Regragui. 

Moulay Hasin ben *Ali, originaire du Dades. 

Sidi Mohammed bou Lanouar Regragui. 

Sidi Ahmed bel Qassem, descendant de Sidi Mohammed 
ben Mansour, originaire du Gharb. 



1^ RÉGION DES DOUKKALA 



• 



Sidi bel 'Abbes ez-Zanzoun, descendant de Sidi Moham- 
med ben Mansour, originaire du Gharb. 

Sidi Mohammed ben Yahia, originaire de Saguiet-el- 
Hamra. 

Sidi 'Abdallah, originaire de Saguiet-el-Hamra. 

Sidi Mohammed ben 'Abdallah, originaire de Saguiet-el- 
Hamra. 

Sidi Qadi Haja, originaire de Saguiet-el-Hamra. 

Sidi Mohammed el-Mfeddel, enseveli dans la médina de 
Gharbia. Origine inconnue. 

Lalla Mennana Cherkaouia, descendante de Sidi Moham- 
med Cherkaoui, de Bouj'ad. 

Sidi Mohammed Labied, originaire des Béni Sba\ ancien 
cadi de la tribu. 

Sidi 'AbdeFaziz ben Iffou, originaire du Haouz, tribu des. 
Ourika. 

Sidi Mhammed ben 'Abdallah Moul Chakour, descendant 
de Moulay 'Abdallah Amghar, près de Mazagan. 

Sidi Youssef ben 'Abdallah, originaire de la zaouïa Na- 
cîria de Tamegrout. 

Une trentaine d'autres sanctuaires, ne présentant guère 
d'intérêt, existent sur le territoire de la tribu des Oulad 
Amor. 



SANCTUAIRES SITUÉS DANS LA TRIBU 
DES OULAD AMRANE 



Sidi Moussa ben Mohammed ben 'Ali, originaire des 
Oulad Djerrar. 

Sidi Lahsen, originaire des Oulad Djerrar. 

Sidi Mohammed bên 'Abdallah, originaire des Oulad 
Djerrar. 



LES DOUKKALA I49 

Sidi Moul er-Rouida, originaire des Oulad Djerrar. 
Sidi Salah, originaire des Oulad Djerrar. 
Sidi Hïat, originaire des Oulad Djerrar. 
Sidi Thami bel-xMa'ti, originaire des Béni Dghough (Douk- 
kala). 
Sidi el-Ghezouani bel-Hadj, originaire des Béni Dghough. 
Sidi el-Hadj L'arbi, — 

Sidi Mansour ben Houmin, — 

Sidi Harmat Allah, originaire des Béni Sba\ 
Sidi bou Qandil, — 

Sidi Legtati, — 

Sidi Ralîho, — 



SANCTUAIRES SITUES DANS LA TRIBU 
DES OULAD BOU ZERRARA 



Sidi bou el-Barakat Regragui. 

Sidi Mliammed er- Regragui. 

Sidi 'Abd^el-'Aziz Regragui. 

Sidi 'Aïssael-Helali. 

Sidi Mohammed Touati. 

Sidi el-Baïn er- Regragui. 

Lalla A'ïcha er-Regraguïa. 

Sidi bou Mhammed er-Regragui. 

Deux sanctuaires dits « Ridjal Dahra: 

Sidi 'Allai er-Regragui. 

Sidi 'Aïssa et-Talbi. 

Sidi Lal^isen et-Talbi, 

Sidi Kebabou el-BouhiaouL 

Sidi 'Ali ben 'Ameur el-Amghari. 

Sidi Rahhal, du M'tal. 

Sidi Alghar elnMeghari. 



l50 RÉGION DES DOUKKALA 

Sidi el-Baghdadi ech-Cherkaoui. 
Sidi Ahmed el-Hadj el-Mesnaoui. 
Sidi ben Nour Doukk.ali, vi^ siècle de l'Hégire. 
Une quarantaine d'autres tombeaux de personnages vé- 
nérés sont signalés dans la tribu des Oulad bou Zerrara. 



SANCTUAIRES DES OULAD BOU'AZIZ 
(Oulad Douïb). 



Moulay Isma*il,chérif, savant remarquable et très pieux. 
Il a été longuement parlé de lui par les chronologistes de 
son époque. xMoulay Isma'il est l'ancêtre bien connu de la 
famille des Amgharyine. Sa généalogie remonte jusqu'à 
iMoulay 'Abdallah sans contestation possible. Mort en 4^6 
(J.-C. 1045). Qobba. Zaouïa de Tit. 

Abou Dja'far Ishaq, fils du précédent, a accompli d'in- 
nombrables miracles. Il a été le premier cheikh de Moulay 
Bouch'aib Ayyoub es-Saria, enterré à Azemmour. Mort en 
475 (J.-C. io83). Qobba. Zaouïa de Tit. 

Abou 'Abdallah ben Ahmed, fils du cheikh Abou Dja'far 
Ishaq. Ce personnage aurait été un prodige de science. 
Sept de ses fils sont qualifiés « les sept Pôles (Aqtab) de la 
Science et de la Religion ». Il a conduit plusieurs disciples 
à la sainteté. On venait le consulter des régions même les 
plus lointaines. La plupart des saints du Sahel sont ses 
disciples, ceux de ses fils ou de ses petits-fils. Il est com- 
munément appelé Moulay 'Abdallah. Il porte le surnom 
berbère d'Amghar. Qobba. Mort en 537 (J.-C. 1 148). Zaouïa 
de Tit. 

Abou Mohammed 'Abd el-Khaleq, fils du cheikh Abou 
'Abdallah Mhammed Amghar. Il est un des sept pôles. Ce 



LES DOUKKALA l5l 

personnage était d'une science très étendue, surtout en ma- 
tière de rite malékite. Est enterré avec son grand-père Abou 
Dja'far Ishaq. Il est appelé communément Sidi el-Khammar. 
Mort en 58o (J.-C. 1 185). Qobba. Zaouïa de Tit. 

Moulay Abou-Ya'qoub Youssouf, fils du cheikh Abou 
'Abdallah Mhammed Amghar et frère de Abou Mohammed 
'Abd el-Khaleq. C'était un homme de haute valeur par sa 
science, sa sainteté et ses bonnes œuvres. Il a accompli di- 
vers miracles et formé plusieurs saints disciples. On dit que 
i.Soo fidèles prièrent pour lui à sa mort. Il est communé- 
ment appelé Moulay Ya'qoub, mais son nom véritable est 
Youssouf et sa kounia (surnom) Abou Ya'qoub. Il est mort 
en 614 (J.-C. 1218). Qobba. 

Abou 'Abdallah Mohammed Ben Mhammed el-Fezzani du 
Fezzan en Tripolitaine. Était un disciple de Moulay Abou 
Ya'qoub Youssouf. Il n'appartient pas à la famille des Am- 
ghariyine. Il est appelé communément Sidi 'Abdallah el- 
Fezzani. De nombreuses erreurs ont été commises sur son 
compte par les hagiographes. Il est mort en 617 (J.-C. 1220) 
à l'âge de plus de 70 ans. Qobba. Zaouïa de Tit. 

Sidi Mohammed ben Amr es-Senhadji. Ce personnage 
n'appartient pas aux Berbères Senhadja, comme son nom 
l'indiquerait, mais aux Doui Mansour, Arabes M'aqil du 
Sahara. Il vint à Tit pour y étudier les sciences et s'initier 
à la théologie sousla direction de Sidi 'Abd en-Nour. Mort 
en 808 (J.-C. 1046). Zaouïa de Tit. 

Sidi bou Qnadel. — Le véritable nom de ce personnage 
est 'Abd es-Salam ben Ahmed ben 'Abd el-Moumen ben 
Abid Zaïdi 'Abd-er-Rahman ben 'Ali ben 'Abd-el-'Adhim 
ben Ech-Cheikh Amghar. Certains de ses disciples, se ren- 
dant fréquemment auprès de lui dans sa caverne, trouvaient 
cette caverne tout illuminée, bien qu'il n'eût pas de lampes, 
d'où son surnom Bou Qnadel, l'homme aux lampes. Mort 
au milieu du viii* siècle (J.-C. i35o). Haouch. Zaouïa de 
Tit. 



l52 RÉGION DES DOIKKALA 

Les Sayidat Oumhat el-Qenabech. Elles sont d'origine 
chérifienne et de la descendance du cheikh Amghar. Elles 
moururent de la peste qui ravagea le monde vers le milieu 
du vii« siècle (J.-C. xiv^). Elles étaient encore vierges et 
c'est ce qui leur valut le surnom d'Oumhat el Kenebach. Elles 
étaient au nombre de quatre : Reqia, Oum Keltoum, Bassa 
et Oum el-Kheir. Zaouïa de Tit. 

Sidi Mohammed el-liajjam, de son vrai nom 'Abd-Allah. 
Sa kounia est Abou Mohammed. Contrairement aux asser- 
tions de certains hagiographes, ce personnage appartient à 
la famille des Amghariyine. Il a participé à plusieurs expé- 
ditions en Espagne sous le règne du sultan Abou Youssouf 
Yaqoub'el-Youssoufî. Le surnom d'El-lJajjam, le poseur de 
ventouses, lui est venu de ce qu'il frappait ses adversaires 
à l'endroit de la nuque où on pose les ventouses. Mort en 
745 (J.-C. 1345). Haouch. Zaouïa de Tit. 

Sidi Bou Qnadel, de son vrai nom 'Abd-Allah ben Ouid- 
jalan. Originaire de la ville d'Aghmat ; contemporain du 
cheikh 'Abd el-Jelil ben Ouidjalan el-Ouriki el-Aghmati et 
du célèbre Abou Nour 'Abd-Allah ben el-Maris Aghmati 
ed-Doukkali. Mort en 553. tJaouch. Zaouïa de Tit. 

Sidi Bou Gharirin, de son vrai nom Ouaijout ben Rafout 
(ou Rabout) ; originaire des Mouchtaria, tribu berbère éta- 
blie en Doukkala et dont il ne reste que quelques débris. Il 
est mort en 61 3 (J.-C. 1216). Haouch. Chez les Guenadla. 

Sidi Ism'ail xMoul el-'Ain, dont le nom authentique est 
Isfciaq ben Isma'il ben Abd-el Halim, originaire des Mouch- 
taraia ; mortenôgi (J.-C. 1292). Haouch. Chez les Serahna. 

Sidi el-Khadir, de son vrai nom Ahmed ben Yahiia ben 
Ibrahim. Ce personnage était des Arabes Béni Jaber. Mort 
en 974 (J.-C. 1567). Haouch chez les Serahna (Oulad Has- 
soun). 

Sidi Qanoun. Ce personnage vivait au x^ siècle (J.-C. 
XVII**) et était contemporain de Sidi el-Qas;mi, père du cé- 
lèbre Sidi Isma'in. Il joignait à la sainteté uae grande bra- 



LES DOUKKALA l53: 

voure ; participa à divers combats contre les Portugais. 
Qobba chez les Deroussa. 

Sidi Abou el-Ghouraba, de son vrai nom Faria ben Ahmed 
ben Ech-Cheikh. Appartenait aux Arabes Moqaddem venus 
en Doukkala et en Tamesna à la fin du wf siècle H. 
(xu" siècle J.-C.) en même temps que les 'Acem, les Sofyan, 
les Khlot et les Jochem. Haouch chez les Deroussa. 

Sidi Bou Qnadel, de son vrai nom Malek ben Malek. ben 
Abil 'Izz. Appartenait aux Arabes Hymyarites des Béni 
Hatith ben Ka'b. Ce personnage a été sans rival, à l'époque, 
pour la science et la sainteté. Haouch chez les Deroussa. 

Sidi Qassem et Sidi 'Abbou ben iVIahadir. Le premier était 
originaire de l'ancienne ville de Dar dans le Tadla, centre 
d'études diverses et d'enseignement religieux. 11 appartenait 
ethniquement aux iVlasmouda de l'Atlas. Son père s'appe- 
lait 'Abdelqader. Sidi Qassem est mort en 635 (J.-C. 1257). 
Quanta 'Abou ben Mahadir, il est entièrement inconnu des 
auteurs et de la tradition. 

Sidi 'Abd Er-rahman Doukkali, descend du grand saint 
Abou Inour ben Ouakres Ed-Doukkali, dont il est séparé 
par quatorze ancêtres et qui est enterré au souk Et-Tléta. Il 
est mort en 969 (J.-C. 1562). Haouch chez les Ghenimïn. 

Sidi Yahia el-Ouhari, dont le nom complet est Ech- 
Cheikh Abou Zekarya ben Mohammed ben Abi el-Qacem. 
Ce personnage appartenait aux Berbères Harouaran. Venu 
en Doukkala, il y grandit et épousa la fille d'un chef arabe des 
Jochem ; à la mort de son beau-père, il hérita de la qualité 
de chef, mais il renonça bientôt à l'exercer pour se con- 
sacrer au culte de Dieu. Il maurut en 717 (J.-C. i3i7). Son 
tombeau est encore l'objet d'un ^rand pèlerinage, où l'on 
vient de loin. Qobba. 

Sidi Mansour, mort en 778 (J.-C. 1274). Était originaire 
de la puissante tribu berbère des Alaçougha (Maçmouda)^ 
qui a doinné naissance au Mehdi Ibn Tourmert. Haouch. 
chez les Oukd D.jama' (Oulad Naqar). 



l54 RÉGION DES DOUKKALA 

Sidi M'hammed el-'Anaïa. Maître d'école; mort en loyS 
(J.-C. i663). Haouch chez les Oulad Djama' (Oulad Naqar). 

Si Ahmed Es-Soussi, fils de Mhammed ben Ya'qoub. Ap- 
partenait aux Berbères Jazoula, ou, à ce qu'on prétend, aux 
Arabes installés dans cette tribu. Mort en 776 (J.-C. 1374). 
tjaouchchez les Oulad 'Atou (Oulad Isma'il). 

Sidi bou Médian. Fils d'*Abd-er-Rezzaq. Appartenait aux 
Cenhavja d'Azemmour. Sidi bou Médian a été un grand 
voyageur et a visité presque le monde entier : l'Afrique, 
l'Asie Mineure et Orientale avec ses îles, et une grande 
partie de l'Europe. Au cours de ses voyages, il se rencontra 
à Jilan, en Perse, avec Moulay 'Abdelqader el-Jilali, qui 
aurait suivi son enseignement. Sidi bou Médian est mort en 
497 (J.-C. 1104). ïjaouch chez les Oulad 'Atou (Oulad 
Ism*aïl). 



SANCTUAIRES DES OULAD BOU AZIZ 
Fraction des Oulad Hassine. 



Sidi Ahmed El-Badaoui : ses ancêtres, originaires des 
Seraghna, étaient venus en Doukkala au milieu du xi« siècle. 
Son père se nommait Y'ala ben Moumen. Ce sont des 
Chorfa idrisites des Seraghna. Ce saint est mort en 1177. 
Haouch dans le cimetière des M'atga. 

Sidi El-Bahloul : son nom est M'hammed ben Ahmed 
ben *Abdelqader El-Ourdighi, de la tribu arabe connue 
sous le nom de Ourdigha, située à l'extrémité de la Ta- 
mesna. Mort en 984 H. Haouch. 

Sidi Bouch'aib : originaire de la Karia des Iliskaoun, 
-encore aujourd'hui connue en Doukkala. Il vivait à la fin 
.du viii« siècle et est mort en 800 H. Ilaouch aux M*atga. 



LES DOUKKALA l55 

Sidi El-Mokhfî : Regragui d'origine. Sa famille était 
venue depuis longtemps de son pays d'origine, les Chiadma. 
Ce saint est mort en 873 H. Son père se nommait Ibrahim 
ben Yasin. Haouch aux M'atga. 

Sidi 'Abdallah : des Oulad Beral, qui étaient les chefs 
des Cenhadja d'Azemmour et des Doukkala. Son père se 
nommait 'Ali ben Ahmed ben Yahia. Mort en 8i5 H. Haouch 
aux M'atga. 

Sidi Mohammed El-Ghandour : originaire des Doukkala, 
des Béni Maguer. Son père se nommait Youssef. C'était un 
savant et un homme pieux. Il connaissait les dix lectures 
du Koran. Mort en 53i H. Haouch aux M'atga. 

Lalla Maïmouna El-Mouchtaraya des Doukkala. Son 
père se nommait Ould Joud ben Oua'doud. Elle a adoré 
Dieu pendant longtemps au Ribat de Sidi Chakir et fît de 
nombreux miracles. Morte en 485. Haouch aux M'atga. 

Sidi M'hammed bel 'Arbi : c'est Abou 'Abdallah ben 'Ali 
ben Ahmed ben El-'Arbi des Arabes Riah Banou Hilal, 
venus au Maghreb avec les Banou Jochem au milieu du 
vi^ siècle. Mort en 818. Haouch aux M'atga. 

Sidi Hammam : Berbère Maçmoudi. Son père se nommait 
Abou Ranakout et tirait son nom d'une plante ainsi nom- 
mée en langue des Maçmouda. Il était disciple du cheikh 
Abou Zakaria Yahia El-Asouad, lui-même disciple du 
cheikh Abou Cho'aib Saria (Moulay Bouch'aib d'Azem- 
mour). Il est mort en 690. Haouch aux M'atga. 

Sidi ben Hassan : chérif idrissi Zerrouqi. Mort en 424 H. 
Haouch aux Ourarda. 

Sidi Mohammed ben 'Abdallah : chérif Amghari. Son 
origine remonte au cheikh Sidi Yahia En Niyar. Mort 
en 10 15. Haouch aux Kouara. 

Sidi 'Ali ben M'hammed : chérif Idrisi, descendant de 
Daoud ben Idris à ce qu'on dit. D'autres prétendent qu'il 
était Regragui, d'autres encore qu'il était Dghoughi ou Ber- 
bère Haskouri. Mort en 528. Haouch aux Kouara. 



IDO KKGION DES DOUKKALA 

Mzara (i) de Sidi Ahmed ben Embarek dont on ne con- 
naît pas Torigine. Haouch sans tombeau aux Kouara. 

Sidi Ahmed bel Ma'ti : est considéré aujourd'hui comme 
un saint, mais n'est nommé dans aucun ouvrage d'hagio- 
graphie. Ilaouch aux Mrichat. 

Sidi Ech-Cherqui Ech-Cherqaoui : son origine remonte 
au Ouali Eç-çalih Abou Mohammed *Abd-Es-Selam ben 
Sidi M'Iiammed Ech-Cherqui, enterré à Bou'l Ja'd. Quant au 
personnage dont il est question ici, on ne sait pas si c'est 
ou non un saint. Il n'est pas ancien. Haouch aux Mrichat. 

Sidi 'Ali ben Tousouf : originaire des Cenhadja, du bord 
de la mer, en Doukkala, près de Safi. C'était un grand saint 
surnommé Abou Ouagartil, expression berbère qui signifie 
« l'homme à la natte ». xMcrt en 6o3. Haouch aux Mrichat. 

Lalla Oum-El-'As El-Ouatania : sa famille appartenait aux 
Oulad Jabir des Arabes, Moqaddem. On ne sait pas la date 
de sa mort. Haouch aux Mrichat. 

Sidi bou Setta : Dghoughi d'origine, il se nommait Mi- 
moun ben Ahmed ben 'Abd-El-Haqq. Son surnom de Bou 
Setta luivient de ce qu'il a eusix fils, tous d'une vie édifiante. 
Ses descendants sont répandus : les uns à Adouta, dans 
l'oued Draa; d'autres au Tadla, d'autres au Sous, d'autres 
à Alexandrie, d'autres au Zab. Haouch aux Khedadra- 
Mort en 714. 

Sidi Embarekben Yahia : Es-Ziyani El-Malki, des Arabes 
Hilal. Il commandait des troupes sous les ordres du cheikh 
El-'Avachi, se distingua dans les combats contre les Portu- 
gais. Mort en 1044. Haouch aux Jouaoula. 

Sidi Bou Qnadel : son nom est 'Abd-Er-Rahmoun ben 
'Abd Es-Selam. Originaire des Arabes Medvakra et com- 
mandait les troupes d'El-'Ayachi en son absence. Mort en 
1048. Haouch aux Jouaoula. 

Srdi Bëu Yazza : des Oulad ben Betal, chef des Cenhadja. 

(i) M'zara : lieu de pèlerinage. 



LES DOUKKALA r57 

Son nom est 'Abd-El-Wziz. Porte le même nom que le per- 
sonnage qui se rendit célèbre au commencement de la 
dynastie des Zenata. Il était le disciple du cheikh Moulay 
Isma'ïl, ancêtre du cheikh Amghar. Mort en 460. Haouch 
aux Aouamda. 

Sidi Ibrahim ben 'Ali ben Hassein : fils du çalih, iils 
d'Ayoub, fils de Yahia, fils de Yahia En-Niyar, fils du 
cheikh Amghar Eç-Çaghir. Ce personnage avait une grande 
influence et le Sultan Moulay Sliman avait grande confiance 
en lui. Mort en i23i. Qobba aux Segharna. 

Sidi Ahmed Chelh : originaire du Sous, d'Agermanan, 
des Berbères Maçmouda. Son père se nommait Ibrahim ben 
Hida. Mort en g35. Haouch aux Segharna. 

Lalla Rabha : des Arabes Jochem. Son père était Ahmed 
ben 'Abd Eç-çamad. Ses ancêtres habitaient l'Andalousie, 
région Est, d'où ils furent expulsés par la violence. Mone 
en 12 17. Haouch aux Segharna. 

Sidi Ibrahim. Son père se nommait 'Abd El-Haïm. Est 
originaire des Hazmira, qu'on dit appartenir aux Berbères 
Berghouata. Ce personnage est mort en 827. Haouch aux 
Ma'tga. 

Sidi 'Allai : des Arabes Khlot. Son père se nommait Idris. 
Mort en 680. Haouch aux Habbariyin. 

Sidi Bou Qnadel : de son nom Yahia ben Ibrahim, origi- 
naire des Heskoura, tribu berbère des Maçmouda. Disciple 
du cheikh Bou Médian El-Ghaouts enterré à Tlemcen. Il 
fut son serviteur quelque temps à Bougie. xMort en 601. 
Haouch aux Jouaoula. 

Sidi Bou Cha'ib. Originaire des Arabes Reguibat (Ma'qil 
du Sahara). Mort en 1 163. Haouch aux Behabha. 

Sidi Ahmed bou 'Asriya : fils d"Abdallah Es-Senhadji. 
Son tombeau est voisin d'une Qaria (village) nommée 
Timasen, comptée au nombre des villages appartenant aux 
Senhadja d'Azemmour et dont les vestiges ont disparu. Il 
^est mort en 899. Qobba aux Hamamda. 



l58 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

Sidi bou *Aroua : des arabes Sofyan. Son vrai nom est 
Zobeir ben Ahmed ben Mohammed ben Mohammed ben 
Mohammed et sa kounia (surnom) Abou *Aroua. Ses an- 
cêtres vinrent occuper le pays au moment de l'invasion 
arabe, sous le règne du sultan almohade Ya*qoub ben Yous- 
souf. Ce personnage, très savant, était un guerrier intré- 
pide. Il prit part aux combats menés contre les Portugais, 
au temps du sultan saadien 'Abdallah ben El-Ghalib ben 
Mohammed Ech-Cheikh, avec les troupes que le sultan 
envoya contre eux ; après leur départ il reste mourahit et 
combattant. Il est mort en 971. Beït (1) aux Hamamda. 

(i) Beït : chambre. 



CONTROLE. CIVIL 






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•-• Chemins d9 ferivon normal et deCôOl ■*■***¥ Limite du Contrôlée* 



•*~*-*-* Limite de Tribus 



Echelle : l 'looo.ooo' 



IV 

ORGANISATION ADMINISTRATIVE 



La précarité des ressources financières de l'ancien « makh- 
zen», les révoltes suscitées par les nombreux prétendants 
au trône, l'esprit d'indépendance des tribus et l'absence de 
discipline dans les troupes chérifîennes, ne lui avaient pas 
permis de doter les différentes régions de l'empire chéri- 
ûen d'une véritable organisation administrative. Les Douk- 
kala ne faisaient pas exception à ce manque d'organisation 
qui s'était accentué sous le règne de Moulay Hafîd par la 
multiplication des «caïdats (i) ». Il suffisait aux notables 
riches ou ambitieux de se présenter au Makhzen central, 
munis de sacs de douros, pour se voir conférer par 
«dahir(2) » un commandement territorial. Il leur était 
moins facile d'imposer leur autorité aux populations qu'ils 
avaient reçu la charge d'administrer. Le nouveau caïd se 
heurtait souvent à une opposition farouche et, s'il ne réus- 
sissait pas à s'imposer par la force, était contraint de 
prendre la fuite ; sa maison était démolie et ses partisans 
de la première heure pillés (3). 

Le groupement rebelle en profitait pour se donner un 
chef de son choix, refuser toute contribution en nature ou 



{i) Circonscription territoriale placée sous l'autorité d'un caïd. 
{2) Décision chérifienne revêtue du sceau du Sultan. 
(3) SciARD, Renseignements sur les Doukkala. 

VILLES ET TRIBUS. — X. 



102 RÉGION DES DOUKKALA 

• 

en espèces et se mettre en rébellion ouverte contre le pou- 
voir central qui, impuissant, se contentait d'adresser aux 
rebelles des menaces platoniques ou se résignait à négocier 
avec eux par l'intermédiaire d'un personnage jouissant de 
quelque influence. Ces négociations aboutissaient, le plus 
souvent, a une déclaration de soumission de pure forme et, 
quelquefois, au renvoi brutal du négociateur chérifîen. 

C'est ainsi que le pacha des Cheraga, Ould Ba Mohammed 
Chergui, envoyé de Fez par xMoulay Hafid avec mission de 
rétablir l'ordre dans les Doukkala, vit ses eff'orts se heurter 
à la volonté bien arrêtée des tribus de cette région de ne 
tenir aucun compte des injonctions du IMakhzen. 

En dépit de cette anarchie endémique, uri personnage 
influent, appuyé par une nombreuse clientèle, réussissait 
quelquefois à imposer son autorité à une ou plusieurs 
tribus: le Caïd Si 'Aïssa ben 'Omar el-'Abdi, par exemple, 
sorte de gentilhomme campagnard dont l'influence était 
prépondérante chez les *Abda et les Ahmar dans la région 
de Safi, avait réussi à attirer sur lui l'attention des Douk- 
kala, ses voisins, qui recherchaient un allié puissant en 
prévision d'une réactton possible du pouvoir central. Les 
Doukkala du Sud et de l'Ouest devinrent en quelque sorte 
ses vassaux. Bientôt même ce chef indigène, ayant obtenu 
quelque crédit à la cour chérifîenne, put nommer de son 
propre gré, et sans condescendre à demander l'assentiment 
du Sultan, des « khalifas» chez les Oulad 'Amrane, les Oulad 
'Amor, les Oulad Bou Zerrara et les Oulad Ghalem, levant 
des contributions pour son propre compte et agissant en 
seigneur féodal indépendant. 

Mais les situations les mieux assises, en apparence, 
étaient bien précaires. Si 'Aïssa devait en faire la triste expé- 
rience, car, à la veille du traité de protectorat, les Doukkala, 
secrètement poussés par le Makhzen, s'étaient déjà dégagés 
de leur lien de vassalité vis-à-vis de leur protecteur occa- 
sionnel. 



LES DOUKKALA l63 

A Tordre et la sécurité, un instant imposés par une main 
de fer, succédaient de nouveau l'anarchie et l'insécurité. 

Aussi bien n'avons-nous trouvé que des traces bien faibles 
des tentatives d'organisation de cette région par le Makhzen. 

Suivant une ancienne «qa'ïda » (tradition) chérifienne, 
les Doukkala étaient fractionnés, en vue de la perception 
de l'impôt et de la levée de contingents pour les «harkas» 
(expéditions militaires), en 5 «khoms» (cinquièmes): 

i"" Oulad bou *Aziz, 

2^* Oulad bou Zerrara, 

3*^ Oulad \\mor, 

4" Oulad Fredj, 'Aounat et Oulad 'Amrane, 

5^ Haouzia, Chtouka et Chiadma. 

Chaque «khoms» était assujetti, en principe, à payer au 
Makhzen un nombre déterminé de « mitqal» (tantièmes) en 
espèces et de «khil» (cavalier de harka équipé aux frais de 
la tribu) (i). 

Dans chaque «khoms» la participation des tribus, frac- 
tions et douars, à cette double obligation était fixée suivant 
une répartition à peu près invariable. 

Ce mode de répartition arbitraire a été abandonné par le 
Protectorat comme ne répondant pas à une conception 
vraiment administrative. 

Cependant, la population des Doukkala forme des grou- 
pements naturels : tribus, fractions, sous-fractions et douars 
éminemment stables, que l'organisation administrative ne 
modifie pas mais dont elle doit tenir le plus grand compte. 

Il existe en Doukkala lO groupements importants dont 
chacun constitue une tribu, sauf celui des Qouacem, qui 
comprend de petits groupes maraboutiques disséminés sur 
toute l'étendue du territoire. 

Ce sont: 

Les Oulad 'Amor, 

(l) SiCARD, lOC. cit. 



164 RÉGION DES DOUKKALA 

Les Oulad *Amrane, 

Les Oulad bou Zerrara, 

Les *Aounat, 

Les Oulad bou *Aziz, 

Les Oulad Fredj, 

Les Qouacem, 

Les Haouzia, 

Les Chtouka, 

Et les Chiadma. 



ORGANISATION ADMINISTRATIVE 
NOUVELLE 



L'organisation militaire du Maroc occidental avait en- 
traîné la constitution, au mois de décembre igiS, du 
«Territoire» des DoUkkala-'Abda, qui comprenait deux 
«cercles»: celui des 'Abda, avec pour chef-lieu Safi, et 
celui des Doukkala, avec pour chef-lieu Mazagan. 

En 191 5 (9 mai), le Cercle des Doukkala devint auto- 
nome. 

Il comprenait alors : 

les services municipaux de Mazagan ; 

la petite circonscription de Mazagan-banlieue (Oulad 
bou 'Aziz du Nord) ; 

l'annexe de Sidi 'Ali d'Azemmour; 

et l'annexe de Sidi Sma'ïn. 

Cette organisation administrative qui attribuait à l'annexe 
de Sidi SmVin les neuf dixièmes du territoire des Douk- 
kala, ne pouvait être que provisoire. 

Elle fut cependant maintenue jusqu'en 1917, époque à 
laquelle le cercle autonome des Doukkala fut transformé en 
circonscription autonome de Contrôle civil. 

En décembre 19 17, le Contrôle civil des Doukkala fut 
constitué ainsi qu'il suit : 

i« Services municipaux de Mazagan; 

2° Annexe des Doukkala-nord, dont le siège était à Ma- 
zagan et qui comprenait les tribus des Oulad bou 'Aziz et 
des Oulad Fredj ; 



l66 RÉGION DES DOUKKALA 

3° Annexe des Doukkala-sud, dont le siège était à Sidi 
ben Nour et qui comprenait les tribus des Oulad 'Amor, 
des Oulad bou Zerrara, des Oulad *Amrane et des *Aounat ; 

4»^ Annexe de Sidi *Ali d'Azemmour, dont le siège était 
à Sidi *Ali et qui comprenait les tribus des (Jaouzia, des 
Chtouka et des Chiadma. 

Cette organisation administrative a été maintenue jus- 
qu'ici, sauf que les tribus des Doukkala-nord ne consti- 
tuent plus une annexe et relèvent directement du chef de la 
circonscription. 



ORGANISATION TERRITORIALE 



COMMANDEMENTS INDIGÈNES DE LA CIRCONSCRIPTION 
DE CONTROLE CIVIL DES DOUKKALA 



Tribus des Doukkala-nord administrées directement 
PAR LE Chef du contrôle civil a Mazagan. 



TRIBUS 


FRACTIONS 


NOMBRE 

DE 
TENTES 


CAÏDS 




Oulad Hassin 


2.732 


Si Hammou bel- 




Oulad Douïb 


2.54.0 


'Abbas Hammadi. 










Oulad ; 
Bou'aziz. 


5.272 




Oulad 'Aïssa 


1.382 




Oulad Ghanem . . . . 


1.688 


Si Mohammed oiild 




Hayaïna 

Oulad Mess'aoud . . . 


901 
ï 447 


Moulay Tahar. 




.5.418 




I" groupement 
maraboutique 
des Qouacem. 


Oulad Dzalim. . . 


I 087 


Si 'Allai ben Rra- 


Oulad Hassine . . . . 
Qouacem 


790 

1 . 14.0 


him ben Douiou 
el-Qasmi. 








3.017 





r68 



REGION DES DOUKKALA 



TRIBUS 


FRACTIONS 


NOMBRE 

DE 
TENTES 


CAÏDS 




Chiheb-. 


Oulad Hamdane. . . . 

Kouamia 

Oulad Sidi 'Ali benAbdal. 

Jaouibet 

'Abbara 

Oulad el- Khadir. . . . 
FCrarza 


437 

lïO 

3i 

54 
240 

■ 134 

112 
434 
624 
329 


Si 'Allai ben Bra- 
him ben Douiou. 




Meharza 

Oulad M'hammed- . . . 
Mharir Qouacem . . . 




1 


2.5o5 




•S 


Oulad 
'Abdel- 
gheni. 


Ouahla 


441 
1.074 
^45 
290 
142 
69. 

714 
146 
ii5 
446 

5o 
827 




:3 
Q 


H«laf 

Ouled HASsin. . 
Oulad 'Ali. . . 
Ahl bou L'aouane 
Oui ad. Si 'Amafa. 
Oulad 'Amara . 
Oulad Hamdane. 
*Abbara. 






Si Driss ben 'Allai 
el-Guersi. 




Oulad Zid. . . 
Oulad Naceur . 
Oulad Cheikh . 












4-759 




2® groupement 
maraboutique 
desQouacem. 


Qouacem 


7i5 


Si 'Allai ben Bra- 
him ben Douiou 
el-Qasmi. 



II. — Annexe de Sidi èèn Noùr'. 







NOMBRE 




TRIBUS 


FRACTIONS 


DE 
TENTES 


CAÏDS 




Béni Helal 


1.969 






Oulàtl Sidi bou Yahia 




I.I38 






Béni 'Ameur . . . 




63 1 






Oulad Ahmed 






525 


Si Mohammed ben 


Oulad 


Oulad Taleb . 






270 


Uarbi el-Helali 


Bouzerara. 


Oulad Tounsi 
Fatnassa . . 
Oulad Djabeur 
Oulad Msellem 
Oulad Rahhal- 






708 

832 

1.821 

695 

584 


SiDriss ben Amor. 






0.173 






Zekakra 


38o 






Oulad Cheban 








290 






Ghouanem . 








608 






Oulad Sa'ïd . 








868 






Remamha . . 








485 




Oulad 


Béni Dghough 








398 


5i Mohammed ben 


*Amrane. 


Oulad Hammou 
Oulad Djerrar. 
Khetatba . . 
Ouddat. . . 
Oulad Mira . 








207 
420 
395 
173 
55 


Feddoul. 




Oulad Boubekeur 






1.242 








5.521 





lyo 



REGION DES DOUKKALA 









NOMBRE 






TRIBUS 


FRACTIONS 


DE 
TENTES 


CAÏDS 






Oulad 'Ali 


553 








Ghouatsa 


i65 








Oulad bou Saker . . . 


iq5 


f 






Oulad Harrat 


665 








Merhane et Ghozia. . . 


377 






*Aounat. 


Oulad Youssef . . . . 


670 


Si Ahmed ben Mo- 




Béni Tsiris 


854 


hammed Tounsi. 






'Azzazâ 


247 








Oulad Sidi Mohammed el 


' 








'Aouni el Mekrane . . 


742 








Oulad Hamed 


273 








Oulad Ftaïss 


220 






4.961 








Oualidia 


396 


Mohammed ben 




Gharbïa. 


Gharbia 


1 .4.62 


'Abdelqader ben 
Hamida. 


, 




Oulad Sbeïta 


I . I 5q 


o 








6 


3.017 




73 




Béni Ikhlef 


I 604 




o 


Ghenadra. 


Zemamra 

Ghenadra 


921 
736 


Si 'Ali ben Der- 






Oulad Rebi'a. . . . . 


344 


qaoui. 






Oulad bou Zid . . . . 


514 






4.209 





III. — Annexe de Sidi 'Ali d'Azemmour. 



TRIBUS 


FRACTIONS 


NOMBRE 

DE 
TENTES 


CAÏDS 


Chiadma. 


Hielma 

Mkhaira 

Meharza 

Soualâh 


260 
600 
200 

38o 


Si Ahmed Bargach, 
pacha d'Azem- 
mour. 




1.440 




Chtouka. 


Ouldja 

Moualin Khemis. . . . 

Aït Briem 

Mza ouir et Oulad 'Ali . 

Gherbia 

Oulad *Amar 

Aït Boutatem 


400 
3i5 
450 

375 

5o4 
33o 
33o 


— 




2.704 




Haouzia. 


Tri'at . ' 

Béni Tameur 

Gheurfa Djarniïne . . . 

Oulad Salem 

Oulad *Amira i" groupe . 
Gherbia d'Azemmour . . 
Chorfa el-Kremcha. . . 
Oulad Rahmoun. . . . 
Oulad 'Amira 2® groupe . 


224 

, 3oo 

i55 

205 

267 
140 
484 
259 
256 


— 




2.290 





APPENDICE 



La Qaçba de Bou Laouane. 



A l'intérieur des Doukkala, le seul monument historique 
digne d'attention est la qaçba de BouLaouane, situiée sur 
la rive gauche de Toued Oum-er-Rebi',à 60 kilomètres à vol 
d'oiseau d'Azemmour. 

Cette forteresse a été édifiée en l'année 1704 de l'ère 
chrétienne, par Le sultan Moulay Isma'ïl. Par sa position 
qui commande un des principaux passages de l'Oum-er- 
Rebi', elle avait autrefois une importance stratégique in- 
contestable. Par ailleurs, sa situation sur la limite com- 
mune aux trois grandes confédérations des Doukkala, des 
Chaouïa et des Rehamna en faisait, au point de vue poli- 
tique, un poste d'observation remarquable. 

Aujourd'hui, la pacification du pays étant complète, l'uti- 
lité de cette qaçba est bien restreinte. Cependant, elle pré- 
sente un certain intérêt historique et, au point de vue ar- 
chitectural, des particularités assez remarquables : 

« Perchée au sommet d'un rocher à pic, au point le plus 
étroit d'une boucle du cours sinueux de l'oued, qu'elle 
domine sur deux de ses faces, la qaçba de Bou La'ouane 
n'est reliée que par une étroite bande de terre au plateau 
environnant, situé dans l'un des points les plus sauvages- 
de la vallée encaissée de rOumer-Rebi\ Cette qaçba, vi- 



174 REGION DES DOUKKALA 

sible de loin, présente, par ses tours et ses remparts créne- 
lés, l'aspect imposant des « burgs » du Rhin. 

« Bâtisse rectangulaire, flanquée de sept tours formant 
bastion, elle est orientée du Nord-Nord-Est au Sud-Sud- 
Ouest ; un escalier couvert, avec poivrière hexagonale 
percée de meurtrières, permet l'accès de l'intérieur de la 
qaçba au bord de l'oued, où il reste les vestiges d'une pis- 
cine. 

« Sur la façade principale, orientée vers le Sud-Sud- 
Ouest, une porte monumentale, en superbe pierre de taille, 
porte au fronton une inscription très lisible et fort bien 
conservée, dont voici la traduction : 

« Qaçba édifiée sous le règne du victorieux, puissant, 
« conquérant avéré, notre seigneur Ismaël, le champion de 
« la guerre sainte pour la cause du maître du monde (que 
« Dieu lui donne son aide et la victoire !) et sous la surveil- 
« lance de son esclave (assisté de Dieu) Rechid Ben Otman et 
« du pacha Saïd Ben Rayath (que Dieu l'assiste I) à la date 
« (de l'hégire) 1 122 (correspondant à l'année 1704 du calen- 
« drier grégorien). » 

« Après avoir franchi cette porte et le porche inférieur, 
on aperçoit à droite les ruines, encore assez bien conser- 
vées, de la demeure du sultan Moulay Isma'ïl, vaste maison 
carrée, à grandes et élégantes colonnades et cour intérieure 
desservant quatre pièces, dont l'une complètement éboulée; 
dans les trois autres pièces, dont deux sont encore ouvertes, 
on voit des vestiges de mosaïques multicolores et de belles 
arabesques sur plâtre. 

« Accolée et communiquant par une seule porte avec la 
cour intérieure de cette maison, une grande tour carrée, 
d'environ 10 à 12 mètres de hauteur, domine toute la 
qaçba. L'escalier intérieur, délabré et effondré en partie, 
depuis quelques années seulement, ne permet plus malheu- 
reusement d'atteindre le sommet de cette tour, d'où l'on de- 
vait jouir d'une vue splendide. 






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APPENDICE lyS 

« Dans l'angle opposé de l'enceinte, s'élève une mosquée 
dont les voûtes sont supportées par i8 colonnes. Dans 
l'une des cours de cette mosquée, on voit la petite kouba 
et le tombeau de Sidi-el-Mansar. 

« L'éperon rocheux sur lequel a été construite la qaçba 
forme saillie à l'intérieur des remparts et en affleure presque 
le sommet dans la partie N.-N.-E. de l'enceinte. De part et 
d'autre de cette arête, dans deux profondes dépressions, 
d'énormes souterrains voûtés étaient utilisés autrefois 
comme silos. 

« La qaçba de Bou La'ouane servit, pendant de longues 
années, de gîte d'étape au sultan Moulay Isma'ïl, lorsqu'il 
se rendait de Fez à Marrakech. 

« De nos jours, la kouba et le tombeau de Sidi-el- 
Mansar, situé dans une des cours intérieures de la qaçba, 
est le lieu très fréquenté des épouses stériles, qui viennent 
en pèlerinage demander au santon les joies de la mater- 
nité (i) ». 

La qaçba de Bou La'ouane se distingue des autres monu- 
ments de ce genre par son dispositif de défense : l'empla- 
cement choisi pour son édification, la présence d'un don- 
jon, d'une poterne, d'une barbacane, d'une rampe couverte 
accédant au fleuve et de tours de flanquement judicieuse- 
ment disposées, paraît indiquer que le plan de cette forte- 
resse a été dressé par un Européen possédant quelques no- 
tions d'architecture militaire. 

A 3oo mètres au Sud-Ouest, se trouve le gué de Bou 
La'ouane, plus connu sous le nom de Mechra' el-Karma. 
Ce gué, d'une largeur de 5o mètres, est praticable en pé- 
riode d'étiage. Pour le traverser aux hautes eaux, les indi- 
gènes utilisaient, il y a encore quelques années, une m*ad- 
dia, radeau soutenu par des outres gonflées d'air. 

(i) GouLVEN, Le Cercle des Doukkala, 1917. 



176 RÉGION DES DOrKKALA 

Aujourd'hui, l'importance de ce gué a disparu, car le 
tieuve est traversé par un pont qui relie la route des Oulad 
Sa'ïd à celle qui conduit à Sidi Ben Nour. 

Un peu en amont de la qaçba, passe la lign^ de chemin 
de fer à voie étroite qui relie Casablanca à Marrakech.. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Notice sur M. Michaux-Bellaire v 

Préface ;..... vu 

Introduction i 

PIÈCES ANNEXES 

Personnel du Service des Renseignements des Doukkala de 1912 à 1918. 3 

Liste des agents du Contrôle civil ayant été en service dans la cir- 
conscription des Doukkala 5 

Documents du Service des Renseignements et du Contrôle civil de 

Mazagan 7 

Bibliographie 8 

LES DOUKKALA. — Généralités. 

I. — Le Pays i5 

Limites. 16 

Le littoral 16 

L'intérieur. Relief 17 

Le climat 18 

Régime des pluies 19 

Cours d'eau 19 

Sources 21 

Eaux superficielles 21 

Nappe souterraine 22 

Le sol 22 

La flore 23 

La faune 25 

Agriculture et élevage. 28 

Arboriculture 29 

L'habitat 29. 



178 TABLE DES MATIERES 

Pages. 

H. — La population 33 

a) Formation ethnique 33 

b) Historique ^ 55 

m. — La vie religieuse 87 

a) Confréries religieuses musulmanes, zaouïas et sanctuaires . 91 

b\ Zaouias indépendantes et familles maraboutiques ... i25 

c) Tombeaux et sanctuaires iSg 

IV. — Organisation administrative 161 

Appendice 173 



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tion de Fès, par le même. 

3. Internement au Maroc de Si Sliman ben Kaddour et des Oulad 
Sidi Cheikh R'araba de sa famille en 1876, par le même. — L'indus- 
trie à Tétouan {suite), par A. Joly. — Traduction de la fetoua du 
Faqîh Sidi Ali Et-Tsouli (suite), par Ed. Michaux-Bellaire. — Kho- 
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guerre sainte. — Tributaires. — Meurtres, coups et blessures. — 
Crimes et délits. — Hérésies et blasphèmes. — Innovations blâ- 
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{Ed. Champion) 20 fr. 

(Le tome XXIX n'a pas encore paru). 

Tome XXX. Naçiri Es-Slaoui (Ahmed ben Khaled du Maroc), tome /•', tra- 
duction de A. Graule, Vlll, 302 p. gr.in-8, 1923. {Ed. Geuthner). 60 fr. 

Tome XXXI. Naçiri Es-SIaoui (Ahmed ben Khaled). Kitâb et istiqça li 
akhbar douai el-Maghrib el-Aqça (Histoire du xMaroc). Tome II: les 
Idrisides, traduction de A. Graule. — Les Almoravides, traduction 
de G.-S. Colin, pp. gr. in-8, 1924 {Ed. Geuthner) 60 fr. 

Tome XXXIL Kitob et Istiqça. Li Akhbar Douai El Maghrib çl Aqça : 
Histoire du Maroc, par Ahmed ben Khaled en Naceries. Sloui. 
Tome m. Les Almohades. Traduction de Ismael Hamet. 1927, in-8*, 
288 p. {Ed. Champion) 40 fr. 

7160-32. — Tours, imprimerie Abrault et C'*. 



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MAV 16 1973 




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